‹ L'âme américaine (volume 2)Chapitre 83 sur 96 · Cité par M. Glowes · texte numérisé non relu

Cité par M. Glowes

2. Terme de inépris appliqué aux petits Blancs dans la Géorgie.

prédisons que nous aurons aussi la nôtre et nous espérons, avec la grâce de Dieu, être assez forts pour vous exterminer et en laisser juste assez d'entre vous pour raconter l'histoire. »

De semblables menaces sont beaucoup plus fréquentes de la part des Blancs. M. Tilman, ancien gouverneur de la Virginie, déclarait publiquement il n'y a pas longtemps, que le plus sûr moyen d'assurer la victoire des démocrates dans les Etats du Sud était de fusiller tous les Nègres.

M. Henry W. Thorne, qui a étudié spécialement la situation des Noirs dans le Sud, écrivait, l'année dernière, dans une revue : « Je suis convaincu que les Nègres de ce pays sont plus que jamais une race sans ressources, indocile, immorale, rebelle à toute véritable civilisation; qu'ils sont indignes du titre de citoyen américain et que, d'ici à une trentaine d'années, le Sud sera obligé de remettre en esclavage, de tuer, ou d'exporter le gros de la population noire ».

Enfin, il est question de faire nommer par le Congrès une commission chargée d'étudier le conflit des races dans le Sud.

Le rapatriement des Nègres serait gros de conséquences pour la République ; ce serait le progrès s'affirmant sur toute l'étendue du territoire qu'ils occupent, territoire qui serait racheté par l'Etat et vendu à des Blancs qui en tirent toujours

un meilleur parti. Ce serait Fannihilalion graduelle de cette classe des Petits Blancs^ grossiers, vagabonds et paresseux ; car c'est toujours la crainte d'être mis au rang des Noirs qui leur fait fuir le travail. Enfin, ce serait peut-être la reconstitution, sur des bases nouvelles, de la société sudiste d'autrefois, moins terre à terre, moins prosaïque, d'une activité moins effrénée que la société du Nord et de l'Ouest.

Au point de vue de l'avenir de l'humanité en général, on ne peut calculer ce que représenterait cet afflux en Afrique de dix millions d'hommes civilisés qui se relèveraient dans l'indépendance, voudraient prendre leur place parmi les nations et, étant donnée la vanité dont ils sont tous pénétrés, tiendraient à ne rien laisser perdre (le ce qu'ils ont gagné au cours de trois siècles de souffrance et d'oppression.

M. Williams termine par les lignes suivantes, l'ouvrage que j'ai mentionné plus haut : « Sans richesse il ne peut y avoir de loisirs, sans loisirs il ne peut y avoir de pensée et sans pensée il ne peut y avoir de progrès. L'œuvre future du Nègre sera double, elle sera subjective et objective. 11 va consacrer des années à son éducation et à son progrès en Amérique (1). Il va s'instruire, accu-

1. Il y a actuellement aux Etats-Unis plus de 700 académies, universités et collèges de Nègres. Près de 20.000 écoles primaires y sont fréquentées par environ un million et demi d'entants noirs

muler de la richesse, puis il tournera son attention vers la civilisation de FAfrique. Les Etats- Unis établiront une ligne de paquebots entre ce continent et le continent noir. En communication avec la côte des céréales, la côte d'ivoire et la côte d'or, l'Amérique y exportera des Bibles, des missionnaires, des journaux, des machines perfectionnées au lieu de rhum et de chaînes. Et l'Afrique, en retour, enverra à l'Amérique de l'indigo, de l'huile de palmier, de l'ivoire, de l'or, des diamants, des bois précieux et ses plus riches trésors au lieu d'esclaves. Des tribus se convertiront au christianisme ; des villes s'élèveront, des Etats seront fondés; la géographie et la science étendront leurs découvertes et un cable télégraphique joindra le cœur de l'Afrique à l'oreille du monde civilisé ».

La question de l'expansion de l'église catholique aux Etats-Unis a été traitée depuis quelques années dans des livres et des journaux, par un bon nombre de publicistes, sous différentes rubriques : « Les progrès du catholicisme en Amérique ». « [J américanisme dans Vèglise. « Uépiscopat irlando-américain et (es Allemands », etc., etc. On a cité ces paroles de Mgr Ireland ; « Il faut agir comme si tout dépendait de nous et

prier comme si tout dépendait de Dieu... II y a des cas où une neuvaine est un bon refuge pour la mollesse et le défaut de courage ». On a rappelé que le cardinal Gibbons s'était fait le champion des chevaliers du travail et le défenseur des Trade-Unions. On s'est extasié sur la largeur de vues de ces prélats. On a appelé progrès le fait constaté que les catholiques sont aujourd'hui aux Etats-Unis près de dix millions, alors qu'ils devraient être plus de trente millions. On a vu avec bonheur dans les milieux progressistes,que l'église se démocratisait au sein de la grande démocratie américaine, que le haut clergé prenait les allures du peuple, descendait dans la foule et bénissait tous les justes efforts des travailleurs en vue d'une émancipation plus complète. On a constaté surtout que l'hostihté dont les « Papistes » ont été si longtemps les victimes, de la part de la majorité de la population américaine, était presque complètement disparue et que les meilleurs élé ments de la nation voyaient l'expansion du catholicisme d'un œil favorable. Car, alors que dans la plufiart des sectes protestantes, la foi a fait place à un simple dilettantisme religieux, alors que les principes sombrent et que les forces morales se désagrègent, l'Eglise de Rome, grâce à sa discipline et à la stabilité de son enseignement» constitue une puissance conservatrice dont le développement, chacun le comprend maintenant, ne peut qu'être favorable à la grandeur et au bonheur de l'Union.

Cependant l'avenir de TEglise aux Etats-Unis reste toujours un problème. Si le nombre de ses membres a augmenté considérablement depuis vingt ans, cela est dû au fait que, depuis vingt ans, une grande proportion de l'immigration totale est venue de pays catholiques, T Autriche-Hongrie, la Bavière, Tltalie, le Canada français, l'Irlande.

Les fils des émigrés des deux ou trois dernières décades resteront-ils f dèles à la foi de leurs pères, ou l'abandonneront ils, comme l'ont abandonnée les fils d'émigrés des générations précédentes ? Nul ne saurait encore le prévoir. Des obstacles à l'expansion catholique ont disparu, mais d'autres aussi redoutables ont surgi qui résident non plus en dehors, mais au sein même de l'Eglise.

Le problème ne tient aucunement au plus ou moins de libéralisme manifesté par quelques évêques américaaistes, à la plus ou moins grande liberté d'allures affectée par eux (1), au main-

1. Les journaux ont commenté longuement, il y a quelques années, les uns pour les blâmer, les autres pour y applaudir, certains actes d'évêques irlandais amèricanistes : l'un inscrivant son nom dans une salle de bal, sur les carnets de danse de jeunes misses de Chicago, oh ! sans le savoir ; tout naïvement ; un autre bénissant, le 24 juillet 1897, la statué élevée à Sait Lake city, à Brigham Young, fun des fondateurs de la secte des Mormons.

Ces condescendances ont-elles attiré beaucoup d'adhérents à l'Église? Gela n'est pas probable. Les gens sérieux

lieu ou à Tabrogation de certaines règles disciplinaires ou de certains canons ; il est autrement complexe.

11 touche à Tun des côtés les plus obscurs de la psychologie des peuples ; il est la résultante des ferments laissés au cœur d'une race par sept siècles de tyrannie et d'oppression. En voici les données principales :

l** D'après les dernières statistiques publiées par les autorités de l'église romaine aux Etats- Unis (1899), le nombre des catholiques américains est de 9.907,412. Il sont ainsi répartis quant à leur nationalité d'origine : Polonais, environ 2.000.000 (1), Allemands, de 1.500.000 à 1.800.000 (2); Canadiens-frauvais, 1.218.450 (3); Italiens, environ 1.000.000; Espagnols et Portugais, 500.000; Hongrois, plus de 400.000 (4); Louisianais de race française, 250.000; Belges,

penseront plutôt que ce sont là des eulantillages qui ne conviennent que médiocrement au caractère sacré d'un prélat. On donne au mot « américanisme » un sens qui ne plaît guère aux vrais Américains, lorsqu'on l'emploie pour qualifier toutes les manifestations bizarres, exagérées et extravagantes qui se produisent dans l'Union.

1 . D'après le Polak in Amer y ce y journal polonais catholique publié à Buflfalo (New -York).

2. D'après M. Arthur Preuss, rédacteur en chef de la Ecview, de St-Louis (Missouri).

3. M. A. Hourbonnière. Les Canadiens aux Etats-Unis (Lowell Afass).

ï. M. A. Marki, op. cil*

Suisses et autres nationalités, plusieurs milliers ; Nègres 250.000. Or, les archevêques et évêques, au nombre de 94, sont presque tous Irlando- Américains (1); les prêtres, au nombre de 11.119, appartiennent également en majorité, à cette race.

2" Les évêques irlandais, au moins la plupart d'entre eux (2), font tout ce qui est en leur pouvoir pour imposer aux catholiques américains, la langue anglaise ce « canal du protestantisme » ; ils combattent, avec un fanatisme aussi aveugle qu'il semble illogique, l'expansion de la langue française dans l'Est, celle des langues allemande et polonaise dans l'Ouest et ne donnent aux paroisses non irlandaises des curés appartenant à la nationalité de ceux qui les composent, que lorsqu'ils y sont contraints.

H arrive qu'en des paroisses où l'élément hibernien ne constitue qu'une infime minorité ou n'est même pas représenté, on est obligé d'envoyer à Rome, suppliques sur suppliques afin d'obtenir des

1. Les Polonais, de même que les Can^idiens-fraiiçais, les Italiens et les Hongrois n'ont aucun évêque de leur race. Les Italiens n'ont que quelques prêtres • les Polonais en ont 370 ; les Allemands ont quelques évêques et un peu plus de 3000 prêtrçs.

2. Il existe de nobles exceptions, parmi lesquelles Mgr Harkins,évêque de Providence (Rhode-Island) et l'éminent évoque de Péoria (Illinois) qui, je l'ai déjà rappelé, n'est pas de race irlandaise.

prêtres parlant la langue de la majorité des fidèles et en sympathie avec eux.

Des luttes acerbes s'engagent entre les intéressés et l'évêque et il en résulte parfois de graves désordres.

Le zèle assimilateur ou plutôt «anglicisateury» de l'épiscopat irlandais constitue, à Theure qu'il est, le grand obstacle aux progrès du catholicisme dans rUnion américaine.

Le problème en somme, offre quelque analogie 8i\ec le prob/ème noir, il est basé sur le fait qu'il est désagréable à certaines oreilles d'entendre des sons étrangers, de même qu'au sud du Mississipi il répugne à certains épidémies de se trouver dans le voisinage d'épidermes d'une couleur différente. Le côté bizarre en est que les hommes qui se font en Amérique les champions de l'anglicisation sont justement ceux qui, depuis sept siècles, ont eu le plus à souffrir dans les deux mondes, de l'intolérance et de la tyrannie anglaises. Le clergé irlandais je l'ai déjà dit, paraît avoir la nostalgie de l'oppression ; l'oppression qui pendant si longtemps, au pays natal, a été l'un des éléments de sa vie, fait désormais partie de son hérédité ; si on ne le tyrannise pas, il sent le besoin de tyranniser les autres.

Chez plusi'iurs évoques et à leur tête, Mgr ireland, le fanatisme inconscient se dissimule sous les dehors d'une idée qui ne manque pas de grandeur. Le but poursuivi ou plutôt le rêve ca-

ressé c'est de réuair sous Thégémonie de la langue an:^Iaise tous les catholiques des Etats-Unis, d'accroître par l'union leurs forces, leurs richesses, leur influence, et, sur les ruines des sectes protestantes, de faire du catholicisme la religion dominante finissant peu à peu par englober dans la République tout le monde des croyants. Ce rêve a le tort d'oublier les conditions partiiculières dans lesquelles fleurit aujourd'hui le catholicisme aux Etats-Unis, les antipathies et les préjugés invincibles des races, et surtout les droits sacrés des langues.

La foi catholique a fait, depuis un certain nombre d'années quelques conquêtes remarquables ; des hommes d'une haute valeur intellectuelle sont venus à eHe, à la suite d'études raisonnées et de méditations portant sur des questions de dogme, de morale et d'exégèse. Elle n'a pas fait de conquêtes parmi les humbles.

Le peuple ne se préoccupe plus guère d'idées abstraites ei de distinctions théologiques ; sa religion lui est transmise sous une forme concrète pour ainsi dire, avec certaines formes, certaines associations, certaines sympathies qui sont presque absolument nécessaires à sa vie ; et il ne la conçoit pas autrement.

Aux Etats-Unis où la majorité de la nation est incroyante, où la libre-pensée dans la plupart

des sectes, dont les adeptes appartiennent à Pélite sociale et intellectuelle, confine à Tatlit^isme, où le culte du veau d'or a pénétré partout et jusque dans les rangs du clergé (1), où la lutte matérielle laisse peu de place à d'autres préoccupations, aux Etats-Unis, dis-je, la religion n'a plus pour le catholique lui-même les assises puissantes d'autrefois.

Pour l'émigré elle est avant tout, un besoin du cœur. L'église où l'on parle la langue maternelle, où l'on se réunit une fois la semaine, où l'on se trouve un instant en contact avec ceux de son sang et de sa race, où l'on entend la bonne parole de la bouche d'un pasteur avec lequel on se sent en communion de souvenirs et de sympathies, c'est encore le pays natal. La religion ainsi, adoucit pour l'émigré d'hier la transition de la patrie ancienne à la patrie nouvelle; elle rend moins

1. Il y a quelques années à Palmype, dans l'illinois, eut lieu une grève unique dans son genre et qui fit quelque bruit. Une des églises de cette petite ville appartenait à l'ordre dit « unioniste » ; quatre prédicants, un méthodiste, un presbytérien, un baptiste et un congrégationnaliste y prêchaient alternativement, à cinq dollars par germon. Un jour, après avoir discuté ensemble leurs intérêts, ces révérends signèrent un compromis par lequel ils s'engagèrent à no pas prêcher pour moins do dix dollars. Les fidèles, la plupart de riches fermiers, refusèrent Taugmentation ; les pasteurs s'obstinèrent et l'église resta lermée pendant un an (Du Chicago Evenhig Posl).

amer le pain de Texil ; elle est bien, comme son étjmologie l'indique, le lien qui unit.

L'isolement relatif dans lequel vivent les citoyens de la République, le manque de liens sociaux qui caractérise les villes cosmopolites américaines, rendent encore ce besoin du cœur plus absolu. Aussi, ne veut-on pas porter à son église un sentiment d'indifférence ou d'aigreur, ce qui est le cas lorsque le pasteur a été imposé contre le gré des fidèles, ou y chercher la seule satisfaction d'un devoir accompli.

Le curé légendaire, le bon curé, M'sien rciiré, qui a occupé une si grande place dans l'évolution des peuples catholiques et contribué pour une si large part à leur bonheur ne peut, à aucun titre, être étranger à ses ouailles, être d'un autre sang et d'une autre mentalité qu'eux.

Dans les paroisses formées aux Etats-Unis par les divers groupements ethniques homogènes, on veut qu'il soit encore tel que le représentait Lamartine, en une page admirable (l): Un homme qui n'a point de famille mais qui est de la famille de tout le monde, qu'on appelle comme témoin, comme conseil ou comme agent dans les actes les plus solennels de la vie civile..., un homme que les petits enfants s'accoutument à aimer, à vénérer et à craindre ;... un homme aux pieds duquel les chrétiens vont répandre leurs aveux les

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