Histo^y of the discovery of Virginia (p
taient guère mieux traités que des esclaves, il y avait un assez bon nombre de colons libres, venus avec la ferme volonté de taire fortune et de profiter des avantages qu'offrait la Virginie, au point de vue du sol et du climat. En 1624, ils avaient déjà défriché une grande étendue de terrain, bâti une ville, Jamestown, et établi quelques fabriques. La culture du tabac avait pris une grande extension et commençait à devenir un élément de richesse.
Aux querelles intestines s'ajoutèrent, à partir de 1619, des difficultés entre la Compagnie et la Couronne relativement à Timpôt sur le tabac. La Compagnie avait à la Cour des ennemis qui intriguèrent contre elle, si bien qu'en 1624 sa charte lui fut enlevée, et que la Virginie devint et resta jusqu'à la guerre de rindépendance,une province relevant directement du roi d'Angleterre.
Pendant las années qui suivirent l'annulation de la charte, une ombre plane sur l'histoire de la Virginie, car les habitants de cette colonie n'eurent pas soin, comme les Puritains,de conserver leurs annales. On ne sait même pas très bien comment les petits propriétaires libres, dont font mention les lettres qui nous sont restées de cette époque, disparurent pour la plupart.
Sans doute il se fit une sélection; les uns énergiques, entreprenants et possédant quelque
capital, agrandirent leur domaine ; les autres, moins industrieux, isolés au milieu des grands propriétaires, préférèrent vendre leurs terres et se mettre au service des plus riches planteurs.
La population continua à se recruter de la même manière que sous l'administration de la Compagnie et se développa assez rapidement.
Elle n'était que d'environ 3000 âmes, lors de Tabolilion de la charte ; quatorze ans plus tard, en 1638, elle s'élevait à plus de 7000. « Des centaines d'émigrants qui arrivent chaque année, écrit à cette époque Richard Kempt (1), à peine s'en trouve-t-il quelques-uns qui ne sont pas amenés comme une marchandise, pour être vendus ».
En 1643, il fut statué par une loi votée à la législature de la province que les indigents importés sans aucun contrat préalable serviraient pendant une période de quatre à sept années, suivant leur âge, et seraient libres ensuite.
L'importation des Noirs,qui devait donner à la Virginie, de môme qu'aux autres colonies du Sud, son caractère particulier, commença dès 1620, mais n'atteignit pas de suite une grande extension. Ainsi, en 1650, il n'y avait dans la province qu'un Noir pour cinquante Blancs. En 1665, alors que la population totale de la Virginie était d'en-
1. U. Kempt avait été l'un des luombres les plusintluents de la Compagnie.
virori 35.000 âmes, on n'y comptait que 9.000 Africains contre 8.500 esclaves blancs ; en 1683, 3.000 Noirs avaient pour compagnons de travail 15.000 indented servants (1).
C'est en 1662, que lut incorporée la Société Royale Africaine dont l'objet principal était d'enlever des Nègres en Afrique et de les vendre aux colonies; le duc d'York en était le président et le roi lui-même l'un des plus forts actionnaires (2).
A partir de cette époque, la vie coloniale en Virginie cessa d'être ce qu'elle avait été à l'origine et se façonna peu à peu telle qu'elle devait se maintenir jusqu'en 1861.
En 1660, les Gentlemen n'ont plus besoin de se faire bûcherons, et tout le luxe compatible avec l'état encore primitif de la colonie, les difficultés de
1. Le commerce des Blancs se Taisait alors sur une grande échelle. Les archives coloniales contiennent des mentions fréquentes à ce sujet. Ainsi « le 14 mai 1652, le navire «John and Sarah » est arrivé chargé decxuiacaillerie,d'articles de ménage et de prisonniers écossais ; les acheteurs se rendent à bord du navire et choisissent la marchandise humaine comme ils auraient choisi un cheval au marché »
{Suffolk Couniy records ^ p. 5).
2. Le premier Anglais, dit Seely, qui S3 rendit coupable de cette atrocité fut John Hawkins. En 1567, il entra dans une ville africaine, y mit le U\x et, sur les 8.000 habitants qu'elle contenait,!! réussit à en enlever 250, hommes, femmes et enfants.
{Expansion of England, p. 74).
rimportatioii d'Europe, le manque d'artisans et de fabriques locales, môme pour les objets de première nécessité, commence à s'introduire et à se développer chez les grands planteurs. ,
Peu à peu, un abîme profond se creusa entre j ceux-ci et les autres classes de la population. Les Gentlemen regardaient de haut les petits propriétaires qui, eux, affichaient un souverain mépris pour les esclaves blancs, lesquels, à leur tour, avaient le Noir en horreur. Ajoutons que le Nègre lui-même méprisait le Blanc qui n'était pas propriétaire de quelques esclaves.
La transmission des héritages par droit de primogéniture avait été établie comme en Angleterre, de sorte qu'il se constitua de ce fait une véritable aristocratie. La propriété foncière etles | esclaves étaient' protégés contre les créanciers. Enfin, comme il y avait d'immenses étendues de terres inoccupées,tant dans la Virginie que dans les ' provinces voisines,il était facile aux chefs de famille de créer à leurs cadets de superbes domaines que ceux-ci exploiteraient avec leurs esclaves. A partir de 1690, le nombre de ces derniers augmenta rapidement, l'Angleterre faisant tout ce qui était en son pouvoir pour en développer Tiinportation, qui lui rapportait d'énormes profits. Le commerce des esclaves blancs diminua dans les mêmes proportions; en elfetjileût été imprudent de mêler ceuxci aux Noirs, qu'ils auraient pu facilement exciter à la révolte. En 1715, la Virginie comptait déjà
une population de couleur de 23.000 âmes. Aussi les grands planteurs qui possédaient parfois huit ou neuf mille acres de terre, dont seulement quelques centaines étaient en culture, se gardaientils d'en vendre aucune partie , car ils pouvaient espérer, en augmentant le nombre de leurs esclaves, de réussir un jour à exploiter leur domaine tout entier (1).
« Les serviteurs blancs, écrit Hugh Jones en 1724 (2), ne sont plus qu'une proportion insignifiante vis-à-vis des Noirs ».
Le travail étant absolument méprisé, les serviteurs blancs, une fois libérés de leur service, s'en abstenaient eux-mêmes généralement; d'ailleurs il n'y avait dans la province aucune espèce d'industrie Et c'est ainsi que se forma cette classe, de beaucoup la plus considérable de la population, qu'on appela plus tard Mean Whites «Petits Blancs ». Ceux des anciens serviteurs qui étaient courageux et désiraient améliorer leur situation, pouvaient toujours se créer un patrimoine, en s'éloignant vers les territoires non encore colonisés ; car l'acquisition du terrain était facile, et rarement un individu qui s'était emparé d'un Lot inoccupé et l'avait défriché, s'en voyait
1. Certains favoris du roi avaient reçu d'immenses domaines, comme les Fairfax, les Beverley, etc. A un membre de cette dernière famille, en 1732, furent accordés 118.491 acre.- de terre.