Colonial paper s
difficilement autoriser. Lorsqu'on voulut enlever sa charte au Gonnecticut, en 1687,Ie précieux document fut apporté et placé sur une table devant le gouverneur, qu'entouraient les membres de son conseil et les représentants de la province, puis tout à coup par un hasard que personne ne put exphquer, les lumières s'éteignirent et la charte disparut. On la retrouva plus tard dans le creux d'un arbre.
L'histoire des chartes des colonies anglaises est assez complexe ; elles furent accordées, puis abolies, puis successivement renouvelées, restreintes et élargies. D'ailleurs on s'explique très bien dans les circonstances, qu'une certaine incohérence présidât aux rapports du roi d'Angleterre et de ses sujets américains.
Pendant longtemps, les échanges avaient eu lieu exclusivement en nature ; lorsqu'on sentit un besoin urgent de numéraire, un maître de la monnaie fut nommé ; c'était en 1652, sous le règne de Cromw^ell et du Parlement. Après la Restauration, on continua à battre monnaie ; mais pour ne pas avoir l'air d'empiéter sur les prérogatives du souverain, on marqua toutes les pièces au millésime de 1652 (1). Plus tard encore, une enquête ayant été faite par les commissaires royaux, on chercha à leur persuader que l'emblème, une feuille de trèfle, que portait la monnaie de frappe
i. Colonial papers.
américaine, avait été adoptée en l'honneur du roi.
La politique des Puritains consistait, en somme, à sauvegarder les apparences vis-à-vis de la couronne d'Angleterre et à agir à leur guise (1).
Les difficultés politiques firent passer les discussions théologiques au second plan des préoccupations des Puritains. D'autres causes contribuèrent à diminuer le prestige exclusif des théologiens. Un bon nombre des pasteurs qui avaient accompagné les premiers colons étaient des hommes d'une distinction réelle, fort instruits, gradués souvent d'Oxford ou de Cambridge, versés dans la connaissance des Grecs et des Latins autant qu'experts dans la controverse religieuse.
Plus tard, quand l'immigration d'Angleterre eut cessé et que le clergé ne se recruta plus au-
1. En 1675, un certain William Harris, qui a des réclamations à faire valoir dans la Nouvelle-Angleterre, écrit à Londres, à Fletwood Shepherd, le priant de s'intéresser pour lui auprès du roi, et il répond d'avance aux objections qu'on pourra lui faire. « On vous objectera, dit-il, que les ordres du roi ne seront pas exécutés dans la Nouvelle- \ngleterre,attendu que le Massachusetts n'a pas voulu reconnaître les commissaires qui lui ont été envoyés, mais les colonies de New-PIymouth, du Connecticut et du Rhode- Iland ont obéi aux commissaires royaux sur des choses importantes, dans les limites de leurs chartes ». {Colonial papers.
tant dans la mère-pairie, il ne put se maintenir au même niveau, en raison du manque d'écoles supérieures. D'un autre côté, le gouverneur, s'appliquant à faire disparaître les condilions que les prêtres avaient mises à l'obtention des franchises électorales, vit se grouper autour de lui tous les défranchisés, les quakers, les baptistes et autres dissidents. Enfin, un certain nombre d'aventuriers venus d'Angleterre et desBarbades s'étaient établis à Boston ; des maisons de commerce ayant leur siège principal à Londres avaient des succursales dans la capitale du Massachusetts et dans certaines villes du littoral, de sorte que l'oligarchie religieuse qui, pendant un demi-siècle, avait tenu la Nouvelle-Angleterre sous son joug, ne se trouvait plus seule à posséder le savoir et la richesse.
Ajoutons que l'exécution des sorcières de Salem, trop connue pour que j'aie à en parler ici, porta un coup assez sérieux à l'autorité absolue du clergé (1).
1. En 1688, les quatre e.ifants d'un nommé Goodwin de Salem, s'étant querellés avec une blanchisseuse irlandaise, l'accusèrent de sorcellerie. Elle fut pendue. Trois ans plus tard d'autres enfants de Salem suivirent cet exemple, et cela devint bientôt une épidémie. En 1692, lors de l'arrivée d'Angleterre, du gouverneur Phipps, cent personnes étaient en prison, sous l'inculpation d'avoir jeté des sortilèges. Le gouverneur nomma un tribunal qui en condamna vingt à mort. Les autres, pour avoir la vie sauve avouèrent. En octobre 1693, cinquante accusés subirent leur procès pour
A partir du comaiencement du xviri* siècle, on constate une tendance marquée vers un peu plus de lolérance ; les membres de plusieurs sectes qui avaient été ostracisés jusqu'alors sont admis aux franchises électorales. Les mœurs restent pures, mais sont moins austères. Dans un synode tenu à Boston dès 1679, on se plaint que les gens voyagent le dimanche, portent des toasts, que le nombre des débits de liqueurs s'accroît ; on se scandalise de voir les soldats s'amuser, parader par les rues, en bel uniforme et drapeaux déployés. Les équipages des nombreux navires faisant le commerce de contrebande n'ont pas été choisis avec un soin aussi scrupuleux qu'on aurait pu le désirer, et les pasteurs fulminent contre ces « profanes » qui ne se gênent pas pour rire, chanter et même fréquenter les estaminets.
D'un autre côté, le danger commun porte les différents groupes à se faire des concessions mutuelles et à s'unir. Séparés par leur conception religieuse, leur degré d'orthodoxie, virtuelle-
le même crime, et trois seulement furent acquittés. Puis on commença à penser que personne n'était à l'abri d'une accusation de sorcellerie, que chacun pouvait dénoncer son voisin, pour exercer une vengeance, et la réaction se fit. Cependant en 1700, un négociant de Boston ayant publié un livre blâmant les atrocités commises par les tribunaux et le clergé, les prêtres obtinrent que ce livre fût brûlé en public.
ment indépendants de la Grande-Bretagne, ils se concertent avec les autorités anglaises, pour porter la guerre chez leurs voisins du Canada. En 1691, après les campagnes désastreuses pour eux du gouverneur de la Nouvelle-France, de Frontenac, et l'expédition malheureuse du gouverneur du Massachusetts contre Québec, le roi Guillaume et les colonies sont un moment d'accord pour pousser avec énergie les hostilités contre les Canadiens.
Les colons anglais ont été presque constamment malheureux dans leurs guerres contre les Indiens et les colonies françaises, malgré tout le courage dont ils ont fait preuve. « Bien supérieurs en nombre aux colons de la Nouvelle- France, dit Percy Gregh (1), disposant de ressources incomparablement plus importantes, courageux et énergiques, ils auraient dû écraser les Indiens alliés des Français, repousser les attaques de ces derniers, envahir leurs frontières et porter la guerre sur le territoire ennemi. En vérité, ils furent ignominieusement battus chaque fois qu'ils prirent l'olfensive, et lorsqu'ils furent forcés de se défendre, ils se montrèrent incapables de protéger leurs établissements avancés contre les désastreuses incursions des Indiens ».