‹ L'âme américaineChapitre 80 sur 113 · MacMaster, op. cit. vol. II, passim · texte numérisé non relu

MacMaster, op. cit. vol. II, passim

criât Grâce I ou Assez ! Si le Gauger n'arrachait un œil qu'à un seul individu, il était puni, lorsqu'on l'arrêtait, de quelques heures de pilori et de quelques coups de fouet ; s'il récidivait la loi déclarait qu'on pouvait le metire à mort. Cependant la pratique en question fut longtemps en faveur et s'étendit au nord jusqu'à la frontière du Maryland.

Lorsqu'un étranger arrivait dans l'un de ces endroits pour s'y fixer, on lui construisait une hutte et cette construction devenait une occasion de sport. Une fois que les arbres étaient abattus, quatre hommes étaient choisis pour assortir et empiler les pièces de bois brut qui consliluaient cette habitation primitive et pendant qu'ils 'travaillaient, les autres s'amusaient à courir, à lutter, à jouer au cheval fondu, à lancer les chapeaux en l'air à coups de pieds, à jouer aux cartes, à boire, à gauger et à tout ce qu'alors on considérait comme un amusement. Un Kentue dans ce temps-là, avait la même réputation que de nos jours un cowbog. Le vice et le désordre régnaient en maître. »

Le peuple est naturellement féroce sans doute, le fond de la nature humaine est barbare. La vie idyllique des hameaux paisibles où cependant l'instruction n'a pas pénétré, est la résultante des préceptes religieux, de la pression des lois qui a imposé des habitudes pacifiques; mais laissez l'homme en toute liberté, sans tribunaux, sans églises, dans

~ 255 — un milieu d'excitation et bientôt se réveillera en lui, l'âme cruelle qui est celle des foules ignorantes.

C'est en 1800 qu'eurent lieu les premiers Revivais ou manifestations hystériques produites par la crainte religieuse. La plupart de ces colons aventureux, d'esprit naïf, et sans aucune culture étaient issus de gens essentiellement religieux. Catholiques irlandais, baptistes, antinomiens forcés par l'intolérance à dissimuler leur foi, ou n'ayant pas d'églises ni de pasteurs, ils s'étaient laissés pousser dans ce qu'ils appelaient la voie de la perdition, mais ils avaient conservé au fonds de leur âme la croyance en un Etre suprême et surtout en des châtiments terribles après la mort.

Des scènes semblables à celles qui avaient accompagné en Angleterre l'établissement de la religion réformée et l'éclosion des sectes persécutées, se produisirent, revêtant un caractère plus exagéré en raison du milieu qu'elles avaient pour cadre.

Deux prédicants, deux frères, s'étaient rendus sur les bords de TOhio dans l'espoir de convertir ces « infidèles ». Ils s'arrêtèrent à un endroit appelé Red River et on leur permit d'y

prêcher (1). Peu à peu pendant qu'ils parlaient, leurs auditeurs profondément émus fondirent en larmes, puis tout à coup, une femme, en arrière de la foule assemblée, se mit à pousser des cris déchirants. Les orateurs ne s*interrompirent pas et alors la terreur devint contagieuse; les appels de ces malheureux à la miséricorde divine étaient terribles à entendre. Quelques-uns croyaient au pardon, mais d'autres s'en retournaient « blessés spirituellement » et souffrant d*une indicible agonie de l'âme. La contagion se répandit, des protestants de toutes les sectes se joignirent au mouvement et sans plus se soucier de leurs intérêts matériels, sans songer à rentrer leurs récoltes ou à défricher leurs terres, se rendirent aux camp-meetiags. Et alors, ce ne furent plus seulement les prédicants qui implorèrent la miséricorde divine et prêchèrent la parole du salut; les h3mmes,les femmes, les enfants se joignirent ù eux ; on vit des enfants de hjit, dix et douze ans prêchant avec enthousiasme jusqu'au moment où ils s'affaissaient sur le sol.

La scène avait un caractère à la fois étrange et pitioresque ; c'était dans la forêt au milieu de lentes, de chariots, de feuxde campement, l'écho de cris sauvages et de lamentations. Un grand nombre des assistants to:nbaient par terre d'épuisement, les femmes surtout, alors on les emportait

Page 1