Tiedman. Constitution non écrile des Etats-Unis
et fanatiques, prouve leur influence extraordinaire sur les esprits, leur action sur les hommes et leu^* connaissance des ressorts intimes qui les font agir. |
Avoir établi cette « harmonie complète des principes avec l\wolution politique de la na^ tion » ; avoir transformé les lois d'un pays à castes aristocratiques en lois à Tusage d'une démo- | cratie ; avoir prévu la croissance prodigieuse de ce pays et avoir donné à ses institutions, la largeur et l'ampleur suffisantes pour leur permettre de se prêter harmonieusement à cette croissance, c'est là l'œuvre de grands hommes et de sages, sinon de héros et de demi-dieux.
Les systèmes poHtiques basés sur la justice, les principes humanitaires ne datent certes pas de la fin du dix-huitième siècle ; depuis longtemps déjà, les ouvrages des philosophes en étaient remplis ; le difficile c'était d'appliquer ces principes, de les faire accepter, d'en faire le code d'une nation naissante.
La révolution française pour laquelle tant de sang, tant d'énergie, tant d'efforts de tous genres ont été prodigués, a aussi affirmé les droits de l'homme, proclamé l'avènement du règne de \ l'égalité, de la liberté, de la fraternité. Qu'en estil résulté?
Dès la réunion des premières assemblées tenues en faveur de la déclaration de l'indépendance, le but que poursuivent les chefs de la nation est
clairement indiqué. En 1776, au congrès de Philadelphie, John Lee dit au peuple des colonies : « L'Europe a les yeux sur nous, elle nous demande de donner un vivant exemple de liberté qui formera contraste, dans le bonheur du citoyen, avec la tyrannie toujours grandissante qui désole ses rivages corrompus; elle nous invite à préparer un asile où les malheureux trouveront une consolation et les persécutés le repos ».
« Nous devons travailler plutôt pour l'avenir que pour le présent, écrivait quelques années plus tard John Adams, qui fut le deuxième président de rUnion. Je fais bâtir une maison de campagne et j'ai des enfants en bas âge. Sans doute, je dois disposer leurs logements pour le temps où ils seront grands et où ils se marieront. Nous n'avons pas négligé cette précaution ».
Les fondateurs de l'Union ne se contentent pas de discuter entre eux et de formuler d'une manière succincte, pour en faire les articles d'un code de lois, les idées et les principes élevés qu'ils réussiront à imposer à l'approbation des Chambres; ils les développent au milieu des masses, par les discours et par le livre. Les essais publiés par Franklin, John Jay, Hamilton, les discours de Washington, les mémoires et écrits de JefTerson abondent en leçons de haute philosophie morale et de sagesse politique. On les cite encore, car les doctrines de ces hommes ont été, jusqu'à nos jours, les guides de (a nation améri-
caine, les ancres qui l'ont retenue sur le bord des écueils.
Tous les ans, à Touverture du Sénat, le discours d'adieux de Washington est lu publiquementà cette assemblée. En voici quelques extraits:
€ Ne nous permettons qu^avec beaucoup de réserves, de supposer que la moralité puisse être maintenue sans la religion. Quelle que soit l'influence qu'exerce la haute culture sur des esprits d'une certaine envergure, la raison et l'expérience nous défendent d'espérer que la moralité nationale puisse être maintenue à l'exclusion des principes religieux. Il est substantiellement vrai que la vertu ou la moralité est une source nécessaire du gouvernement populaire... Le patriote peut regarder avec indulgence sinon avec faveur, l'esprit de parti dans les pays monarchiques, mais c'est un mal sous un gouvernement populaire.... «Cultivez la paix et l'harmonie avec toutes les nations... Il est digne d'une nation libre, éclairée qui sera, ù u.ie époque qui n'est pas éloignée, une grande nation, de donnera l'humanité ce magnanime et nouvel exemple de populations toujours guidées par un sentiment de justice élevé et par la bienveillance... Rien n'est plus essentiel que d'exclure les antipathies invétérées contre certaines nations et un attachement passionné pour d'autres. Il faut, au lieu de cela, professer pour toutes des sentiments amicaux. La nation qui entretient pour une autre nation, une haine habi-
tuelle ou une tendresse habituelle, est en quelque sorte, une esclave. EUle est l'esclave de son amour ou de sa haine ; l'un ou l'autre de ces sentiments est suffisant pour lui faire perdre de vue son devoir ou ses intérêts... « Notre grande règle de conduite vis-à-vis des nations étrangères, devra être, tout en développant nos relations commerciales d'avoir avec elles, aussi peu de relations politiques que possible ».
Jefferson insistant sur cette réserve vis-à-vis des peuples d'Europe disait « qu'il valait mieux porter des vivres et de la matière première aux artisans européens que de les amener eux-mêmes, aux vivres et à la matière première, avec leurs habitudes et leurs principes».
En 1785, il écrivait de Paris: « Si je m'en rapportais à mes propres théories, je souhaiterais que les Etats-Unis n'eussent ni commerce ni navigation et se trouvassent vis-à-vis de l'Europe, absolument sur le même pied que la Chine ».
Jusqu'à l'époque de la guerre, les colonies s'étaient développées sous l'égide de principes exclusifs, les préceptes étaient tombés de la chaire, la théologie avait été presque le guide unique. Nunc cedat cathedra rostro. Le mot d'ordre désormais sera donné surtout de la tribune. Le peuple a subi longtemps la discipHne d'un collège, il passe maintenant à l'adolescence, il est émancipé, mais son éducation se continue et l'enseignement post-scolaire va lui être distribué pen-
dant de longues années encore, par la bouche de ses grands hommes.
Par la mise en vigueur de la constitution et Félection d'un président, la République américaine prend définitivement sa place parmi les nations du monde.
Les lois désormais auront une sanction, Iç Congrès sera en état de faire exécuter ses décisions; les percepteurs du revenu seront revêtus d'assez d'autorité pour pouvoir s'acquitter de leur tâche ; les troupes de l'Union feront respecter la légalité.
Le Congrès, malgré une opposition assez forte, décidé de ratifier l'article XII de « l'Acte de Confédération » et de se charger au nom de la Répubhque, de toutes les dettes contractées par les provinces, pour la cause commune. Dès lors la confiance renaît, le crédit de la nation se rétablit et le progrès matériel va pouvoir s'affirmer sans entraves. •
Dans la lutte contre les difficultés économiques, les Etats-Unis ont été favorisés par les circonstances auxquelles ils doivent peut-être plus qu'à leurs hommes politiques ; le concours de ceux-ci, cependant, ne leur a pas manqué.
L'Américain habitué au gouvernement local a la raye de la discussion, il n'accepte rien qu'il ne conteste d*abord et qu'on ne lui impose par la force des arguments, des chiffres, des exemples et des faits.
Aussi, chaque amélioration apportée au système fiscal, à là situation monétaire, commerciale et induslrielle du pays est-elle d'abord repoussée ou combattue; qu'il s'agisse de la fondation d'une banque, de l'établissement d'un système de loteries, de la construction de ponts ou de canaux. Celui qui lirait tous les comptes-rendus des débats du Congrès ou des législatures, à cette époque, ferait un excellent cours d'économie politique appliquée aux pays neufs.
11 importe de noter quelques dates importantes dans l'histoire économique des Etats-Unis.
La première banque fut fondée à Philadelphie, en 1784, par Robert Morris, sous le nom de « Banque de V Amérique du Nord ».
L'établissement de la première Banque nationale eut lieu en 1791.
L'acte créant la Monnaie fut voté au Congrès, après de longues discussions, en 1792.
Sous la domination anglaise le numéraire avait toujours été rare; les échanges s'étaient faits le plus souvent en nature, la spéculation, en conséquence, avait été impossible ; désormais elle va devenir un facteur important dans la vie de la nation : Tout le monde voulut avoir du ztock de
îa Banque nationale et pendant quelque temps, la hausse et la baisse des cours dominèrent toutes les autres préoccupations.
En 1790, avait été fondé par JelTerson le burea:: des brevets qui a concouru si puissamment à encourager l'admirable série d'inventions et de découvertes dont se glorifie à bon droit l'Union américaine.
Plusieurs autres excellentes mesures économiques furent adoptées qui contribuèrent à développer les ressources naturelles du sol, en même temps que des circonstances favorables facilitaient les premiers pas de la jeune république vers la prospérité et la richesse : les guerres de Napoléon, tous les peuples d'Europe sous les armes, l'agriculture européenne dans le marasme, etc., etc.
Le 18 février 1793, la Convention nationale réunie à Paris ayant décrété que tous les ports des colonies françaises seraient ouverts aux navires des pays de neutralité, assimilés aux navires français, le commerce américain prit immédiatement une grande extension.
L'agriculture dans ce temps là, donnait de plus grands profits que l'industrie ; les produits agricoles atteignaient des prix extraordinaires. Ainsi, en 1794-95, la farine pour l'exportation se vendait aux ports d'embarquement douze dollars le baril, soit quatre fois plus qu'elle ne se vend aujourd'hui. De plus, un énorme commerce de transport passa entre les mains des Américains.
L'exportation des produits étrangers qui ne s'était élevée en 1791, qu'à 500.000 dollars, atteignit en 1801, la somme de 46.000.000. La valeur totale des exportations qui n'avait été, en 1791, que de 19 millions, s'éleva en 1801 à 94 millions de dollars (1).
Cependant l'état de neutralité v is-à-vis de la France, et d'hostilité ouverte ou dissimulée vis-à-vis de l'Angleterre ne pouvait être maintenu facilement. Un bon nombre de navires américains furent saisis par les Anglais; d'autres portant des marchandises anglaises furent saisis par les Français. On fut sur le point de déclarer la guerre à l'Angleterre en 1793 et à la France en 1798. Finalement il fut décidé que l'on se rendrait indépendant de l'Europe.
Jusqu'alors les Américains n'avaient fabriqué que ce qu'ils n'avaient pu importer; ils résolurent d'établir des fabriques et de se passer de l'étranger.
Les capitaux, par suite des circonstances heureuses que je viens de mentionner, se trouvaient abondants ; des sociétés furent fondées pour la construction d'usines et de fabriques ; on s'entendit pour n'employer que des marchandises de fabrication nationale ; une loi de non-importation fut votée et 1 ère industrielle s'ouvrit pour l'Amérique.