Chatauquan Magazine^ octobre
cela son efïprit et ses qualités intellectuelles ; il n'est pas assimilé, il assimile, il "este lui-même. L'ancien opprimé se redresse, le vaincu d'autrefois devient un dominateur ; les qualités et les défauts qui s'étaient développés en lui dans la servitude survivent dans la liberté, ils s'exagèrent souvent.
L'Irlandais resté catholique, qui n'a rien abdiqué et qui n'a pas honte de ces deux titres, semble n'avoir rien appris du passé, et il veut, à son tour, dans la nouvelle patrie imposer l'unité de langue. L'oppression, en Irlande, a fait disparaître la langue de ses frères ; le mépris, aux Etats-Unis, a fait faire à sa religion des pertes incalculables, il rêve une Amérique catholique sous l'hégémonie de la langue anglaise ; il a la nostalgie de l'oppression. Le clergé irlandais, aux Etats-Unis, est le plus féroce ennemi des catholiques français, allemands, polonais et italiens. Certaines associations, derniers vestiges d'un passé disparu, comme la « American protective association » (1) lui contestent la plénitude de ses droits de citoyen ; lui, conteste aux autres nationalités le droit à leur langue maternelle.
L'Anglo-Saxon, qui se complaît dans la pensé e d'une Grande-Bretagne embrassant peu à peu le monde entier, devrait être étonné, s'il pouvait s'étonner, de trouver les plus ardents champions
t. Société de protection américaine.
— sodé l'œuvre de Tassimilalion anglaise, parmi ceux qu'il a battus, ruinés et ridiculisés.
L'Irlandais, en grande majorité, habite les villes.
On a calculé à différentes époques, lors des recensements généraux, que la proportion de la population reconnue alors comme irlandaise, vivant à la campagne, ne constituait qu'un quinzième environ du total ; et l'on sait que les habitants des villes n'émigrent jamais à la campagne. Or, ce qui donne à un pays son caractère distinctif , c'est l'élément groupé des villes où l'on peut étudier l'âme collective des foules, les manifestations d'une pensée commune.
Un fermier, en quelque pays que ce soit, diffère assez peu d'un autre fermier. Les tempéraments et les caractères se forment, se modifient par le contact, l'union ou la lutte avec d'autres tempéraments et d'autres caractères. Le cultivateur, en face de la seule nature, sera plus ou moins âpre au gain, p'us ou moins sentimental, plus ou moins actif, industrieux ou négligent; mais sa vie comme son être est peu complexe et ce n'est jamais à la campagne que les historiens et les ethnologues vont interroger l'âme des nations»
Le fermier de la Nouvelle-Angleterre avait une physionomie spéciale, il est vrai, mais surtout en raison de son caractère religieux et de la discipline sévère à laquelle il s'était assujetti.
Dans son livre « Greater Britain » publié en
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1869, sir Charles Dilke observe déjà le caractère absolument celtique des grandes villes des Etats- Unis. « Là où une race domine, dit-il, les immigrants d'un autre sang perdent bientôt leur nationalité. A New- York et à Boston les Irlandais continuent à être Celtes, car ce sont des vil.'es irlandaises. Dans les villes de l'Atlantique les Irlandais repoussent les Anglais, comme ces derniers ont écrasé les Hollandais. Les descendants des Hollandais sont Anglais aujourd'hui, les Anglo-Saxons à leur tour vont probablement devenir Irlandais...
Toutes les grandes villes américaines seront bientôt celtiques, tandis que la campagne restera anglaise. Un peuple ardent, agité et facilement excitable encombrera les villes, alors que les Anglo-Saxons soumis aux lois qui cultivent la terre cesseront de la gouverner. La grande question est celle-ci : Qui seront les Américains? »
A l'heure qu'il est, cette grande question a reçu sa réponse ; l'homme qui incarne en lui l'âme américaine, telle au moins qu'elle se manifeste aux yeux de l'étranger, c'est le Celte. La partie la plus remuante, la plus entreprenante de la population, celle qui conduit les élections, qui pérore, qui brille à la tribune et au barreau, qui boxe, qui établit des championnats, celle qui proclame, sur tous les tons, le nec plus ultra de l'excellence américaine, celle qui s'émeut à tous propos, qui a déclaré la guerre à l'Espagne et
occupé les Philippines, cette population a du sang celtique dans les veines. IJhumour de TAméricain est bien d'essence celtique, et c'est aux dépens de l'Irlandais qu'il s'exerce de préférence.
La plupart des plaisanteries quotidiennes des ihéAtres et des journaux sur le compte de Pad-» dy, ont pour auteurs des descendants d'Irlandais ; on y reconnaît leur manière, elles portent la marque de leur esprit jovial et incisif.
Déjà à l'époque du premier Congrès, un certain nombre de députés de race irlandaise jouent un rôle important, tels Richard Spaight et Pierce Butler représentants des Carolines. Matthew Lyon qui dans son jeune âge a été vendu comme esclave, devient l'un des orateurs les plus brillants de celte assemblée ; son genre d'éloquence et d'esprit, sa faconde intarissable dont les documents du temps font foi, sont bien ceux qu'on verra prévaloir plus tard. L'un des premiers présidents de l'Union, Andrew Jackson est issu de parents irlandais protestants. William Duane^ journaliste de haute valeur, qui contribua plus que tout autre, à assurer l'élection de Jeiîerson \\ la présidence, appartient à une famille irlandaise. Dans les armées américaines, de tout
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temps, les Irlandais dominent par le nombre et par la valeur.
Jusque vers le milieu de ce siècle, cependant, les manifestations du tempérament celtique sont plutôt timides, dans les Etats de colonisation ancienne. Les historiens les signalent de temps à autre ; ainsi, lors des premières représentations théâtrales à Baltimore où la classe inférieure était en grande majorité irlandaise, MacMaster nous décrit la foule turbulente, bruyante, grossière, composée d'artisans, d'apprentis et de boutiquiers qui se massait dans les galeries.
« Jamais la salle, dil*il (1), n'était si bien remplie, que lorsqu'on s'attendait à voir Arlequin bondir du fond d'une barrique en feu, ou s'échapper d'un tiroir ; la foule alors devenait ivre de joie. On demandait aux violoneux de jouer les airs favoris qui n'étaient pas toujours les mieux choisis, on chantait des refrains de chansons obscènes, on faisait des plaisanteries vulgaires, on apostrophait les gens bien mis et les occupants des loges ».
C'était l'époque où, à Boston, les théâtres, â peine tolérés, portaient le nom de « Sa/les (Veooposition » et les pièces qu'on y jouait celui de « Lectures morales ».
Quelle est l'origine de la réclame effrénée que les Etats-Unis ont mise à la mode à partir de