Lectures pour tous. Le Curé
plus intimes, leurs larmes les plus secrètes ; un homme qui est le consolateur par état de toutes les misères de Tâme et du corps.» Cet homme-là, pour bien remplir sa mission, doit non seulement parler parfaitement la langue de ceux dont il dirige les intérêts spirituels, mais être avec eux en parfaite conformité de sentiments, d'éducation, de souvenirs, d'aspirations.
Une tactique généralement suivie par l'évêque irlandais « anglicisateur» c'est, lorsqu'il ne peut décemment refuser à tels ou tels groupes de ses diocésains, un prêtre parlant parfaitement leur langue, de le choisir d'une nationalité différente et moins en sympathie avec eux.
Ainsi, aux Canadiens-français il donnera des curés belges, suisses ou français (de France); aux Allemands des curés hollandais ou alsaciens; aux Polonais des curés allemands. Ou bien encore il placera certaines paroisses sous la direction de congrégations religieuses tenues à une discipline rigoureuse, dépendant plus absolument que !e clergé séculier du bon vouloir de l'Ordinaire et, soutent, beaucoup plus indifférentes aux questions de race et d'origine. Or, le curé étranger, même lorsqu'il n'est pas séparé de ses paroissiens par une différence d'idiome, réussit très rarement, quoiqu'il fasse, à s'imposer à leur vénération et à gagner leur confiance absolue ; car il est une pensée chère entre toutes dans laquelle il ne peut s'identifier avec eux, la pensée du sol
natal, du pays des ancêtres. Il ne sait pas cultiver dans leurs âmes les saintes affections, les souvenirs pieux du passé qui élèvent au dessus des préoccupations matérielles et égoïstes et qui constituent à la religion le plus puissant des remparts. Il ne sait pas invoquer à propos Tautorité de traditions respectées ; il ne connaît pas le secret de certains mots magiques qui chez des hommes de même origine Pont vibrer toutes les fibres.
Le curé étranger à ses paroissiens, lorsqu'il est Irlandais, réussit moins que tout autre, d'ordinaire, à conquérir leur sympathie, car, en outre du fait qu'il est parfois un témoignage vivant du mauvais vouloir de Tévêque ; il se distingue généralement par un caractère dominateur, des allures autoritaires et même brutales qui, aux Etats- Unis plus qu'en tout aiutre pays, constituent un facteur certain d'insuccès.
Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'il y a quelques exceptions et que les qualités de générosité et d'enîhousiame, les dons intellectuels précieux qui caractérisent la race celtique, lorsqu'ils sont alliés chez certains prêtres, comme j'en connais, à beaucoup de bonté et de tolérance, finissent par triompher de toutes les préventions et gagner tous les cœurs.
Il reste, enfin, ce fait que l'Irlandais est aux
Etats-Unis, de tous les étrangers celui sur lequel s'acharne encore le plus le mépris de TAméricaiii natif et que cela a contribué plus que toute autre cause, ainsi que je Tai expliqué plus haut, à entraîner les fils d'émigrés appartenant à cette race à renier leur origine.
L'Eglise catholique de langue anglaise, en Amérique, reste toujours, quoi qu'on puisse faire, Vég lise Irlandaise, Oh I si le haut clergé réussissait à faire substituer dans le langage des masses, le mot « américain » au mot < Irlandais » ce serait, on n'en peut douter, un grand pas de fait vers Tangh'cisation rêvée. Un mot d'ordre semble avoir été donné en ce sens, car, dans certaines localités de l'Ouest où se trouvent deux églises catholiques, Tune où l'on prêche en allemand, en polonais ou en français, le curé irlandais appelle toujours la sienne « l'église américaine » the amerlcan churchy dans le but d'y attirer l'émigré sur lequel ce mot « américain » produit toujours un effet magique. Mais aucun ne s'y laisse prendre. Américain! s'écrie-t-on avec dérision, a//?6'>/ca//i de Cork, de Tipperary ou de Dublin 1
On ne voit jamais d'exemples de Canadiens, d'Allemands ou de Hongrois qui, après avoir abandonné leur langue et leur égUse nationale, Iréquententréglise irlandaise; ils deviennent baptisles, épiscopaliens, méthodistes ou cessenttoute pratique religieuse, ce qui arrive le plus souvent.
Ajoutons encore que l'esprit des masses est
simpliste, aux Etats-Unis comme ailleurs ; l'ouvrier étranger se fait tous les jours cette réflexion : ces Américains si rusés, si roublards, si riches qui fréquentent les églises protestantes ou n'en fréquentent aucune, voudraient-ils donc se damner en bloc et laisser le ciel à Paddy l'Irlandais ? L'indifférentisme est dans Tair, et il faut toutes les forces combinées du groupement homogène, de raffection réciproque entre pasteurs et fidèles basée sur la communauté de langue, d'origine et de souvenirs pour retenir dans le giron de l'Eglise les émigrés et surtout les fils d'émigrés nés aux Etats-Unis.
L'état d'hostilité qui existe entre le clergé catholique irlandais et le reste des catholiques américains a, cependant, un effet assez curieux; il contribue au maintien des églises irlandaises ellesmêmes.
Dans plusieurs villesdel'Estjpar exemple, où l'élément hibernien est très dense, mais où se trouvent en même temps des groupes considérables d'étrangers d'autres races pouvant servir d'objet au besoin de mépris du natif, il y a beaucoup moins de défections dans ses rangs: l'Irlandais est catholique il est vrai, comme le Canadien, l'Italien, ou le Portugais, mais il parle la langue dominante. En outre, son instinct combatif l'unit plus
étroitement à son clergé, alors que celui-ci prend part à un conflit.
Le même fait peut être constaié au Canada où rélément antipathique à TAnglo-Saxon the objectionnabie parti/, c'est le Canadien-français, et où rirlandais est simplement un citoyen de langue anglaise. Il n'y a presque pas d'exemples qu'un fds de laVerte-Erin y abandonne son église pour s'affiliera l'une des sectes protestantes dominantes; il est resté et il reste fidèle à sa foi et à ses souvenirs de race. Là encore, cependant, le phénomène que j'ai signalé plus haut, s'est produit. Dans les provinces de la Nouvelle-Ecosse et du Nouveau-Brunsw^ick où la majorité catholique est irlandaise, la population de race et de langue française s'est heurtée souvent, au fanatisme et à l'hostilité des évoques d'origine hibernienne.
Un Irlandais M. T. Donnell, écrivait dans le journal The Irish Republic de New- York, à la date du 12 décembre 1897 (1). « Certains croient que la démoralisation des Irlandais se borne à l'Irlande et aux colonies anglaises. J'ai souvent entendu des compatriotes établis aux Etats-Unis s'exprimer dans ce sens; rien ne me serait plus agréable que de dire la même chose, mais..., nous voyons les Irlandais usant de toute l'influence qu'ils exercent dans l'Eyhse (et le fuit est indéniable) pour répandre davantage la langue de nos ennemis.