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font deux ou trois discours en anglais et proposent leurs candidats, tandis que lesAllemands se regardent et répondent « Ta » à tout, patients et prêts à suivre comme des moutons. Ici comme dans la mère patrie, les Allemands ont confiance en leurs chefs et, ici, leurs chefs sont des Yankees, les plus roublards et, les plus rusés politiciens qui existent. «Je me suis trouvé,rhiver dernier, à une réunion do ce genre, une réunion démocratique, où il s'agissait de choisir des candidats pour le Conseil municipal. C'était dans la partie la plus allemande d'une ville en majorité allemande. Environ 150 de nos compatriotes, vêtus en ouvriers, causaient amicalement, par groupes. Un peu à l'écart se trouvaient cinq ou six Américains, mieux vêtus et parlant l'anglais ; à part ceux-l;V il pouvait v avoir dans l'assemblée encore une dizaine de citoyens de langue anglaise.
« Quand la réunion se trouva assez nombreuse,
eux-ci se rendirent à l'autre extrémité de la
aile, prirent place sur une estrade et appelèrent deux d'entre eux, l'un pour exercer les fonctions
e président et l'autre celles de vice-président.
es Allemands alors, proposèrent un des leurs qui fut accepté par les Anglais, comme secrétaireadjoint. Le président annonça que l'on s'était assemblé pour choisir les candidats du parti démocratique au conseil municipal, aussitôt un Anglais «e leva et proposa un nom, puis un second, puis tin troisième ; tous les candidalrt se trouvèrent
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choisis. Le président demanda si le vote aurait lieu ds vive voix, ou au moyen de bulletins, priant ceux qui seraient en faveur du vole par bulletins, de se ranger d'un coté de la salle. Ceux-ci se trouvèrent en majorité. Ace moment, un Allemand se risqua à demander que les candidats fussent désignés d'une façon plus précise, en allemand. Le secrétaire-adjoint traduisit la proposition, mais on passa outre et l'on jeta aussitôt dans un chapeau les bulletins sur lesquels se trouvaient inscrits les noms de deux Anglais et d'un Allemand.
« Tout le monde prit part au vote ; pas un mot d'allemand ne fut prononcé cependant, e( parmi les nôtres, il n'y en avait probablement pas un seu/ qui eût pu s'exprimer convenablement en anglais...
« Il arrive encore, lorsqu'il s'agit d'élections importantes, que les candidats aux fonctions publiques se rendent dans les quartiers allemands des villes, eux ou leurs représentants ; là ils font des discours et proclament que « les Allemands sont le meilleur peuple du monde, qu'il n'y a aucun peuple au-dessus du peuple allemand, que dans leur mère-patrie on récolle le vin, que tout y croit et y fleurit, etc., etc. ». Dès que ces orateurs de foules ont amené nos compatriotes à leur donner leurs suffrages, ils s'amusent entre eux d'avoir gagné si facilement ces imbéciles d'Allemands ».
L'Allemand dit, en résumé notre auteur, est
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trop humble, n'a pas assez de confiance en luimême, n'a pas assez de fierté de race. Il est aussi trop craintif ; il suffit qu'on prononce le mot « Un Etat dans un Etat » pour qu'il rentre sous terre et renonce à toute velléité de conserver sa langue, ses vertus nationales, etc. "^
Loher se plaint encore du sentiment de jalousie étroite dont sont les victimes, tous ceux d'entre ses compatriotes des Etats-Unis qui ont les intentions les plus droites, sont les plus intelligents et les mieux doués. <^ Un homme se présente-t-il parmi les Allemands, qui peut faire honneur à notre race en Amérique, de sui(e l'envie, les basses intrigues se mettent de la partie et font échouer les meilleures entreprises à peine commencées ».
Cette jalousie, soit dit en passant, n'est pas spéciale aux Allemands, elle est tout simplement humaine et a été constatée, aux Etats-Unis, au milieu de tous les groupes homogènes d'émigrés. [Les Irlandais, eux-mêmes, en dépit de leur instinct habituel de solidarité, n'y échappent pas. Ajoutons encore que les Allemands n'avaient fpas pour les soutenir, à celte époque, le prestige (Id'étre venus d'un pays grand par les armes, uni fet puissant ; les uns étaient d'anciens sujets du Iprince de Reuss ; d'ajtres étaient nés dans le [duché de Saxe-Weimar, le Palatinat, ou le petit •oyaume de Wurtemberg. Ils n'avaient pas d'éir.oles et leurs enfants ne trouvaient rien dans leurs
livres qui leur parlAt de la vieille Allcmafjne.
L'Irlandais émigré depuis quelques années et dont l'anglais était la langue maternelle, avait beau jeu avec le naïf Allemand et souvent, posait à l'Américain de vieille souche. « Le pire de tout, continue Loher, c'est le mépris dont est frappé en Amérique tout ce qui est allemand ; rien n'abaisse autant l'esprit d'indépendance et ne déprime autant le courage que d'entendre ce mot lancé partout comme une injure. «Dutc/t ! Dntchman! Diitch People ! Le plus vulgaire vagabond, Paddy l'Irlandais lui-mtme, se croit un monsieur quand il a jeté son mépris à l'Allemand.
« Une brave fille de la campngne qui a pu s'acheter un chapeau et une voilette, croit qu'il est au-dessous de sa dignité, de continuer à parler cette langue de gens communs, l'allemand.... A New- York où la moitié de la population est de race tudesque, rien ne fait plaisir à un employé de commerce, par exemple, à un commis, comme de n'être pas pris pour un Allemand...
« J'ai vu un groupe de cinq Allemands ridiculisés et insultés par un seul Anglais et ne rien répondre.
« Ils n'essaient même pas de se défendre contre les attaques des journaux américains (1) ».
En 1843, les Allemands commencèrent enfin à se remuer et leur vote contribua, dans une gran-