‹ L'âme américaineChapitre 90 sur 113 · Gr»ater Britain» p. 7 (Londres · texte numérisé non relu

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et qui cependant, avaient droit à une représentation égale à celle des Etats de travail libre. On demanda au Congrès d'intervenir ; dominé par l'ément sudiste il s'y refusa, alléguani; qu'il n'avait aucune autorité pour s'immiscer dans l'administrafion intérieure des Etats.

En 1845 la Floride et l'Iowa furent admis dans la Confédération au rang d'Etats, la Floride comme Etat esclavagiste et l'Iowa comme Etat de travail libre. On tenait à conserver ainsi l'équilibre entre le Nord et le Sud politiquement, mais la population augmentait beaucoup plus rapidement dans le Nord, attendu que c'est de ce côté que se dirigeait presque exclusivement l'immigration étrangère, ainsi qu'en font foi les chiffres suivants :

En 1840.

Population Population blanche Esclaves

de l'Union du Sud

Pendant les négociations avec le Mexique pour l'achat delà CaUfornie et du Nouveau-Mexique, un bill fut présenté au Congrès demandant

1. Ces chiffres nous montrent qu'un bon nombre de propriétaires pauvres et de Petits Blancs des Etals esclavagistes 0 it dû aller chercher fortune dans l'Ouest, pendant cette décade,

que Tesclavage ne fût pas introduit dans les territoires nouveaux qui seraient formés de ces provinces. Le bill fut repoussé, les vSudistes déclarant que l'interdiction de l'esclavage, équivaudrait à les exclure de la Californie et du nouveau Mexique, puisqu'ils ne pourraient y émigrer avec leurs biens consistant en esclaves.

A partir de 1848 l'agitation alla toujours croissant. Le parti de Tabolilion qui s'était affirmé pour la première fois, en 1844, avec un petit nombre d'adhérents oblint aux élections de 1856, uni au parti républicain, la majorité des voix du pays tout entier ; dans la délégation pour l'élection présidentielle, il se trouva cependant en minorité de deux voix et ne put faire élire son candidat M. Frémont (1).

Cette situation anormale d'un parti en minorité qui se trouve au pouvoir, ne fit qu'augmenter l'irritation ; les passions s'exaltèrent dans le Nord pendant que dans le Sudl'idée de sécession devenait de plus en plus populaire.

En 1858, des difficultés s'élevèrent dans le Kansas dont la majorité des citoyens voulait faire un Etat de travail libre, alors que les propriétaires d'esclaves s'y opposaient. Ceux-ci cherchèrent à escamoter les votes et allèrent même jusqu'à faire assassiner onze braves fermiers,

i, M. FnMnont ôtait d'origine canadienne française.

dont le seul crime avait été de voter en faveur du travail libre. Enfin le Congrès, sous la pression des Sudistes, avait voté des lois mettant à la charge de l'Etat les frais de capture des esclaves fugitifs. En 1860 Lincoln, le champion de l'intégrité de l'Union fut élu à 1^* présidence.

Jusqu'à cette époque on n'avait pas considéré que la sécession d'un certain nombre d'Etats du reste de la Confédération constituât un acte de trahison. « Il me paraît certain, écrivait Tocqueville en 1833, que si une partie de l'Union voulait se séparer de l'autre, non seulement on ne pourrait pas l'empêcher, mais encore on ne tenterait pas de le faire. »

Horace Greely, le premier journaliste de ce temps et l'un des hommes les plus influents du parti républicain publiait, en 1861, les lignes suivantes dans la « New^York Tribune »:«Si la Déclaration de l'Indépendance a justifié la sécession de l'Empire britannique de trois millions de colons, en 1776, nous ne voyons pas pourquoi elle ne justifierait pas la sécession de cinq millions de Sudistes de l'Union fédérale, en 1861 » (1). On alléguait d'autre part et avec raison que les

1. Seward qui fut secrétaire d'Etat sous Lincoln, déclarait en 1848 que la séparation du Nord et du Sud était désirable et que l'Union américaine donnerait au monde un exemple de l'excellence de la liberté démocratique et une preuve de son amour de la paix, en se dissolvant amicalement,de consentement mutuel et sans qu'il fût versé une goutte de sang.

circonstances étaient changées et que c'était avec l'argent et les soldats de la nation tout entière, que la Floride, la Californie, le Texas, le Nouveau-Mexique avaient été achetés et conquis.

Le 4 mars 1861, Lincoln entrant en fonctions, prêta à Washington le serment de maintenir l'Union; mais il n'était déjà plus le président que des deux tiers des trente-trois Etats qui la constituaient lors de son élection. La guerre était désormais inévitable.

Pour la masse de la nation c'était la guerre sainte ayant pour but la délivrance de trois millions* de créatures humaines opprimées; pour la plupart des hommes politiques du Nord, il s'agissait surtout du maintien de la « Glorieuse République bornée à l'est et à l'ouest par les Océans » ; chez certains spéculateurs et hommes d'affaires, peutêtre même eût-il été possible de découvrir des motifs moins purs.

Lincoln écrivait à Horace Greely, le 22 août 1862 : « L'objet essentiel que je poursuis dans ce conflit, c'est de sauver l'Union et non pas de détruire l'esclavage ; si je pouvais sauver l'Union en ne libérant aucun esclave, je le ferais ; si je ne pouvais la sauver qu'en les libérant tous, je n'hésiterais pas un seul instant ; si je pouvais sauver l'Union en en libérant quelques-uns et en laissant les autres dans leur état actuel, je le ferais encore. Quoi que je fasse relativement à Tes-

clavaye et aux hommes de couleur, mon but n'est que de sauver l'Union ».

Le journal contribua puissamment à précipiter la crise, bien qu'il ne fût pas, en 1860, la puissance formidable qu'il est devenu de nos jours ; il n'était alors que l'écho de l'opinion, mais l'écho qui (jrossit, exagère, répète au loin.

Ni d'un côté ni de l'autre on ne s'imaginait que la guerre serait aussi longue etaussidésastreuse. Seward l'un des ministres de Lincoln avait déclaré que tout serait fini en quatre-vingt-dix jours.

Les hostilités commencèrent, le 11 avril 1861, par la prise du fort Suniter à Charleston.

L'incohérence et la confusion inséparables de la création à bref délai, de l'improvisation d'énormes armées, avec des éléments enlevés aux carrières du commerce, de l'agriculture, de l'industrie, du barreau signalèrent, comme on devait s'y attendre, les premiers temps de la lutte. H se trouvait bien, si l'on veut, pour former des cadres les officiers et soldats des régiments qui avaient envahi le Mexique, mais l'immense majorité des combattants n'avait jamais vu le feu. Les circonstances d'ailleurs se trouvaient les mêmes pour les deux armées belligérantes, c'étaient deux armées de miliciens.

Les planteurs du Sud luttaient pour la conservation de leurs biens et de leur situation sociale,

ils devaient naturellement concentrer dans ce conflit tous leurs efforts et toutes leurs énergies. Les institutions hiérarchiques qui étaient les leurs, leur donnaient tout d'abord, en outre, un avantage sur leurs adversaires au point de vue du mainlien de la fliscipHne; chez eux les officiers n'avaient pas à être élus ou agréés comme dans le Nord ; les soldats appartenant aux classes inférieures de la population voyaient dans les membres de Taristocratie leurs chefs naturels; mais les confédérés étaient loin de posséder la force numérique et les ressources pécuniaires des Unionistes.

Dans le Nord tout fut mis en œuvre pour attirer les volontaires sous les drapeaux. A des avocats, à des négociants, à des industriels, les législatures des Etats offrirent des grades de colonel et de capitaine, s'ils parvenaient à recruter un certain nombre d'hommes ; à d'autres elles assurèrent les bénéfices de la cantine ; aux soldats elles accordèrent une solde considérable avec promesse de primes en terre à l'expiration de leur temps de service. Des bureaux de recrutement furent ouverts dans toutes les localités et constituèrent le principal lieu de rendez-vous des désœuvrés, car la guerre nécessairement paralysait l'industrie et avait fait un grand nombre de sans-travail.

L'enthousiasme patriotique unioniste entretenu et surchauffé par les orateurs de réunions publiques, contribua peut-être plus que tout le reste,

à rendre les enrôlements rapides et à accroître le nombre des recrues. Grant qui devait terminer viclorieusemnntla guerre avait été nommé, au début des hostilités, colonel du 21* régiment d'infanterie de rillinois, mais ses soldats n'avaient été engagés que pour quatre-vingt-dix jours et, ce terme'expiré, la plupart étaient disposés à retourner dans leurs foyers ; le futur généralissime invita, alors, deux hommes politiques, MM. Mac Lernand et Logan avenir leur adresser la parole. En moins de deux heures d'exercices oratoires, les éloquents tribuns avaient amené le régiment tout entier à se rengager (1).

J'ai fait allusion plus haut à la campagne de « V américanisme natif » qui avait troublé toute la période antérieure à l'élection de Lincoln ; les étrangers ostracisés profitèrent avec joie de l'occasion qui leur était donnée de manifester leur patriotisme américain ; 170.000 Irlandais (nés en Irlande) combattirent sous les drapeaux de l'Union et les Allemands s'enrôlèrent en nombres considérables.

Le goût des aventures, enfin, fut le mobile qui inspira beaucoup de volontaires et, s'il est vrai qu'une guerre est parfois nécessaire pour donner une issue à certains instincts qui, autrement se manifesteraient dans le crime, la guerre de sécession ne fat pas bienfaisante seulement pour

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