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LE XIX« SIECLE

Caractère yénèral de L'histoire de la République. — Achat de la Louisiane. — II. Guerre de l!^î2. Achat de la Floride. La doctrine Monroe. — Ul. Guerre du Mexique. — IV. Guerre de sécession. — V. Le Sud après la guerre. — VI. Guerre de Cuba. Annexion des îles Hawaï. — Vil. Expéditions contre les Mormons et contre les Indiens. Scandales financiers^ éyneules, etc.

« Le général Jackson que les Américains ont choisi deux « fois pour le placer à leur tête, est un homme d'un « caractère violent et d'une capacité moyenne... Qui donc « l'a placé sur le siège du Président et l'y maintient « encore? Le souvenir d'une victoire remportée par lui, « il y a vingt ans, sous les murs de la Nouvelle-Orléans. « Or, cette victoire de la Nouvelle-Orléans est un fait « d'armes fort ordinaire dont on ne saurait s'occuper « longtemps que dans un pays où Ton ne donne pas de « batailles ; et le peuple qui se laisse ainsi entraîner par « le prestige de la gloire est, à coup sûr, le plus froid, « le plus calculateur, le moins militaire et, si je puis « m'exprimer ainsi, le plus prosaïque de tous les peu- 4 pies du monde ».

(Tocque ville De la Démocratie en Amérique tome 1", p. 3J5 (1835).

Notre conception de ce qui constitue le domaine de l'histoire s'est profondément modifiée depuis

un siècle, au fur et à mesure des conquêtes de l'idée démocratique.

Les chroniqueurs du passé ne nous ont guère raconté que les faits et gestes des monarques, les chocs des armées, les changements de décors aux façades des grands édifices nationaux. Cela a cessé de nous suffire et de plus en plus nombreux sont aujourd'hui ceux qui retournent dans ce passé, lui demander quelle a été la vie des humbles, quels idéaux les peuples ont caressés, de quels espoirs ils se sont nourris, de quels maux ils ont souffert.

Je veux dans ce chapitre, cependant, m'en tenir à la conception ancienne et ne considérer dans l'histoire des Etats-Unis, au cours des cent dernières années, que les faits concrets et généraux qui ont arrêté Pattention du monde, les événements qu'a commentés la presse européenne, ceux qui ont eu leur répercussion sur l'équilibre international.

L'histoire des Etats-Unis n'est pas l'œuvre raisonnée, concertée, déduite de diplomates et d'hommes pohtiques toujours sur la brèche, se constituant des alliances, s'assurant des neutralités, étudiant les courants d'opinion des pays rivaux, cherchant les points faibles de leur défense, les défectuosités de leur organisation militaire. Les Etats-Unis n'ont pas eu de souverains rêvant d'inscrire aux fastes de l'humanité, des noms de conquérants et d'échafauder leur gloire sur l'oppres-

sion de peuples voisins ou la conquête de régions lointaines. Les enfants de ce pays n'ont pas appris dans leurs livres scolaires qu'il y a de la grandeur à changer, contre leur gré, l'allégeance de populations viv^ant sous un drapeau étranger ou à asservir des nations indépendantes. D'ailleurs ralternance au pouvoir de partis qui se croient tenus de profesïcr sur toutes choses, des opinions différentes ou contraires, ne favorise pas la perpétuation d'ambitions de conquêtes ou de projets de domination.

Les guerres de la République ont marqué des étapes importantes dans son existence, mais elles n*ont guère été que des accidents de croissance, des malaises passagers dans le fonctionnement d'un puissant organisme. Presque toutes ont coïncidé avec une éclipse momentanée de la conscience nationale, toutes ont été suivies d'une recrudescence de vigueur et d'énergie, d'une forte poussée vers la colonisation, d'une ère de grande prospérité économique.

L'histoire des provinces anglaises pendant la période coloniale a été un processus ininterrompu d'unification ; tous les faits qui ne sont pas d'intérêt purement local : les incursions des Indiens, les guerres avec la Nouvelle-France, la conquête de la Nouvelle-Hollande, la conquête des possessions françaises d'Amérique, ont conduit directement ou indirectement à ce résultat. L'histoire de la République américaine a été un processus

ininterrompu d^agrandissement et d'expansion.

Plus qu'aucun autre homme d'Etat de son tem,3s, Jetrerson avait prévu la croissance rapide de l'Union ; il lui avait délimité^ en quelque sorte, la sphère d'expansion à remplir.

La conquête de Cuba, cependant, lui avait paru beaucoup plus prochaine qu'elle ne l'a été. « Bien qu'avec difficulté probablement, écrivait-il, Bonaparte consentira à ce que nous recevions Cuba dans notre Union... Je ferais ériger immédiatement une colonne à l'extrême limite sud de l'ile et j'y inscrirais : « Necplus ultra pour nous dans cette direction. Il faudrait ensuite faire entrer le Nord dans notre confédération... Nous aurions alors un pays de liberté comme il n'en a jamais existé, depuis la création. Je suis persuadé qu'aucune constitution ne se prête aussi bien que la nôtre, à un vaste empire et au self gover runeat ».

Il commença, lui-même, l'exécution de son programme, en négociant en 1803 avec le gouvernement de Napoléon, et cela un peu contre le gré et à l'insu de ses amis du Congrès, l'achat de la Louisiane, moyennant une somme de quatre vingt millions de francs.

C'est dans les termes suivants que furent établis en 1811, les droits et les libertés du nouvel Etat et cette formule indique la base sur laquelle

se fera, à l'avenir, Pexpansion territoriale de la République.

« La constitution de TEtat devra être de forme républicaine, devra contenir les principes fondamenlaux de la liberté civile et religieuse, assurer à chaque citoyen I3 procès par jury dans toutes les causes criminelles et le )»rivilège de VHabeas Corpus.

La Louisiane fut d'abord fort mal administrée, fort mal gouvernée ; la tyrannie et l'arbitraire pendant quelque temps y régnèrent en maîtres. Il i-emblait qu'une partie des éléments les plus fanatiques des anciens Etats se fussent donnés rendezvous sur les bords du Mississipi. On chercha même à abolir la langue française, mais on n'y réussit pas et elle s'est maintenue comme langue officielle, concurremment avec l'anglais, jusqu'à l'année dernière (1898) (1).

1. La langue française a été abolie par la législature de la Louisiane, le 12 mai 1898, sans opposition, attendu que la grande majorité de la population de l'Etal est de langue anglaise et ne comprend p^is le français. Voici les articles de la constitution qui se rapportent à cette abrogation :

Art. 165. Les lois seront promulguées, les documents publics seront conservés, les procédures judiciaires et législatives seront conduites e.i langue anglaise, niais l'Assemblée générale pourra pourvoir à ce que la publication des lois soit aussi faite en français et à 00 que les avis judiciaires soient égalemerit publiés en cette langue,dans certaines villes et paroisses désignées.

Art. 251. Uinslruction duus les écoles publiques sera

La guerre de 1812 contre l'Angleterre, eut des causes diverses : l'ivresse de la force juvénile et du succès qui rend les peuples comme les individus, audacieux et confiants; la volonté bien arrêtée chez les Américains, de sauvegarder leur indépendance absolue et d'assurer la liberté de leur commerce ; mais avant tout, leur désir de tirer vengeance des griefs nombreux accumulés depuis le traité de 1783, contre l'ancienne métropole.

La Nouvelle-Angleterre dont les côtes étaient plus exposées aux déprédations des navires anglais que tout le reste de l'Union, s'opposa aux hostilités, prétendant que cette guerre était la guerre d'un parti et n'était pas désirée par la nation (1). Certaines sociétés, à Boston et ailleurs, soulevèrent la question religieuse, on alla même jusqu'à parler de sécession ; les habitants du Massachusetts, du Gonnecticut et du Rhode-Island refusédonnée en langue anglaise, mais le français pourra être enseigné dans les paroisses et les localités cù cette langue prédomine, pour\aiqiie cela n'entraîne aucun surcroît de dépenses.

1. H. Glay l'un des principaux hommes politiques de l'Union à cette époque, affirme que les neuf dixièmes de la population étaient favorables à la guerre.

rent d'envoyer les milices et de voter les subsides demandés par le Congrès. Ils avaient, il est vrai,u)i moyen plus sûr de se venger des Anglais: c'était de les frapper dans leur commerce et leur industrie; elFectivement ils se mirentà construire des manufactures et à fabriquer du coton ; ces Etats qui jusqu'à cette époque avaient été exclusivement agricoles, devinrent en peu d'années presqu'exclusivement industriels.

La guerre de 1812 a afurmé d'une manière décisive aux yeux des peuples de l'Europe l'existence delà République et lui a constitué, pour ainsi dire, son état civil ; car elle a été conduite par les seuls entants du sol, sans aucun secours d'une puissance amie, et menée à bonne fin. Elle ne fut signalée par aucun fait d'armes remarquable, cependant les navires des Etats-Unis repoussèrent la flotte anglaise et leurs troupes de terre battirent les troupes d'Albion, dans presque toutes les rencontres.

A cette époque disparaissent les derniers tories et les dernières velléités de retour a l'Angleterre; le mot torij lui-même est rayé du vocabulaire politique et les partis se reforment sous des dénominations nouvelles d'où toute trace de l'ancienne allégeance est effacée. .

L'expansion territoriale se continua parl'acqui-

silion delà Floride qui tut achetée aux Espagnols en 1820, et assura à l'Union la possession de tout le littoral de l'Atlantique, depuis la baie de Fondy jusqu^au golfe du Mexique.

C'est le 2 décembre 1823 que fut énoncée la doctrine dite « Monroe », dans le septième message annuel du président de ce nom. Cette déclaration qui constitue une date importante dans l'histoire politique de la nation, expose que « Les Etats-Unis n'ont pas à intervenir et n'interviendront jamais dans les guerres des puissances européennes dont ils suivent cependant avec un grand intérêt la vie politique ; Que les Etats-Unis considéreront toute tentative d'une puissance européenne pour étendre sa domination sur une partie quelconque du continent américain, comme dangereuse pour la paix et la sécurité des habitants de la République; Que les Etats-Unis n'interviendront pas dans les rapports des puissances européennes avec les colonies qu'elles possèdent actuellement sur ce continent, mais qu'ils considéreraient comme une manifestation d'hoslilité envers eux, tout acte ayant pour but d'opprimer celles de ces colonies qui ont déclaré leur indépendance, l'ont maintenue et ont été reconnues comme Etats indépendants par les Etats-Unis. »

La guerre du Mexique injuste dans ses causes et déplorable dans ses résultats immédiats, a été un de ces accidents de croissance dont j'ai parlé plus haut. Le Texas qui forme aujourd'hui l'un des Etats les plus vastes et les plus populeux de l'Union, était vers 1820, une province mexicaine à peine habitée et dont les terres avaient été concédées par le gouvernement de la République du Mexique, à un certain nombre d^empresarios ou fondateurs de colonies. Ces empresarios se nommaient Austin, Brazo, Baxar, Zavalla, Whelin, Burnett, de Léon, Felisola, Milam, De Witt, Powers, MacMulIen, Gameron, Vehlein,Woodbury, etc., la plupart, ainsi que les noms l'indiquent, étaient Américains. Le plus influent d'entre eux, Moses Austin, originaire du Connecticut, avait obtenu de la couronne d'Espagne, en 1819, une concession considérable de terrain, sous le fallacieux prétexte que les catholiques étaient persécutés aux Etats-Unis et qu'il voulait leur ouvrir un refuge. En 1821, le Mexique s'étant déclaré indépendant, le gouvernement républicain qu'il se donna confirma l'allocation royale. Un grand nombre d'aventuriers américains qui avaient déjà fait ])Iusieurs tentatives d'établissement à main armée

dans la province, mais sans succès, usèrent alors de ruse et y entrèrent à la suite d'Austin. Ce dernier fut le seul qui observa les conditions de son contrat et fit venir dans le pays, le nombre de colons qu'il était tenu d'y établir,des Irlandais pour la plupart. Les autres ne songèrent qu'à la spéculation, sans plusse soucier des engagements qu'ils avaient contractés. L'un des historiens de la colonie, D. B. Edwards (1), classifie de la manière suivante les premiers habitants du Texas: « Des jeunes gens chargés d'une famille nombreuse et qui croient pouvoir assurer là leur avenir; des débiteurs qui veulent échapper à leurs créanciers ; des paresseux qui espèrent y trouver une hospitalité facile, car dans ces solitudes leur société sera généralement agréable et parfois utile ; des gens qui ont eu maille à partir avec la justice de leur pays ; enfin, des individus qui vont demander des concessions à un gouvernement, bien décidés à faire passer, s'il est possible, pu cf ni s et calcibus, les terrains qui leur seront concédés sous l'autorité d'un autre gouvernement ».

Ces derniers étaient de beaucoup les plus nombreux. Le territoire connu alors sous le nom de Texas pouvait former huit ou dix Etats de la grandeur du Massachusetts ; la terre en était fertile, propice à la culture du coton et de la canne à sucre et les spéculateurs du Sud qui s'y étaient

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