‹ L'âme américaineChapitre 99 sur 113 · juin 1898, cité par Vlmiépemlant deFall River · texte numérisé non relu

juin 1898, cité par Vlmiépemlant deFall River

race qui puisse justifier l'Amérique de se jeter dans les difficultés et des dépenses pour réparer les mauvais effets des fautes de l'Auglais... C'est seulement en nous alliant avec TAngleterre, l'ennemi commune des nations, que nous nous ferons des ennemis actifs et que nous nous mettrons en passe de voir notre paix troublée et de perdre notre commerce ».

En dehors des époques de leurs guerres, les Etats-Unis n'ont guère fourni de matière aux publicistes du Vieux Monde ; la presse étrangère s'est peu occupée des combinaisons de leurs diplomates, des déclarations de leurs ministres, des discours de leurs hommes politiques; les économistes seuls ont trouvé dans la grande République, un champ intéressant d'observations et d'études.

La crise financière de 1837-41; quelques scandales, ceux an Crédit Mobilier en 1872, àa Star- Route en 1882, du Tammany-Hall à différentes dates ; les répressions sanglantes d'émeutes de grévistes à Piltsburg, New-York ou Cincinnati; les attentats anarchistes de Chicago en 1886, ces faits ont obtenu quelques lignes dans la colonne des nouvelles des journaux d'Europe. De même encore, les expéditions successives de 1825 à 1858, à l'effet de repousser les Mormons en dehors des territoires civilisés, la loi votée contre eux en 1882; quelques campagnes contre les Indiens,

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quelques-unes des nombreuses exécutions auxquelles procèdent, chaque année, les adeptes du Juge Lynch ont pu, un instant, émouvoir l'opinion publique internationale.

Les Etats-Unis ont eu ce bonheur d'être en dehors du mouvement politique et de n'avoir aucun rôle à jouer dans le maintien de l'équilibre entre les autres grandes puissances. Ils se sont développés à l'écart de l'opinion étrangère, de la critique intéressée, des racontars exagérés de journalistes soudoyés en vue de campagnes diplomatiques.

Il a même fallu à certains moments, comme par exemple en 1841, lorsque des législatures d'Etats ont voulu renier leur dette publique, que des hommes politiques américains rappelassent à leurs compatriotes, que l'opinion étrangère existait et qu'il ne fallait pas se déshonorer à ses yeux (1).

Cette situation privilégiée a permis aux Etats- Unis d'accroître dans d'énormes proportions, sans susciter de défiances ou de haines, leur richesse commerciale, leur puissance industrielle et de consacrer toutes leurs forces d'action au développement de leurs ressources économiques.

Cette situation se prolongéra-t-elle au vingtième siècle?

A l'heure qu'il est, deux puissances morales et

1. Sir Charles Lyell. Travsls in Norlh America, vol. lî, p. 63.

psychiques se trouvent en conflit. D'un côté, les enseignements des fondateurs de la République, dont l'autorité n'est pas encore tout à fait abolie; l'influence de l'élément conservateur et éclairé de la population, influence qui malheureusement n'est pas prépondérante ; les intérêts du commerce et de l'industrie qui sont basés sur la sécurité des relations extérieures.

D'un autre côté l'ivresse de la force matérielle et du succès ; l'existence d'un esprit public susceptible de tous les emballements et que la presse façonne à son gré, d'un esprit fiévreux, enthousiaste, combatif et très cohérent auquel nul n'ose résister, ni la magistrature, ni le clergé, ni même le gouvernement, un esprit qui procède avec une sorte d'inconscience et à l'encontre duquel on serait mal venu d'opposer les lois de la justice, de Thumanité ou de la raison. Laquelle de ces puissances va l'emporter ?

Qui sait? Peut-être est-il dans les desseins de la Providence que toutes les forces du monde civilisé soient, au seuil du vingtième siècle, groupées les unes contre les autres, afin que le cataclysme qui se prépare soit général et que tous les éléments du passé soient désunis, afin de se prêter à des combinaisons nouvelles. L'Amérique qui semblait avoir dit son dernier mot dans les luttes armées, marquait peut-être un état de progrès anormal et pour lequel le monde n'est pas encore préparé.

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