‹ L'âme américaine [microforme] (volume 2)Chapitre 94 sur 109 · M. A. Mariai, op. cit · texte numérisé non relu

M. A. Mariai, op. cit

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Suisses et autres nationalités, plusieurs milliers ; Nè(jres 250.000. Or, les archevêques et évéques, au nombre de 94, sont presque tous Irlando- Américains (1); les prêtres, au nombre de 11.119, appartiennent également en majorité, à cette race.

2" Les évêques irlandais, Au moins la plupart d'entre eux (2), font tout ce qui est en leur pouvoir pour imposer aux catholiques américains, la langue anglaise ce « canal du protestantisme » ; ils combattent, avec un fanatisme aussi aveugle qu'il semble illogique, l'expansion de la langue française dans l'Est, celle des langues allemande et polonaise dans l'Ouest et ne donnent aux paroisses non irlandaises des curés appartenant à la nationalité de ceux qui les composent, que lorsqu'ils y sont contraints.

11 arrive qu'en des paroisses où l'élément hibernien ne constitue qu'une infime minorité ou n'est même pas représenté, on est obligé d'envoyer à Rome, suppliques sur suppliques afin d'obtenir des

1. Les Polonais, de naême que tes Canadiens-français, les Italiens et les Hongrois n'ont aucun évêque de leur race. Les Italiens n'ont que quelques prêt res* les Polonais en ont 370 ; les Allemands ont quelques évêques et un peu plus de 3000 prêtres.

2. Ilexiste de nobles exceptions, parmi lesquelles Mgr Harkiiis,évêque de Providence (Rhode-Island) et l'^'-minent évèiiue de Péoria (Illinois) qui, je l'ai déjà rappelé, n'est pas (le l'ace irlandaise.

prêtres parlant la langue de la majorité des fidèles et en sympathie avec eux.

Des luttes acerbes s'engagent entre les intéressés et l'évêque et il en résulte parfois de graves désordres.

Le zèle assimilateur ou plutôt ^anglicisateiir» de l'épiscopat irlandais constitue, à l'heure qu'il est, le grand obstacle aux progrès du catholicisme dans l'Union américaine.

Le problème en somme, offre quelque analogie avec \t problème noir y il est basé sur le fait qu'il est désagréable à certaines oreilles d'entendre des sons étrangers, de même qu'au sud du Mississipi il répugne à certains épidémies de se trouver dans le voisinage d'épidermes d'une couleur différente. Le côté bizarre en est que les hommes qui se font en Amérique les champions de l'anglicisation sont justement ceux qui, depuis sept siècles, ont eu le plus à souffrir dans les deux mondes, de l'intolérance et de la tyrannie anglaises. Le clergé irlandais je l'ai déjà dit, paraît avoir la nostalgie de l'oppression ; l'oppression qui pendant si longtemps, au pays natal, a été l'un des éléments de sa vie, fait désormais partie de son hérédité ; si on ne le tyrannise pas, il sent le besoin de tyranniser les autres.

Chez plusieurs évêques et à leur tête, Mgr Ireland, le fanatisme inconscient se dissimule sous les dehors d'une idée qui ne manque pas de grandeur. Le but poursuivi ou plutôt le rêve ca-

ressé c'est de réunir sous rhégémonie de la langue anglaise tous les catholiques des Etats-Unis, d'accroître par l'union leurs forces, leurs richesses, leur influence, et, sur les ruines des sectes protestantes, de faire du catholicisme la religion dominante finissant peu à peu par englober dans la République tout le monde des croyants. Ce rêve a le tort d'oublier les conditions partilculières dans lesquelles fleurit aujourd'hui le catholicisme aux Etats-Unis, les antipathies et les préjugés invincibles des races, et surtout les droits sacrés des langues.

La foi catholique a fait, depuis un certain nombre d'années quelques conquêtes remarquables ; des hommes d'une haute valeur intellectuelle sont venus à elle, à la suite d'études raisonnées et de méditations portant sur des questions de dogme, de morale et d'exégèse. Elle n'a pas fait de conquêtes parmi les humbles.

Le peuple ne se préoccupe plus guère d'idées abstraites et de distinctions théologiques ; sa religion lui est transmise sous une forme concrète pour ainsi dire, avec certaines formes, certaines associations, certaines sympathies qui sont presque absolument nécessaires à sa vie ; et il ne la conçoit pas autrement.

Aux Etats-Unis où la majorité de la nation est incroyante, où la libre-pensée dans la plupart

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des sectes, dont les adeptes appartiennent à l'élite sociale et intellectuelle, confine à ratht^.ismn, où le culte du veau d'or a pénétré partout et jusque dans les rangs du clergé (1), où la lutte matérielle laisse peu de place à d'autres préoccupations, aux Etats-Unis, dis-je, la religion n'a plus pour le catholique lui-même les assises puissantes d'autrefois.

Pour l'émigré elle est avant tout, un besoin du cœur. L'église où l'on parle la langue maternelle, où l'on se réunit une fois la semaine, où Ton se trouve un instant en contact avec ceux de son sang et de sa race, où l'on entend la bonne parole de la bouche d'un pasteur avec lequel on se sent en communion de souvenirs et de sympathies, c'est encore le pays natal. La religion ainsi, adoucit pour l'émigré d'hier la transition de la patrie ancienne à la patrie nouvelle; elle rend moins

1. Il y a quelques années à Paimyre, dans rillinois, eut lieu une grève unique dans son genre et qui fit quelque bruit. Une des églises de cette petite ville appartenait à l'ordre dit « unioniste » ; quatre prédicants, un méthodiste, un presbytérien, un baptiste et un congrégation naliste y prêchaient alternativement, à cinq dollars par sermon. Un jour, après avoir discuté ensemble leurs intérêts, ces révérends signèrent un compromis par lequel ils s'engagèrent à ne pas prêcher pour moins de dix dollars. Les fidèles, la plupart de riches fermiers, refusèrent Taugmentation ; les pasteurs s'obstinèrent et l'église resta feriiiée pendant un an (Du Chicago Evening Posl).

amer le pain de l'exil; elle est bien, comme son étymoloc|ie l'indique, le lien qui unit.

L'isolement relatif dans lequel vivent les citoyens de la République, le manque de liens sociaux qui caractérise les villes cosmopoliles américaines, rendent encore ce besoin du cœur plus absolu. Aussi, ne veut-on pas porter à son église un sentiment d'indifférence ou d'aigreur, ce qui est le cas lorsque le pasteur a été imposé contre le gré des fidèles, ou y chercher la seule satisfaction d'un devoir accompli.

Le curé légendaire, le bon curé, M*sien rcur('\ qui a occupé une si grande place dans l'évolution des peuples catholiques et contribué pour une si large part à leur bonheur ne peut, à aucun titre, Atre étranger à ses ouailles, être d'un autre sang et d'une autre mentalité qu'eux.

Dans les paroisses formées aux Etals-Unis par les divers groupements ethniques homogènes, ou veut qu'il soit encore tel que le représentait Lamartine, en une page admirable (l): Un homme qui n'a point de famille mais qui est de la famille de tout le monde, qu'on appelle comme témoin, comme conseil ou comme agent dans les actes les plus solennels de la vie civile..., un homme que les petiJs enfants s'accoutument à aimer, à vénérer et A craindre ;... un homme aux pieds duquel les chrétiens vont répandre leurs aveux les

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