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fatalité; mais ne se crée-t-il pas de ce fait un funeste engrenage? Près de l'une de ces colonies ne peut-il arriver qu'il se produise des émeutes, des révolutions dont la prolongation soit préjudiciable aux intérêts des citoyens américains, •ainsi que cela a eu lieu à Cuba ; ne faudra-t-il pas rétablir la paix dans ces pays, leur imposer une bonne administration, les empêcher de retomber dans Tanarchie ? Où s'arrêtera-t-on ?
Ce désir de domination sur de vastes contrées n'est pas tout à fait nouveau en Amérique ; déjà à d'autres époques certains politiciens se sont complu dans des visions grandioses d'extension territoriale. Seward n'assignait aucune limite à l'expansion des Etats-Unis. « L'Amérique ne leur suffirait pas, ils iraient en Asie rencontrer les civilisations européennes qui auraient, par un autre côté, envahi le continent jaune et qui reculeraient devant eux ou se fondraient avec eux pour rétablir sur la terre le règne de la vraie égalité et de la vraie liberté ».
Le traité de paix signé à Paris entre les Etats- Unis et l'Espagne, a dû enregistrer une protestation des Espagnols contre l'annexion des Philippines, le traitement de la dette cubaine, le refus de rembourser les cautionnements déposés par les particuliers dans les trésors des colonies annexées, et enfin, contre le message du président Mac-Kinley affirmant la criminalité de l'explosion du Maine et la mettant àla charge de l'Espagne.
4c De sorte, dit un journal, que Tapparition de la Grande République dans Tarêne de la politique internationale, bien loin de provoquer ou de marquer un pas en avant dans la voie de l'entente des peuples, aura contribué à créer un germe de discorde de plus et à ouvrir un nouveau compte de rancunes et de haines. »
Le premier pas sur la pente impérialiste a été l'annexion des lies Havvaï qui n'a pas eu lieu, cependant, sans une vigoureuse résistance de la part des éléments les plus conservateurs du Congrès. Elle avait d'abord été repoussée, mais après la victoire de l'amiral Devvey à Cavité, ou plutôt au moment même de son départ pour les Philippines, les impérialistes rappelèrent qu'aucune station de ravitaillement pour la flotte américaine ne se trouvait à proximité de ces îles, et cet argument joint à l'entraînement du succès emporta l'adhésion de la majorité. L'annexion fut votéele 6 juillet 1898, par 291 voix contre 91 à la Chambre des députés et par 42 voix contre 21 au Sénat; le sénateur Hoar lui-même, le principal champion du parti anti-annexionniste, céda, mais en adjurant les Chambres de ne pas aller plus loin. Les économistes alléguèrent preuves en mains, que l'annexion ne constituait pas un avantage financier, mais au contraire, un surcroît de dépenses. Rien n'y fit ; chez ces hommes d'affaires calculateurs le désir de l'agrandissement de l'Union l'emporta, et le sénateur Teller put
s'écrier aux applaudissements du public : « Je crois que partout où flotte notre drapeau, soit par droit de conquête, soit par le consentement du peuple qui le laisse arborer, là il doit rester, et le parti ou les hommes qui proposent de le retirer auront à compter avec la grande masse de la nation américaine, qui croit que c'est le meilleur drapeau du meilleur gouvernement qui existe et qu'il est plus capable d'apporter au pays sur lequel il flotte, la paix et la prospérité, que n'importe quel autre drapeau ou quel autre gouvernement sous le ciel ».
Quant aux Hawaïens eux-mêmes, c'est le cœur rempli de tristesse qu'ils virent les couleurs américaines remplacer celles qui, jusqu'à ce moment, avaient symbolisé pour eux la vie nationale ; ils n'assistèrent pas à la cérémonie. Un correspondant de New-York raconte que toutes les maisons étaient closes et les rues désertes. Il n'y eut pas de discours, pas d'acclamations et lès quelques Hawaïens qui se trouvaient sur une estrade avec les principaux personnages représentant rUnion, baissèrent la tête quand le drapeau qui avait été le leur disparut pour toujours. Lorsqu'il s'agit de jouer une dernière fois l'air national, les indigènes qui étaient membres de la fanfare jetèrent leurs instruments et se retirèrent.
Constatons en passant que les difficultés qui ont accompagné et qui accompagnent encore la pacification des Philippines ont provoqué un
mouvement anti-impérialiste très marqué et que les Iiommes politiques anglais qui ont cherché à entraîner rUnion dans leur orbite, en ont été pour leurs frais (1). On a bu par ci par là, à la fraternité des races anglo-saxonnes, on en a exalté la force et la vigueur ; beaucoup d'Américains descendants d'opprimés et de parias d'Albion, se sont montrés flattés d'être appelés cousins par leurs anciens oppresseurs ; mais le sentiment de la race et de la communauté de langue que Ton feint d'invoquer n'aveugle pas le plus grand nombre sur la réalité de leurs origines. Ils comprennent très bien, en outre, que si les intérêts de l'Angleterre avaient porté celle-ci à faire cause commune avec l'Espagne, la parenté n'aurait pas pesé d'un grand poids dans la balance.
« Une alliance avec l'Angleterre disait le San Francisco (Ihronicle (2), ne serait pas à noire avantage. Elle impliquerait pour nous l'isolement d'abord et la guerre ensuite. Quels que soient les périls que court l'Angleterre, cela nous importe peu et il n'y a rien dans le sentiment de la
1. Un auteur anglais que j*ai déjà cité, sir Lepel Gritlftn, disait aux Américains en 1884. « L'entente cordiale entre nos deux pays devient plus marquée d'année en année et aussi longtemps que les Etats-Unis concentreront leur attention exclusivement sur le continent américain il n*est pas probable que nos intérêts se heurtent (« Tke great Republic, p. 185) Le conseil est bon à retenir.