‹ L'âme américaine [microforme] (volume 2)Chapitre 14 sur 109 · L INFLUENCE DES RACES · texte numérisé non relu

L INFLUENCE DES RACES

/. — 'Transformations subies par le caractère américain^ depuis l^ époque coloniale. Elles ne sont ducs ni auoc iwilitutinns, ni au climat. — Un pays anglo-saxon est devenu un pays celtique. — Dans le long martyre de r friande on trouve, en partie, la genèse de VAme américaine. — II. Coup d'œil sur Vhisloire de V Irlande. — III. V opprimé de sept siècles est maintenant citoyen libre d'un pays immense et prospère. — Il a des arriérés de bonheur national à toucher, — Son optimisme est fort naturel. — L'Irlandais habile les villes. — Il donne le ton. — Il n'est pas asuimilé, il assimile. — IV. Premières manifestations du tempe' rainent celtique un peu timides. — Il domine partout aujourd'hui. — IJ Anglo-saxon du temps de la reine Anne, transformé parla religion.— Quand la religion a sombré, il reprend au contact du Celte, son caractère primitif. — V^ V Allemand n'a guère exercé d'influence. — Les autres races.

« What aro now the salient intellectual features of the « masses ol" llio native population of the United States ? I « présent with (lillidenco the following list :

« A désire lo be abreast of the best thought and work oL' « the Morld overywhore.... A foudness for bold and stri- « kii)<x eirec.ts ; a prefei'ence for a large genei'alizatiou « aiid (hoories wliicli hâve an air of compleleness.

« An absence among the multitude, of refined tastes, and « disposition to be attracted rather bg gênerai brilliance

« tlian by delicacy of workinanship ;... An inadéquate « perception of the différence between firsl-rale work « in a quiet style and more tlatness.... An enthousiasm « fur anything that can be called genius, with an over- « readiness to discover it.

« A love of intellectual novelties... An intellectual impa- « tience and désire for quick and patent results. An « ovor-valuing of the judgments of the multitude ; a « disposition to judge by success, work which lias not « beeii produced for the sake of success. A tendency « to niistake bigness for greatness *.

{James Dryce. The american çommomoealth 'voXAW.

p.5/iG)(l).

« I. 'Irlande, la patrie des poètes» des penseurs hardis, « peuple de parole éclatante et d'épôe rapide qui conser- « ve encore dans cette vieillesse du monde, la puissance « poétique ».

(Michelet, Histoire de France).

II est intéressant de comparer les tableaux de la vie américaine, les études de mœurs ayant le peuple américain pour objet qui ont été publiés dans

1. Quels sont à l'heure qu'il est, les traits intellectuels saillanlsde la masse de la population américaine ? Je soumets avec quelque défiance la liste suivante :

« Désir d'être partout au premier rang dans le .^amp lie !a pensée et de l'action. Amour des effets audacieux et Irappants; préférence pour une généralisation large et des théories qui ont une apparence de plénitude. Absence parmi la l'ouïe, de goûts raffinés ; disposition à être attiré plutôt par l'ôcial général que par la délicatesse du travail...

IVreeption inadéquate de la différence entre un travail île proinier ordre, en style sobre et le simple clinquant ;

Amour des nouveautés intellectuelles.... Enthousiasme

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la dernière partie du xviii" siècle avec ceux de Tépoque actuelle. On trouve à peine, dans les uns et les autres, quelques traits communs. Certaines manifestations intellectuelles d'aujourd'hui étaient en germe, alors, sans doute, mais elles se sont développées outre mesure, dans la môme progression, semble-t-il, que le pftys lui-même ; d'autres, nu contraire, constituent la négation absolue (les principes et des habitudes de l'époque coloniale et des premiers temps de l'Union.

Des observateurs superficiels ont attribué ces transformations uniquement à ''action des institutions politiques, alors que celles-ci n'ont fait que faciliter le libre jeu des facteurs psychiques. D'autres ont voulu y voir surtout l'influence du climat, mais on sait que cette influence ne s'exerce que dans les climats extrêmes ; d'ailleurâ elle aurait agi aussi bien de 1630 à 1800, qu'elle a agi depuis ; or, tel était le puritain, par exemple, en 1030, tel il était en 1800, tel il est encore aujourd'hui.

C'est dans les Etats de l'Ouest où la température est plutôt froide et dans les Etats de la

pour tout ce qui peut s'appeler génie, avec une disposition à le découvrir très facilement. EiiKOuemeiit pour des résultats patents et rapides. Respect ex igéré des jugements de la foule. Disposition à juger par le critérium du succès des œuvres qui n'ont pas (^lé produites en vue du succès.

Tendance à confondre la grandeur avec le volume ».

INîniisylvanie et du New- York où elle est tempèrent^, que les idiosyncr<i;^ies américaines se manifeslciit généraleiuent, avec le plus d'intensité, avec le plus de violence.

Il faut donc chercher ailleurs. La mentalité du peuple des Etats-Unis n'est pas un produit autochtone com'ne les pins de ses forêts ; ses sources sont lointaines ; les hérédités dont elle découle se sont longtemps transmises, en des terres élranrjcres ; elle a été soumise à mille inlluences diverses.

Un pays de discipline sévère est devenu un pays de liberté absolue ; un pays presque exclusivement agricole s'est transformé en un pays dont l< s habitants, pour l'immense majorité, habitent les villes (1). J'ai dit quels ont été sur de nombreux éléments de la population les résultats de lassimilation. Mais, ce qui explique surtout l'évolulion accomplie, c'est qu*un pays façonné dans un moule anglo-saxon est devenu un pays celtique.

1. Ëii cent ans, la populalioti totale de 1 Union est devenut! seize lois plus nombreuse, mais celle des villes Test cloveuue 160 fois. (A. Gilman, Socialism and American mril, p. 30 (New -York, 1893).

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Dans le long martyre de l'Irlande on trouvera, en grande partie, la genèse de l'Ame américaine.

Assez peu de personnes, en dehors des îles britanniques se sont occupées d'étudier sérieusement l'histoire de ce pays, l'histoire de son passé. Les journaux racontent de temps à autre, dans la colonne des faits divers, une scène d'expulsion, l'évvvtion de quelque pauvre fermier ; à certaines époques encore récentes, on a fait des tableaux saisissants de la misère qui régnait dans l'Ile d'Emeraude ; certains clichés sont réimprimés, à intervalles réguliers, sur « la noble et malheureuse Irlande » et l'on s'en tient là. Ceux qui s'apitoient le plus sur le sort de l'Irlande ne connaissent pas généralement toute l'horreur, toute la barbarie de l'oppression sous laquelle elle s'est débattue pendant sept siècles.

Les Irlandais ont, dans leurs traditions, le souvenir d'une civilisation avancée, plus ancienne que celle de tous les peuples de l'Europe et florissant quinze siècles avant Jésus-Christ (1).

1. M. James Russell Lowell parle dans ses Litterary essays (p. 19) des « races conquises, comme les Welches et

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Leurs historiens nous parlent d'un roi, Cormac l^*" qui, au troisième siècle de l'ère chétienne, encouragea dans ses Etats les arts, les sciences, les manufactures et laissa un code de lois, un livre intitulé « Institutions dhin prince » rempli des plus sages maximes et de préceptes basés sur le respect de la liberté humaine (1).

Au V' siècle, mieux préparés qu'aucun autre peuple du continent européen, à recevoir la parole de vie, les Irlandais embrassèrent le christianisme sans effusion de sang, sans persécutions et se firent les évangélisateurs des autres peuples.

L'autorité absolue d'un despote n'a jamais régné chez eux. L'Irlande était composée de clans, de tribus, dont chacune avait son roi et où la terre était commune à tous. L'histoire mentionne soixante quinze de ces rois, jusqu'au jour où Henri II d'Angleterre, après s'être emparé de l'Ile, prit le titre de Lord de l'Irlande : vingt-huit d'entre eux furent assassinés, ou

Il s Irlandais, qui se consolent de la dégradation actuelle, [lar des empires imaginaires dans le passé, des empires dont les frontières peuvent s'étendre à volonté et portent, sans elfusion de sang, les conquêtes de l'imagination en des réjîioiis qui ne paraissent sur aucune carte géographique et au sujet desquelles l'histoire autliantique est impitoyablement muette ».

1. Une commission royale Tlie Brehon lato^ commission a été nommée, en 1865, par le gouvernement anglais, pour rair(^ la traduction de ce code de lois.

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moururent de mort violenle ; dix-sept périrent sur les champs de bataille ; trois se firent moines ; trois furent frappés par la foudre ; Vun d'eux, Connor, succomba au chagrin de n'avoir pu remédier aux maux dont souffrait son pays ; quatre ou cinq à peine moururent de mort naturelle. On peut s'imaginer quelles sources abondantes furent pour la poésie populaire, ces destinées tragiques de pr'nces et de dynasties sans cesse en lutte les unes contre les autres. On comprend combiei chez ce peuple la vie nationale, étant aussi ancienne, doit avoir de racines profondes et comment quand on croit avoir tout extirpé, il reste encore, sous le. sol, des fibres vivaces.

Ainsi, l'Irlandais arrive à la période du moyenâge où commence à luire la lumière de l'ère moderne, avec une histoire toute charriée de légendes, des traditions héroïques et des institutions libres. Enthousiaste, ardent, imaginatif, il est naturellement éloquent, il a Tesprit alerte et subtil ; son climat est admirable, son sol est fertile, ses femmes sont jolies, les plus jolies des races du Nord. Voici donc un peuple qui va prendre une place brillante parini les peuples de l'Europe...

Hélas! il sera l'éternel opprimé, l'éternel martyr; il va souffrir pendant des siècles, sous une tyrannie dont le monde civilisé n'a jamais encore donné d'exemples.

Les enfants illustres qui naîtront dans son sein, iront verser leur sang sur les champs de bataille, ])Our des princes étrangers, vaincre sous d'autres drapeaux que le sien, enrichir une autre histoire que la sienne. Il fournira à l'Angleterre son tyran, à la France, à l'Espagne, à l'Autriche, au Portugal, des diplomates et des généraux, des poètes et des orateurs ; lui, restera le peuple honni et méprisé.

La langue qui incarne tout son passé, son histoire, ses légendes, on la fera disparaître, et c'esi dans la langue des oppresseurs que ses poètes désormais chanteront le deuil de la patrie .

On le persécutera pour sa foi que Ton trouvera inexpugnable; on lui enlèvera ses propriétés; on le chassera comme une bête fauve.

i^auvre Irlande ! son histoire est faite de sang et de larmes.

Pendant quelques siècles, ce fut à coups de fusil qu'on chassa les malheureux Celtes ; c'est par la famine qu'on les réduisit. « En un an et demi, dit le poète anglais, Edmund Spencer (1), qui fut témoin oculaire de tout ce qui se passa, lors de la soumission de la province de Munster en 1580, ils tombèrent dans un tel état de misère que leur aspect aurait ému un cœur de pierre. De tous les coins des bois et des savanes, ils venaient,

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