‹ L'âme américaineChapitre 15 sur 113 · LES PURITAINS · texte numérisé non relu

LES PURITAINS

I. Le « Mayfloicer ». — Les premiers colons. — \l. Foi des Puritains en eux-mêmes. ' — Caractère des Puritains. — Leur teligion. — Leurs lois. ^ III. La Nouvelle-Angleterre de 4630 à 1660. — Extemion de la colonisation. — Ingérence de V Angleterre dans les affaires de la colonie. — Déclin de V influence exclusive du clergé. — Les guerres avec les Indiens et les Canadiens. — V amour du gain chez les Puritains. — IV. La vie économique. — Les écoles. —Lesprisons. — V. Raisons de lu prépondérance des Puritains en Amérique.

« Faith in GoJ, failh in man, faith in work, that is tlie « short formula in whieh we may sum up the teaching of « the founders of New-England ».

(James R. Lowell. Litlerary Essays p. 2) (1).

Vers 1608, un certain nombre de fermiers, de petits propriétaires et d'artisans anglais, dissidents de la religion établie dans le Royaume-Uni, avaient quitté leur pairie et s'étaient réfugiés en Hollande pour échapper à la persécution religieuse. Pleins de courage, mais peu fortunés et ignorant la langue du pays, ils avaient vécu douze ans à Amsterdam et à Leyde, exerçant différents métier s

1. Foi dans la Providence, foi dans l'homme, foi dans le travail, telle est la courte Ibrinule par laquelle nous pouvons résumer l'enseignement des fondateurs de la Nouvelle- An glei erre.

qu'ils avaient dû apprendre depuis Texil, car la plupart ne connaissaient que l'agriculture, lorsqu'un jour, ils entendirent parler des établissements d'Amérique. Ils décidèrent alors de se rendre en Virginie, « attendu que s'ils restaient en Hollande, disaient-ils, leur postérité après quelques générations, deviendrait hollandaise et perdrait tout intérêt dans la langue et la nationalité anglaises. »

Ils prirent passage à bord d'un petit bateau appelé le Mayjlower et arrivèrent dans la baie de Plymouth, le 20 novembre 1620. Leur intention avait été au départ, de s'établir sur les bords de l'Hudson, mais le hasard leur fit prendre terre à New-Plymouth et c'est là qu'ils fondèrent leur premier établissement. Le sol était peu fertile, le climat froid, le paysage sévère, l'âme de ces exilés était en harmonie avec le climat, le paysage et la nature du sol.

Tout le monde a lu le fameux « covenant » ou contrat social, par lequel les passagers du Maii- Jlower s'engagèrent à vivre en commun :

« Au nom de Dieu. Ainsi soit-il.

Nous soussignés..., ayant entrepris pour la gloire de Dieu, l'avancement de la foi chrétienne et l'honneur de notre roi et de notre pays, un voyage pour établir la première colonie dans la partie nord de la Virginie, nous constituons par les présentes, personnellement et mutuellement, en présence de Dieu, en un corps civil et politi-

que, dans le but de nous gouverner et de travailler à raccomplissementde nos desseins ; et en vertu de ce contrat, nous convenons de promulguer des lois, actes, ordonnances et d'instituer selon nos besoins des magistrats auxquels nous promettons soumission .et obéissance ».

Le nombre des « Pèlerins » qui débarquèrent dans la baie de Plymouth ne dépassait pas 102, et sur ce nombre, d'après les documents les plus dignes de foi, déjà au mois de mars suivant, 44 avaient succombé au froid et aux privations.

On leur attribue généralement une influence plus grande que celle qu'ils ont réellement exercée sur les destinées de la Nouvelle-Angleterre; mais les circonstances qui ont accompagné le départ et l'arrivée du Mayjlower, les engagements solennels par lesquels les « Pèlerins » se sont liés « en présence de Dieu » donnent à la première page de l'histoire des colonies anglaises dans l'Est de l'Amérique, un cachet romanesque qui lui manquerait autrement.

Un petit groupe d'une centaine d'individus, égaux entre eux, sans chef reconnu, sans autre richesse que leur énergie et leur foi en la Providence, allant à mille lieues de la mère-patrie jeter les fondements d'un Etat, ce fait sans doute est unique dans les annales de l'humanité.

En 1628, deux cents émigrants anglo-saxons munis de lettres patentes, patronés par des gens riches et influents, arrivèrent, sous la conduite

d'Endicott et s'établirent en un autre endroit de la côte de TAtlantique, non loin de Plymouth, à Salem; deux cenis autres se joignirent à ceux-ci l'année suivante.

En 1630, enfin, John Winthrop avec UOO colons bien outillés et comptant parmi eux plusieurshommes de valeur, jeta les fondements du Massachusetts. Ce fut le premier effort sérieux et logique en vue delà création d'établissements permanents.

Ces treize cents colons, de même que ceux qui continuèrent à arriver les années suivantes, se recrutèrent parmi les cultivateurs pauvres et les artisans, parmi ceux qui avaient eu à souffrir de l'intolérance et de la persécutiort religieuse, et plus encore parmi des gens pieux qui voulaient fuir « la corruption du vieux monde. » II s'y mêla bien un certain nombre d'éléments moins purs, puisque, parmi les neuf cents compagnons de Winthrop, cent quaire-vingt étaient des ladented servants et que deux des colonies qui formèrent la Nouvelle-Angleterre, le New-Hampshire et le Maine, furent établies, comme la Virginia, par des compagnies de marchands et d'hommes d'affaires qui ne songeaient qu'à tirer un bonrapport de leurs placements et à recruter des serviteurs dans les conditions les plus avantageuses et les plus modiques possible. Mais quels qu'aient été les antécédents etdes iadented servants eides colons amenés par les soins de ces compagnies, le moule rigide dans lequel on les renferma ks

réduisit bientôt, de même que le reste des habitants de la Nouvelle Angleterre, à un type uniforme.

En 1635, les colonies de l'Est comptaient 21.200 habitants, elles en comptaient 32.000 en 1643. A partir de cette date l'immigration de la Grande- Bretagne fut fort peu nombreuse, plusieurs colons parmi les plus riches retournèrent même au pays natal au cours des années suivantes et s'enrôlèrent dans l'armée de Cromwell (1). Les provinces se peuplèrent par le seul développement naturel de la population primitive venue d'Angleterre et que les historiens évaluent généralement à 20.000 âmes. Plus tard il s'y joignit un petit nombre de Huguenots, d'Allemands et d'Irlandais. La population de la Nouvelle-Angleterre était en 1688, d'environ 75.000 âmes, et d'environ 320.000 en 1754.

Ce qui distingue les Puritains des habitants des autres colonies, c'est la foi absolue qu'ils semblent avoir eue tout d'abord en eux-mêmes, en leur mission, en Pavenir des établissements qu'ils fondaient. Ils se considéraient comme un peuple choisi, et ils ont conservé avec soin leurs annales,

Page 1