CasselVs History ofireland, vol. II, p. IIG
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pendant laquelle la législation a accompli l'œuvre (lu sabre, plus efficacement et plus sûrement. i l'est alors que fut composé, avec une ingéniosité presque diabolique et mis en vigueur, un code de lois se proposant comme but d'engendrer la perfidie et l'hypocrisie, de pétrifier les consciences, de perpétuer l'ignorance brutale et de faciliter l'œuvre de la tyrannie, en faisant des vices des es' laves, des vices inhérents et naturels au caractère irlandais. Ce code qui rendit le protestiintisme presque irrémédiablement odieux et le fit considérer comme l'incarnation de toutes les perversions morales, ne réussit que trop bien à accomplir son œuvre néfaste, à déprimer l'intelligence et les conditions physiques des Irlandais. On les vit sombrant de plus en plus dans la dégénérescence, jusqu'à ce que tout esprit viril, tout sens vertueux d'indépendance personnelle et de responsabilité fût éteint en eux et qu'ils fussent devenus ces esclaves rampants que trahit leur apparence distraite, timide, rusée et irréfléchie. » En conséquence d'actes du Parlement rigousement mis en vigueur, aucun Irlandais n'avait le droit d'apprendre un métier, d'être propriétaire foncier, d'habiter des villes entourées de murs ou de posséder des armes. Le plan connu sous le nom de « Court of Ward's scheme » encourageait les autorités à enlever les enfants des Irlandais et î\ les faire élever dans la haine de la foi de leurs pères.
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Il était défendu d'apprendre h lire aux enfants des Irlandais catholiques.
« Nayant ni droits, ni franchises, ni protection légale pour leur vie ou leurs biens, continue le même historien (1) ; n'étant pas autorisés à porter un fusil, soit même comme soidpls ou gardes-chasses ; empêchés d'acquérir les premiers éléments de l'instruction chez eux ou à l'étranger ; empêchés de rendre à Dieu les devoirs que dictait leur conscience, que pouvaient être les Irlandais sinon des esclaves abjects ? Quelle nation, dans les mêmes circonstances, aurait pu être autre chose ? N'est-il pas merveilleux que quelque vertu sociale ait survécu à de telles conditions d'existence, que quelques semences de vertu, quelques racines génératrices de grandeur nationale aient survécu à un hiver si long et si orageux? »
Et cela a duré plus de cent ans.
En 1782, Catholiques et Protestants s'étant déclarés indépendants et ayant établi un parlement que l'Angleterre fut forcée de reconnaître, l'Irlande jouit de dix années de vie nationale pendant lesquelles, disent certains statisticiens, elle fit des progrès plus rapides que pendant le siècle d'esclavage qui avait précédé et les soixante-sept années qui suivirent.
1 Vol. II, p. lie.
En 1796 i'Ançjlelerre trouva moyen de provoquer une insurrection, et l'oppression recommença.
Tout le long de ces siècles de persécution, un certain nombre d'Irlandais cédèrent à leurs bourreaux et se laissèrent imposer la religion protestante ; il ne pouvait en être autrement. BientAt ces transfuges devinrent les pires ennemis de leurs frères catholiques, car l'oppression était passée dans leurs habitudes ; si on ne l'exerçait pas contre eux, ils trouvaient tout naturel de l'exercer contre les autres. Tout d'ailleurs dans l'éducation que l'on donnait aux néophytes et à leurs enfants, était coTibiné pour leur inspirer la haine des « Papistes ».
Il semble qu'il y ait des défauts et des vices spéciaux pour les vaincus et les opprimés. L'homme qui ne se meut pas et ne respire pas librement est bientôt atteint de certaines maladies internes, il s'ankylose et se déforme ; il en est pour les peu" pies comme pour les individus.
Ainsi que nous l'avons vu plus haut, l'Amérique reçut des Irlandais des deux catégories, protestants et catholiques. Les Presbytériens de la Pennsylvanie, des Carolines, du Connecticut et du Rhode-Island, vinrent en qualité d'hommes libres ; les Catholiques, en général, furent vendus et se heurtant aux mômes préjugés et au même ostracisme dont ils avaient été victimes au pays natal, la plupart d'entre eux, jusqu'à la guerre de
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l'Indépendance restèrent dans des situations inférieures.
Puis, un autre siècle s'est écoulé, amenant l'exode formidable de la vieille Irlande que j'ai indiqué plus haut.
Une Irlande nouvelle s'est constituée en Amérique.
Et voilà maintenant que cet opprimé séculaire, habite un pays de liberté absolue ; et voilà que cet enthousiaste qui aurait voulu avoir à aimer dans le vieux-monde, selon l'expression du poète Thomas Moore,
Une patrie grande, glorieuse et libre;
La plus belle fleur de la terre,
La perle la plus précieuse de la mer »,
est citoyen d'un empire immense, prospère, plein de ressources, s'étendant d'un océan à l'autre et dont il a contribué, dans une grande mesure, à assurer l'indépendance.
Naturellement, toute l'ardeur, tous les élans réprimés et contenus dans son âme pendant les siècles de servitude, se sont fait jour. C'est l'Irlandais surtout qui a acclimaté aux Etats-Unis» ce patriotisme exubérant, un peu vantard, parfois
a(|ressif qui frappe TcHranger voyageant dans le pays et lisant ses journaux.
Oui, comme le dit M. James liryce « il aime les eiïets puissants et rapides », « il confond le volume avec la grandeur », il veut ôtre le premier dans toutes les manifestations de la pensée, (le la force, de l'habileté, parce qu'il est arrivé tard à la fierté nationale, aux enthousiasmes collectifs, aux grands courants fiévreux d'ivresse et de puissance qui embrasent à la fois des millions d'hommes, et qu'il a des arriérés de bonheur patriotique à toucher. Ne vous étonnez pas de l'entendre appeler un poète américain de troisième ordre l'égal de Shakespeare et de Victor Hugo, proclamer la bataille de Manille, le plus grand combat naval qui ait jamais été livré, déclarer le candidat à la présidence, Bryan, le plus éloquent et le plus beau des enfants des hommes (1). C'est le prisonnier, longtemps privé delà lumière qui salue son premier soleil de liberté et croit que la terre n'a jamais été sibrillamment inondée. C'est l'amant disgracié et longtemps malheureux et dédaigné auquel une belle fille donne son cœur et qui la déclare naturellement la plus séduisante et la meilleure.
Il est le plus Américain des Américains, le
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1. Au moyen-âge les peuples libres ont édifié d'imposantes cathédrales, des monuments d'art et de foi ; le Celte libre aujourd'hui, bâtit des édifices à vingt étages et d'immenses liôtels.
plus forcené des Yankees, le plus glorieux de l'aigle aux ailes déployées.
Lui seul de tous les éinicjranls arrive en Amérique, sans aucune velléité de retour, décidé à donner h sa nouvelle patrie tout son amour, h mettre en elle tout cet orgueil exclusif, cette admiration passionnée que les circonstances l'ont empêché de donner à l'ancienne patrie qu'il vient de quitter et qu'il renie parfois, bien qu'il l'aime toujours. Il se heurte de tous c(Més à des préjugés et au mépris, mais il y est habitué et il les supporte avec esprit, jusqu'à ce qu'il puisse s'y dérober. Il a la répartie facile et la main prompte. Il sait en arrivant aux Etats-Unis qu'aussitôt naturalisé, il jouira de tous les droits d'un citoyen libre, il entend se prévaloir de cet avantage ; il s'affilie à un parti et devient bientôt le plus bruyant des électeurs. Tant qu'il reste Irlandais, c'est-à-dire pendant les quinze ou vingt premières années de son séiour aux Etats-Unis — à moins qu'il n'habite un milieu étranger auquel cas parfois il est immédiatement américain — il vote avec ensemble et se tient « en bloc » avec les siens.
Il a abandonné dans la vieille patrie quelques légendes, quelques souvenirs de deuil, mais il y a longtemps qu'il a désappris la langue de ses ancêtres ; la langue des oppresseurs qu'on lui a imposée est devenue la sienne et elle a été l'interprète de l'éme nationale pendant des siècles
de. soiifTrance ; son accent particulier cependant lû trahit (1).
Son fils né aux Etats-Unis, lui, apprend, avec les premières notions de choses, à l'école, que l'Irlandais est un t^tre ridicule, fjrolesque, prosterfié devant les rohes noires, que le mot « Irlandais » est une insulte et comme il a le samj vif, il tombe à bras raccourcis sur le petit camarade (jui l'a appelé « Paddy y> et il conquiert son titre (l'Américain natif par maints puqilats. « L.t seconde génération des Irlandais dans ce pays, dit M. John Hull (2), abandonne généralement l'église de Rome. Les garçons et les fdles (': rivées sous l'influence de nos libres institutions, ne sc soucient plus d'être membres d'une église qui demande aux fidèles tant de soumission à sou clergé ».
A la seconde génération, l'accent national de l'Irlandais s'est transformé en l'accent nasal propre aux Américains. Mais en abandonnant sa religion, en transformant son accent et en dissimulant son origine, le Celte n'en perd pas pour
ni
1. La grande patriote irlandaise.Miss Mautl Gonne, a fait une série de conférences aux Etats-Unis en 1897. « Il ne faut compter, a-t-elle dit, que sur les « nationalistes » d'Amérique pour secourir les populations aflfamOes de l'Irlande. Quant à la plupart des autres Irlando-aniéricains, ils se disent plutôt d*originB anglo-saxonne que celtique, dès que leur accent cesse de les trahir ».