PERSPECTIVES
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1. — Vastes espoirs qui germent en Came améncaine. — L-. vingtième siècle sera pour V Union Vère des conquêles inlutlectuelles et morales, La réaction qui va s'accentuant contre la fusion des races dans l'élément angto-hibernien, peut être considérée comme l'aurore d'une renaissance semblable à celle qui s'est accomplie t'n Europe au XIH* siècle. — IF. Perspectives de conservation pour l'élément tudesque aux Klats-Unis ; journaux allemands ; poètes germano-américains ; écoles allemandes. — Les Scandinaves. — Les Canadiens-français ; motifs spéciaux qu'ils ont de combat- Ire l'absorption» — Les Polonais. — Réveil de la langue celtique. — Les autres races. — A rheure qu'il est, deux seules langues paraissent devoir se maintenir en Amérique concurremment avec l'anglais^ le français dam l'Est et l'allemand dans l'Ouest. — III. Notre conception de la patrie rCesl pas la même que celle des Européens. — Les circonstances qui ont établi la cohésion au sein des peuples du Vieux-Monde ne se reproduiront plus. — L'Union américaine est basée implicitement sur un contrat social. — On cons' tate actuellement deux tendances bien marquées dans l'orientation des nations. — L'une se nianifeste par la création de grandes entités gouvernementales, l'autre par une solidarile plus étroite qui s'établit entre les groupes ethniques ayant un héritage commun. — L'A-
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mèrique enseignera à PEurope à concilier ces deuœ tendances. — Les Etats-Unis d'Europe, rêve irréalisable. — E'als-Unis d'Amérique. — Si la République américaine se divisait en plusieurs républiques^ dru intérêts seraient lésés, mais les cœurs ne saigneraient pas. — I\'. La question des langues. — En Suisse, en Fi ance, en Autriche-Hongrie. — La la?i~ gue anglaise restera la langue du Congrès et des législatures, comme le français est en Europe celle de la diplomatie', elle est une langue parlementaire. — La diversité d* idiomes constituera des frontières m(*'ales qui empêcheront l'exubérance de Vesprit celtique de tout embraser. — Renaissance de la me sociale au sein des groupes homogèn^^s. — V. Il est possible que les éléments les plus fanatiques delà nation s'opposent quelque jour au développement des nationalités. — Vasselage intellectuel des Etats-Unis vis-à-vis de i* Angleterre. — Les cousins d" outre-mer. Répercussion des idées européennes sur Vùme américaine. — La mission de la République américaine.
A aucune /époque de Thistoire du monde une na tion rêvant d'être grande autrement que par les armes n'a salué l'aube d'un nouveau siècle, remplie d'aussi vastes espoirs, vibrante d'autant d'enthousiasme optimiste qu'il s'en manifeste, à l'heure qu'il est, dans l'âme américaine : et, jamais probablement, espoirs et optimisme n'ont été aussi pleinement justifiés. Dans la foule, au sein des nasses obscures, comme parmi les privilégiés de In fortune, partout, s'affirment d'ardentes aspirations vers le mieux-être, vers le perfectionnement.
vers le progrès; aspirations confuses chez les les uns et limitées au domaine matériel, incohérentes et contradictoires peut-être chez d'autres, mais bien défmies chez les classes éclairées et procédant d'une conception élevée de la solidarité humaine, du devoir et du bonheur.
Le dix-neuvième siècle a été pour TAmérique l'ère de l'expansion territoriale, des conquêtes agricoles, industrielles et commerciales ; on veut qu'avec le vingtième siècle s'ouvre l'ère des conquêtes intellectuelles et morales. Jusqu'à présent rinteUigence pratique, la vigueur virile, l'activité corporelle vouées à la production matérielle, mises au service des arts mécaniques et de la spéculation ont accompli des prodiges; on veut que dans un horizon agrandi s'épanouissent, à leur tour, les facultés supérieures.
Que les artistes, les savants et les littérateurs américains prennent rang parmi les plus grands des artiste^, des littérateurs et des savants européens; que les Etats-Unis soient le pays du monde où chaque individu puisse le plus facilement atteindre au développement complet et harmonieux de tout son être ; qu'ils soient, en même temps, celui où la liberté, l'égalité et la fraternité aient les bases les plus fermes et où se trouve le mieux assuré le plus grand bonheur du plus grand nombre : cette ambition, aujourd'hui, paraît hanter l'esprit de tous les citoyens de la République. Il suffit pour s'en convaincre de lire de temps à
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autre les principaux organes de l'opinion (1).
L'ambition de l'Américain est cette ambition exagérée au nom de laquelle, a dit Renun, ont été accomplies toutes les grandes choses.
Les Etats-Unis ont sur les autres nations civilisées cet avantage que le passé ne leur a presque rien laissé à détruire et que la voie leur a été indiquée par des guides sûrs jusqu'à la limite extrême du progrès. Ils peuvent se détourner, parfois, de celte voie, reculer, prendre des détours obliques, mais ils y reviennent nécessairement (2), car les obstacles qui l'obstruent sont
i. .l'iiiiiprunt*» à un journal ile Chicago {The Post) les lignes suivantes publiées à la date (lu)i5 novembre uerniei' « : M. Halpli Clai'kscui, nianibi'o du Jury «des artistes américains pour l'Kxposition do Parit', qui viont de visiter New-Yori\ et les villes do l'Kst, déclare ([UcGIncago est destiné a devenir l'Athènes de cet hémisphère et que les New- Yorkais eux-mêmes sontlbrcésde reconnaître le bion-fondi"^
deceUe allirmation « L'Ouest, a-t-il dit, est appelé à
prendre la suprématie dan:; la monde artistique et scientifiiiue, et, je crois que c'est à Chicago, fort de sa richesse, (le son ambition et de son esprit d'ont reprise, qu'il sera donné de réaUser ce desideratum ».
Il me serait facile d'empi'unter des centaines d'extraits semblables aux journaux de New- York, d»? Boston, de Philadelphie, de San-Francisc-o etc., etc.
2. Au moment où j'écris ces lignes les journaux annoncent que lo président Mac Kinley se dispose à roinplir ses piXMuessiv^ vis-à-vis de Cuba. Les Etats-rnis donneront à l'ih^ quelijues levons de bon gouvcinotiient, puis se retireront, gardant d-uu^ la nouvelle n-publique une cliente et
peu nombreux et peu résistants ; phrases creuses, mots sonores, axiomes surannés dont le temps chaque jour fait justice.
La marche en avant des peuples européens est entravée par la nécessité qui incombe à chacun d'eux de se mettre en garde contre ses voisins, de veiller '^ sa propre conservation, et, c'est ainsi que les plus nobles esprits se voient fatalement limiter le domaine où peuvent s'exercer leurs efforts.
En Amérique, loule l'activité des penseurs et des savants peut être consacrée à I'clun re du perfectionnement soi i.d.
Il est permis de faire ce rêve, si optimiste soitil, que l'élite intellectuelle dont j'ai déjà constaté la formation aux Etats-Unis va exercer une i:illuence de plus en plus considérable sur les destinées de la confédération ; que la conscience nationale va se ressaisir pleinement et rompre les liens qui la retiennent encore dans le vasselaqe de la conscience faussée du Vieux-Monde ; que !'ûme nationale vi désormais puiser à toutes les sources de richesse morale dont elle s'est volon-
une amie. î,a {rnorre dos Philippines qui n'aura pas <^tô H'iis san^'laiitn t-^'inble à la veille <le se terminer, et là, aussi, sans donle, le président tiendra à mC'riter les éloges lu monde civilisé.
tairement exclue et connaître les jours de fête de Tintelligence et du cœur.
Il est permis d'espérer qu'au vingtième siècle, la vie américaine va s'étayer sur des bases stables où le repos, l'affection, les joies domestiques, le culte de la beauté auront leur part ; que la civilisation américaine va devenir intéressante (l),ce qui lui a manqué jusqu'à présent, et trouver la variété dans les coutumes, les idéaux et les manifestations de l'esprit.
L'assimilation des émigrés à l'élément de langue anglaise, facteur morbide qui a dominé toute révolution morale de la nation, pendant la plus grande partie du siècle qui finit, se heurte, depuis plusieurs années, à une forte réaction qui ne peut désormais que s'accentuer. Le vingtième siècle va trouver, principalement dans l'Est et dans l'Ouest, des groupes homogènes fiers de leur passé et de leur sang, désireux de ne rien abandonner de leur héritage ancestral, décidés à cultiver leurs aptitudes héréditaires et les langues qui en sont les canaux de transmission.
C'est dans cette réaction qui servira de base à d'autres réactions, c'est dans ce réveil des anciennes fiertés qui sera le précurseur d'autres
l.Nous sommes grands, nous sommes riches, nous sommes toutes sortes de bonnes choses, mais ne vous est-il jamais venu à rid(^e que nous ne sommes pas intéressants si ce n'est comme pht^nonicnes f « (,l. K. I.owell. l'Jssar^ Uiiérairrs, vol. Il p. *i7()).
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réveils, que j'entrevois pour l'Union les perspectives les plus heureuses.
Le fait essentiel de la floraison intellectuelle de la Renaissance, dai:.. î'Europe du xiii' siècle, a-t-on dit, c'est que les écrivains de ce temps, bien qu'ils connussent tous le latin, ont écrit dans des idiomes particuliers, ouvrant ainsi à l'humar.ité de nouvelles sources de beauté. Il est permis d'augurer pour l'Amérique du xx" siècle une renaissance semblable et déjà on peut en saluer l'aurore.
Ainsi que je l'ai rappelé plus haut, l'instinct, de conservation des groupes d'origine teutonne, en dehors de la Pennsylvanie, a commencé à s'affirmer d'une manière efficace il y a cinquante ans alors que la répression du mouvement libertaire qui agita l'Allemagne, força h s'enfuir aux Etats-Unis un grand nombre d'hommes de talent énergiques, fiers, indompti^bles et pleins d'espoir dans les destinées de leur race. Les fugitifs commencèrent par fonder des journaux dans lesquels, fidèles h leurs instincts combatifs, ils déclarèrent la guerre à Dieu, aux religions, aux rois, en même temps qu'ils rompaient des lances les uns contre les autres. Fuis, peu à peu, sous l'influenre de l'esprit utilitaire et des libres insti-
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