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de terre, en quehjues acclamations et quelques cris enthousiastes poussés à époques périodiques, avec peul-»Hre la haine de quelque nation étrangère. Pourquoi voulez-vous que l'oubli de vaques directions, l'abandon de souvenirs amers ou humiliants soient synonymes d'appauvrissement moral ?
Ils ont trouvé en Amérique, un foyer avec le bien-être, la sécurité du lendemain, la dignité de l'homme libre; ils commencent une vie nouvelle ; ils sont des ancêtres. Leur âme s'est fermée au passé mais elle est ouverte vers l'avenir, et elle aspire aux états meilleurs que cet avenir tient en réserve ».
Je n'insisterai pas sur ce côté obscur et, dans tous les cas, hypothétique des résultats de l'assimilation et je reconnais bien volontiers que la liberté, l'égalité, le bien-être à la portée de tous, l'ambition du mieux, l'énergie et l'activité ambiantes qui constituent les conditions essentielles de la vie américaine, sont des forces fécondes dont on est en droit de beaucoup attendre.
Mais ne restera-t-il aucune trace dans les âmes de cet amoindrissement de la personnalité qu'a constitué le reniement du passé ?
L'assimilé n'a pas passé fièrement, le front
haut, d'un état à un autre, il s'est courbé, comme je l'ai dit, sous les fourches caudines du mépris (rJKjmmes d'un autre sany. Ne se peut-il que, dans celte abdication de sa fierté de race, dans l'accomplissement de cet acte humiliant et servile, un ressort de son mécanisme moral se soit brisé qui ne se remplaceia pas?
L'influence du milieu qui désormais va être absolue, puisque celle de Tliérédité est détruite, favorisera en lui le développement de Pindividualisme, elle ne sera certainement pas propice à la culture des vertus sociales.
Pendant les premières années de son séjour dans l'Union, l'émigré, en même temps que sa situation matérielle s'est sensiblement améliorée, a bénéficié, si je puis m'exprimer ainsi, d'un certain agrandissement intellectuel. Ses connaissances géographiques se sont étendues tout d'abord; il a nécessairement comparé ce qu'il a \u chez lui avec ce qu'il voit en Amérique ; son esprit a per(;u des notions nouvelles ; il est devenu moins naïf, moins routinier.
D'un autre côté, sa sphère afîective s'est rétrécie dans les mêmes proportions et il s'est senti pénétré de sentiments peu louables qu'il avait ignorés jusqu'alors. Apprenant que le nom collectif de sa nationalité dont il était fier, est méprisable, que son nom à lui a une consonnance ridicule, (jue son origine constitue une tare, presque un crime; en butte aux railleries de ses camara-
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— codes de l'atelier ou de l'usine, il s'est habitué peu à peu à la dissimulation, i\ la mauvaise honte, auxsubterfucjes mesquins et bientôt, presque fatalement, il a pris en haine tout ce qui lui rappelle le pays natal. Il s'est donné tout entier {\ la lutte pour le bien-être matériel et la richesse.
Dans l'Ame agitée qui désormais sera la sienne, quelles pensées fécondes auront le temps d'éclore ?
Ses enfants, s'ils sont nés aux Etats-Unis, appartieiment de droit à la « caste supérieure » et ils donnent toute leur affection à la patrie qui est la leur ; mais il arrive souvent qu'à l'école on leur rappelle la tache oriqinelle et eux-mêmes se pénètrent du mépris de la race dont ils sont issus (1).
C'est une phase particulièrement pénible que celle que traverse une famille d'émigrés dont les enfants se refusent à apprendre la langue des parents et, le plus souvent d'fiilleurs, n'y sont pas encouragés. Ceux-ci arrivés dans le pays, vers vingt-cinq ou trente ans, ou plus lard, n'onl pu se faire en anglais qu'un vocabulaire fort res-
1. L'année dernière, dans une ville de l'Ouest où la population se trouve, dans une forte proportion, d'origine allemande et canadienne française, les autorités scolaires proposèrent do faire faire à l'école publique, des cours dans ces deux langues, si toi était le désir des élèves. Ces derniers furent consultés. Seuls trois jeunes Allemands et un Irlandais s'inscrivirent pour le cours français ; un élève canadien exprima l'intention d'apprendre l'allemand.
hrint, car rillellré n'apprendra jamais l)ien une litiwjue étrangère, passé l'â(je de l'adolescence. (Icpciidant c'est l'ancfiais que l'on parle à la maison ; les entretiens se bornent nécessairement ;iiix menus détails de la vie matérielle, aux rapports d'airaires. Aucune intimité véritable ne s'élahlit parmi les membres de cette famille ; entre eux aucune expansion, aucun réveil de souvenirs, aucune évocation du passé. Les âmes formées <l;ms ce milieu sont rjénéralement réfractaires à tout ce qui est poésie, beauté morale, sympathie universelle ; elles sont étroites et mesquines. \r seul sentiment un peu intense qui s'y est dévclojipé, c'est celui de la liaine du pays des ancêtres, c'est la rancœur des bumilialions subies à l'école, le souvenir aigri d'avoir été appelé Diitchman/tf Frêne/lie^ Macaroni, Dago (1), Sineet (2).
Tout observateur sincère qui a vécu dans les villes américaines a pu se rendre compte de l'exactitude de ce que j'aflirme. Grattez le rénéipi de sa race, l'assimilé par le mépris et, sous le Fuasque jovial, épanoui, de l'ouvrier bien nourri, ei à l'aise, sous l'apparence affairée et énergique
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I. Dans 1(3 Sud-Ouest, et principalement en Californie on aplM.'lUi indill'éremment <' Dago », l'homme de race ospaiiiinle, portujïaise ou italienne. .le n'ai pu me l'aire expli- «lucr rorijîine do cette appellation ; c'est probablement uiR' corruption de « Uidalyo ».
^'. ^iceel (Sucré) de Swede (Suédois) .
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(lu né(jociuiil |)ros|)ère, sous lu rundeur des iiianiôies de tous deux, vous devinerez souvent une si me à base de hnine.
.rai eu l'occasion de rencontrer un bon nombre de ces fils d'émigrés auxquels il fallait bien se garder de rappeler leur origine ; presque tous nécessairement devaient posséder au moins quelques notions de leur langue maternelle, car malgré eux, dans leur bas Age, ils avaient entendu leurs vieux parents causer ensemble ; ils aiïectaient cepeiulant de n'en pas comprendre le premier mot. Je ne sais quelle impression d'ennui se dégageait de leur commerce. C'étaient des hommes actif?, pratiques, après au gain ; d'un patriotisme, ou plutôt d'un « américanisme » agressif ; professant le mépris de tout ce qui n'était pas américain et ne parlait pas l'anglais ; se nourrissant avec délices des racontars de la presse Jaune et des revues de vieilles filles sur la dépravation des pays étrangers et proclamant à tout propos les Etats-Unis, le plus grand, le plus beau, le plus glorieux pays du monde.
Dans l'âme des meilleurs d'entre eux, de ceux chez lesquels on trouve de la droiture, de la bonté, de la générosité et où l'amour de la famille est resté intense, il y a cependant presque toujours un coin obscur où couve la haine ouverte ou dissi- . mulée mais inextinguible, du pays des ancêtres (1).
1. .le me rendais un soir en bateau, de Providence à New- York. Un individu d'une cinquantaine d'ann(';es, l'air plu-
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Anlérieurcinent nux vingt ou trente dernit^res iiiiiuîcs, ainsi (|ne je l'ai «lif, seuls en rjénc^ral, ont rons«'rvt^ reliffiensement pendant plusieurs f|ùnéliiiions, le souvenir de la patrie anceslrale et perpt'tné l'usage de leur langue maternelle, les émigrés et descendants d'émigrés apparlenpnt aux classes instruites et qui ont pu puiser dans leur liistoire nationale la fierté de race nécessaire pour résister aux préjugés qui accablent leurs congé-
tiit cossu, mais paraissant l(''j,'èreinent émécliô, lorgnait depuis quelque temps, le journal français que j'étais en train lie lire.
— C'est du français que vous lisez-là ? flt-il enfin.
— Parfaitement, luiréix)ndis-jn.
— Une langue difficile, mais qui a fait son temps et un Itcuplo qui a fait son temps aussi, the French\
Je ne crus pas devoir protester et continuai ma lecture.
Mais lui insistant: Croyez-vous, s'écria-t-il, que s'il y avait une guerre entre la France et l'Allemagne ou l'An- ;,flcterre, la France ne serait pas battue, écrast^e?
— Je n'en sais absolument rien.
— H6 bien, je vous dis, moi, qu'elle le serait, qu'elle ne résisterait pas dix jours, que FAiigleterre n'en ferait ((u'uiie bouchée.
tlonime je ne répondais pas, il resta un moment silencieux, puis se leva, entra dans sa cabine, où, je suppose (lu'il continua ses libations, car il revint la figure plus violacre ([u'auparavant et exhalant une forte odeur de whisky.
— C'est une maudite nation, les Français, fit-il à demi voix, ur.e maudite nation !
— Et qu'est-ce qu'ils vous ont fait, les Français, lui disje simplement?
— Ils ne m'ont rien fait, que voulez-vous qu'ils me fas-
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nères ignorants. El, le fait a été mille fois signalé, iln*y a pas de plus parfaits gentilshommes, de gens d'un commerce plus sûr,plus agréable que ces Américains fidèles au passé lointain. Ce sont des natures aristocratiques. Cette seule constatation que tous les observateurs ont pu faire aux Etats-Unis, suf-
sent ? Seulement je vous dis que c'est une nation finie et que toutes les nations catholiques sont finies.,,. Vous êtes Français peut-être ?
— J'ai l'honneur d'ôtre de race française, r(>pondis-je.
— Well, well... Il se leva de nouveau et j'ontendis distinctement de sa cabine qui était voisine, les -glouglous du whisky. Il revint, s'assit leriteinent et me regarda lire pendant quelques mniutes, sans rien dire. l'uis tout-à-coupt l'air ému: — « Vous m'avez l'air d'un brave homme, fit-il, IKîbien, je vais vous raconter quelque chose. Il lira une enveloppe do sa poche. Voyez- vous ça? John D. Hall. C'est mon nom. Je sais aussi Américain que n'importe quel maudit... A X... dans le Gonnecticui, il est connu ce non; parlez-en, on vous dira que John Hall paie ses dettes, qu'il ne doit rien fi personne et qu'il a de l'argent dans son go u /.set.
— Je n'en doute pas, répondis-je.
— Ecoutez, mon ami, a,jouta-t-il, plus expansif, jo vais vous dire une chose que personne ne sait à X... p;u*ce qui» vous m'avez l'air «l'un brave garçon et quo vous n'êt(ispas du Conneclicut. Je déteste le Canada, la France, les Français et les catholiques parce que j'ai trop soulîert h cause d'eux, quand j'étais jeune... A l'àgo de huit ou neuf ans j'aurai> pu parler avec vous dans votre langue et peut-être comprendre ce qui est écrit dans votre journal. Et, regardant autour de lui, pourvoir si on ne pourrait pas l'entendro. « Ecoutez, mon père ne s'appelait pas Hall, il était Français comme vous et s'appelait Jean-Baptiste Houle (je n'ai pas
fipnit t< démontrer que rassimilafion par le mépris est loin d'avoir amélioré les individus.
I.e mépris de Tétranger a constitué en quelque sorte, une pierre de touche, un creuset d'où les Ames fières et viriles sont sorties plus solidement trempées.
besoin de dire que ce n'était pas là le nom de mon interlocuteur, auquel je veux garder le secret, mais un nom l'ranrais, anglicisé do la même manière). Et alors, il continua sans s'interrompre : — « Oh I vous ne savez pas ce que nous avons eu à eudurer quand nous étions jeunes, nous autres étrangers dani ce pays. Mon père était venu du Canada, vors 1S45 et s'était établi à Biddeford (Maine), il était mavoii de son métier. Moi, j'avais alors sept ans et je commen- .,!ai à aller à l'école publique l'année suivante. Lors- ([uc le maître me demanda mou nom et que je répondis « Jean-Baptiste Houle », jo vis les élèves rire ei me faire des grimaces. A la sortie de l'école, je lus battu ; ils se mir«'nt dix contre moi ; quelques petits Irlandais prirent ma délense, mais nous n'étions pas les plus forts et je fu> lecoiidnit jusqu'à la maiijttnaux cris de Frenchie! Pi'u-Soiip (soupe aux pois). On lança des pierres dans nos fenêtres.
.le no voulus pis retourner à l'école, mais en jouant avec (les petits camarades irlandais qui é aient nos voisins, j'appris à parler l'anglais parfaitement. L'année sui- \An\o mon père me dit de retourner à l'écolt' et de faire inscrire le nom do Hall qu'il avait adopte lui-même. Les lilanlais cette année là, se trouvaient nomijreux et couune nous étions les plus forts, nous réussinn'S il nous faire respecter. Cependant on m'insultait encore de temps à autre et "1 me traitait de « pea-soup ». Quand il s'airit de construire une église catholique irlandaise, on 1850, mon pcio fut employé parmi les ouvriers. Lui et ses camarades furent suuvtMit attaqués par la populace américaine et, un jour
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Il a eu d'autres effets dont l'influence pernicieuse est indéniable et s'exerce encore aujourd'huiy même sur quelques-uns des meilleurs éléments de l'immigration, restés fidèles à leurs souvenirs et à leur langue maternelle.
La notion que l'étranger est un être de race inférieure a engendré, il ne pouvait en être autrement, une admiration sans bornes pour tout ce
même, ils furent poursuivis sur la voie ferrôo, jusqu'à Portland. Il fallait ga^-der i'égiise pour l'empêcher d'être démolie. Quand j'allais porter son dîner à mon père, souvent on m'attaquait ot on m'enlevait ies provisions Vous
comprenez, alors, an diable le français, la religion catlioli- <[ue et toutes ces bêtises-là! On est en AmC'rique, il faut être Ann''ricain, je ne connais que ça. Aujourd'hui, je demeure dans un autre Etat, j'ai fait mon petit magot et je suis indépendant. Mes enfants se moquent bien de votre sacrée Kiai.ce et do votre Canada, hs seront des gentlemen aemcricains riches.
Ecoutez, mon ami, je suis un peu gris et je vous ai dit des choses quo je n'auj'aispas dû dire; si jamais vous venez à \. lolm H. Hall vous recevra bien, lïi-.is si vous avez le malheur de prétendre que j'ai du sang Irar.çais dans les veines je dirai (pie vous êtes un maudit menteur (a goddam liar). Il y a àX. un bon nombre de Frenchies coinmevoii^, uiaisils respectent l'Américain Jolin Hall. Je ne vous dis qui! ça. Et John U. Hall rentra da.is sa cabine en titubant légèrement.
Des confidences de ce genre pourraient être faites par
qui est considéré comme américain. Etre reçu dans une famille américaine^ avoir des Américains dans sa clientèle, faire partie d'un cercle dont les membres sont des Américains, tout cela constitue pour un émirjré le snmmandu succès. Or, ce que cet émigré considère comme TAméricain Ivpe, ce n'est pas l'homme austère et pieux, devenu très rare il est vrai, se conformant aux principes de l'époque r iniale;cen'estpasmémele Yankee rouhlard, .nais religieux de la première moitié de ce siècle ; c'est, tout simplement, le protestant de langue anglaise, Tils ou descendant d'étrangers assimilés par les procédés que l'on sait et ayant évolué sous l'action de facteurs dans lesquels la religion et ia saine morale tiennent de moins en moins de place.
Dans cette démocratie, l'influence de la classe considérée comme supérieure est beaucoup plus grande que celle de l'aristocratie dan s les pays à castes superposées, car elle ne s'exerce pas seulement dans le domaine des manières, mais encore dans celui des affaires, dans la vie religieuse, politique et domestique.
Les milliers d'émigranls qui, chaque année,
tlos millions d'Américains aux noms aiif?!(Hsaxons. Ils no sont pas trejj nombreux, au moins dans l'Est, eeux de notre lace qui ont ainsi abdiqua leur pass<^. Noire or<ranisation paioissiale et nos ôcoles françaises maintiennent notre roliirinn et notre langue partout où nous sommes j,'roupés en uouibros suffisaots.
débarquent dans les ports de New-York, de Boston, de Philadelphie ne sont pas en état de faire des études sur les principes et les aspirations des auteurs de la constitution et ne s'en préoccupent pas, du reste; ils ne vont pas chercher leurs modèles à une époque antérieure, ils se contentent de regarder autour d'eux, et, voyant l'admiration aile, exclusivement à y Américain riche, ils tâcheront de se modeler sur V Américain riche, afin d'être bien dans le mouvement. Or, il arrive presque toujours que ce sont les côtés les moins louables des caractères qu'on imite. Voici tel millionnaire dont la fortune a eu pour base cinq ou six faillites ; tel patron d'usine dont le vocabulaire de jurons est merveilleusement abondant ; tel riche négociant qui s'abstient de pratiques religieuses; tel politicien influent sur le compte duquel on raconte maintes histoires peu édifiantes. Evidemment tout cela est bien porté, bien « américain )> et pourra être imifé avec honneur et profit.
L'aristocratie intellectuelle et morale de l'Union, celle qui dans la politique s'est constituée sous le nom peu euphonique de Mugwump, vit à l'écart du mouvement et exerce une action encore fort restreinte sur l'évolution américaine.
L'émigrant apprend, dès son arrivée aux Etats- Unis, que la roublardise est une (Qualité précieuse et qu'il faut ôlre rusé et peu scrupuleux pour réussir. Lôher nous montre l'Allemand qui veut gauchement s'initier k la rouerie, au hambuff.
« L'Américain, dit-il, (1) tient l'honnêteté de l'Allemand pour de la bêtise... mais lorsque celui-ci se met à tromper, il le fait trop ouvertement et trop lourdement. Le Yankee trompe avec fmesse et (jratifie au m ns celui qu'il a roulé et réduit à la besace de quelques traits d'esprit pour son arqent ; c'est un malin. L'Allemand trompe comme un lourdaud et un fripon ».
L'abandon de la foi des ancêtres qui suit généralement l'abandon de la laiique maternelle n'a pas le caractère d'une conversion basée sur des convictions profondes et qu'accompafjiie toujours un renouveau di zèle, de piété, de ferveur. La religion qu'on embrasse reste une simple fonction sociale et ne sert pas de base à la vie morale du transfuge.
Les étrangers « assimilés » n'apprennent pas à leurs enfants à prier dans la langue maternelle, c'est dans celte seule langue cependant qu'eux savent prier, car la prière ne se traduit pas, et cette atmosphère de communion intime et de paix qui est celle de la famille chrétienne manque à leur foyer.
L'étranger qui vient d'être naturalisé ne songe pas ù se pénétrer de Fesprit de la constitution
i. On rencontre souvent des ôm'iKtV's cpii, arriv(''s jeunes aiiK Etats-Unis et paraissant avoii* oublié coniplètoiiinut It'ur lanjfue maternelle, prient rppendant encore ilans cette langue lorsqu'ils sont restés fldeles à la religion des ancê-
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américaine et des enseignements des fondateurs de rUnion ; la vraie politique pour lui c'est celle des politiciens, entre les mains desquels il devient un instrument docile.
En résumé,rassimilation ne me paraît pas avoir été un facteur de progrès ou de moralité.
Une homogénéité factice que les circonstances ne rendaient ni nécessaire, ni môme désirable a été créée, mais en amoindrissant les âmes dans des groupes nombreux de la population, en éliminant en elles les affections les plus saintes, les souvenirs les plus sacrés, tout ce qui les élevait audessus de Pégoïsme ; en les réduisant à la simple préoccupation du bien-être matériel.
Aces déracinés, comme les appellerait M. Maurice Barrés, un idéal sans grandeur s'est imposé ; l'amour du gain, la soif de la richesse ont remplacé dans leurs cœurs toutes les autres aspirations. Des indigents, des prolétaires sont devenus, il est vrai, des citoyens à l'aise ; des illettrés ont pour fils des hommes capables de déguster quotidiennement les quinze ou vingt pages des journaux encyclopédiques du pays ; et pourtant l'humanité en eux n'a rien gagné.
Des générations vont se succéder et deshérédités nouvelles se constituer, mais elles n'auront pas l'élaboration lente et normale de celles que «l'as-
similation » a détruites. Il va manquer aux enfants (ie ces hommes d'affaires et de ces strugglers for life effrénés, l'atmosphère de foi, de bonheur paisible et de vie familiale intense dans laquelle ont grandi nos pères.
« L'extrôme passion de la richesse, a dit le célèbre ali'^niste Maudsley, alors qu'elle absorbe toutes les forces de la vie, prédispose à une décadence morale et intellectuelle, et la descendance de l'homiue qui a beaucoup travaillé à s'enrichir est presque toujours dégénérée physiquement et moralement, égoïste, sans probité et instinctivement fourbe ».
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