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avait tué ou blessé un nombre d’hommes assez considérable pour satisfaire un César ou un Napoléon et on avait dépensé à cette œuvre glorieuse, sept ou huit cent millions de dollars. Que les cinq cent mille hommes tués dans les batailles ou morts de leurs blessures n’aient pas su pourquoi ils se battaient, que la plus grande p'rtie de l'argent ait passé dans les poches de voleurs et de filous qui ont édifié leur fortune sur les calamités de la nation, cela importait peu. Les Américains avaient superbement acheté, dans le sang, le droit de lever la tête au milieu des peuples asservis du Vieux Monde. Comme eux, ils avaient été menés au combat et à la mort pour favoriser les intérêts de quelques aventuriers intrigants ; comme eux, ils étaient lourdement taxés afin de permettre à des patrons d’estaminets età des entrepreneurs véreux de couvrir leurs vulgaires épouses et leurs filles de diamants. »
De même qu’après la querre du Mexique, un bon nombre d'officiers quiavaient concouru à assurer le succès de l’Union, furent élevés par leurs compatriotes reconnaissants, aux plus hautes fonctions politiques de l’Etat; une association puissante s’est formée sous le nom de « Vétérans de la Grande Armée » qui possède une influence considérable et a son mot à dire dans toutes les élections. Comme, aux Etats-Unis, enfin, la spéculation doit se greffer sur tout évènement qui se
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Vétérans influence
produit, heureux ou malheureux, elle à tiré parti de la querre sous le prétexte de « Pensions aux blessés ». Pendant les vingt-cinq années qui l’ont suivie, On a pu voir, à mesure que les anciens soldats mouraient, le nombre des blessés croître etse multiplier. En 1893 il y avait 960.000 noms inscrits sur la liste des pensions, pour le service desquelles 165 millions de dollars ont été votés par le Congrès. Depuis 1893 cependant, une réaction s’est faite et on a dû constater que plusieurs milliers de blessés avaient quitté ce monde,
De la défaite des Etats esclavagistes date la décadence de l'aristocratie sudiste, des « vieilles familles », de la vie élégante et oisive, la disparition devant la loi àes dernières inégalités s6ciales, la fin de lexploitation de l’homme par l'homme sous forme d’esclavage.
Les esclaves ayant été libérés, la plupart des planteurs se trouvèrent ruinés ; un grand nombre avaient perdu la vie sur les champs de bataille car ils avaient payé courageusement. de leur personne. Les villes étaient couvertes de ruines, les campagnes dévastées, presque toutes les femmes étaient en deuil. De même qu'après la guerre de l'Indépendance, les Anglais vaincus
avaient continué pendant vingt-cinq ans, à exercer dans le sud de l’Union leur commerce néfaste de chair humaine et à encombrer ses ports de navires chargés d’esclaves, de même les Américains du Nord vainqueurs ne s’en tinrent pas à la victoire sur les champs de bataille, ils voulurent encore exploiter les vaincus de toutes les manières et rendre leur relèvement difficile. Les Journalistes qui visitèrent les Carolines et la Géorgie, immédiatement après la querre, nous montrent sur les promenades désolées de Charleston et de Savannah, les femmes vêtues de deuil, élégantes et de tournure aristocratique, jetant leur froid mépris au Yankee qui, par hasard, se trouve sur leur passage et se renfermant dans une réserve pleine de dignité ; les hommes survivant à la querre, inhabiles à tout travail, parlant vaguement de se mettre dans les affaires (£o go énto business), tandis que les Yankees rusés, actifs, entreprenants établissent des magasins et des boutiques, construisent des maisons, réparent les rues, les édifices publics et effacent peu à peu les traces matérielles de l’invasion.
Les fonctionnaires nommés par le Congrès pour s’occuper des anciens esclaves, les protéger, les diriger, leur firent croire que les propriétés de leurs anciens maîtres seraient divisées entre eux et les Noirs se groupèrent alors dans les villes et s’imaginèrent qu’ils avaient acquis le droit à la paresse et aux vices qu’elle engendre. Ils n’a-
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vaient vu dans l’exercice des droits de l’homme libre que l'injustice, l’outrage, l'exploitation du faible, ne devaient-ils pas croire que ces manières d'agir étaient inhérentes à la liberté ? On leur accorda les franchises électorales, ils suivirent naturellement leurs /eaders du Nord,etles anciens Etats esclavagistes démocrates se trouvèrent représentés au Sénat et au Congrès par une majorité de Républicains élus par le vote no
Les gens venus de la Nouvelle-Ansleterre, de la Pennsylvanie et duNew-York dans le but detirer tout le parti possible de Pétat de prostration dans lequel se trouvaient les vaincus, furent secondés par un certain nombre des Petits Blancs et pendant les sept ou huit années que dura la période de « reconstruction », c’est-à-dire le temps qu'il fallut aux législatures locales pour amender toutes celles de leurs lois qui n'étaient pas conformes aux droits égaux proclamés par le Congrès, ils firent d'excellentes affaires. Cette période fut siynalée par des dilapidations, des rapines, des accaparements, des vols éhontés, des émeutes. Les anciens esclaves se gorgèrent mais ne furent que les instruments de ces aventuriers du Nord qu’on appela les Carpet-Baggers.
J’emprunte à M. Laird Clowes (1) quelques
1, W. L. Clowes. Black America. (Londres 1891). 17: .
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chiffres et quelques faits qui expliquent dans une certaine mesure, le sentiment invincible d'horreur, d'hostilité et de mépris que les gens du Sud professent encore aujourd’hui pour les Nègres.
« Lans l’Alabama, de l'argent fut voté pour les travaux publics, mais ne fut jamais dépensé à cet effet et ne profita qu’à des Carpet-baggers du Nord et à des Noirs qui n’étaient pas même cuntribuables, D’anciens esclaves ignorant absolument les lois, furent nommés juges... En moins de sept ans, cet Etat fut réduit à la banqueroute. L’anarchie qui y régnait était telle qu'après les élections de 1872, les deux partis réclamèrent la victoire et qu'il y eut, pendant quelque temps, deux législatures en session, Devant les troupes des Etats- Unis, cependant les démocrates cédèrent.
« Dans la Caroline du Nord le pouvoir tomba eutre les mains de pillards et d’aventuriers qui profitèrent de toutes les circonstances, pour voler l’État et spéculer sur son crédit. La corruption et la concussion s’exercèrent ouvertement. Une association politique « ring » avait été constituée qui prélevait 10 pour 100 sur toutes les allocations votées par la législature. Un bar avait été établi dans le Capitole et l’on prétend que quelques-unes des chambres de cet édifice servaient à la prostitution. Les Nègres sablaient le champagne et fumaient des cigares de la Havane, nonchalamment assis dans des salons somptueux. L'un deux disait un jour « J’ai été vendu onze
ans une 1orreur, sud pro- 8, pour les sé à cet du Nord ntribuament les de sept L'anarélections , victoire uxlégises Etatsit.
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fois duns ma vie, mais c’est la première fois que je touche le prix de la vente moi-même ».
Le fait est que dans tous les Etats du Sud, les votes se vendaient comme au parlement anglais pendant la dernière partie du siècle dernier.
Les aventuriers qui détenaient le pouvoir à la législature de la Caroline du Nord obtinrent l'autorisation d'émettre au nom de l'Etat, des oblidations pour une somme de quinze millions de dollars, aux fins de construire un chemin de fer. Les obligations furent toutes vendues mais pas un seul kilomètre de chemin ne fut construit.
La Caroline du Sud fx le plus éprouvé de tous les Etats pendant l'ère «e reconstruction, on lui donna le nom de « l'Etat affaissé » (the prostrate state). Ce furent comme ailleurs les aventuriers du Nord et les « renégats » du Sud qui le mirent au pillage et tyrannisèrent par tous les moyens les anciens propriétaires. Les députés, en majorité des Noirs, ne trouvant pas l’aménagement de la salle des délibérations de la législature assez luxueux pour eux, — il n’avait coûté que trois mille soixante dollars — achetèrent des meubles pour une somme de 94.000 dollars ; quarante chambres à coucher furent installées au Capitole, aux dépens du public ; un restaurant Y fut établi qui restait ouvert le jour et la nuit et qui absorba en une seule session une somme de 125,000 dollars.
En 1872, un juif, du nom de Moses fut nommé
Le
gouverneur. « Le gouverneur écrivait M. James Pike (1) était président de la dernière Chambre et on dit qu'il a émis, pendant la durée de ses fonctions, pour 400.000 dollars d’assignats (pay-certificates) qui n’ont pas encore été rachetés, pour lesquels il n’y a pas de crédits votés et que les contribuables devront solder tôt ou tard. Il a la réputation de dépenser trente ou quarante mille dollars par année, alors que son traitement n’est que de trois mille cinq cents dollars ».
« De 1868 à 1876, les sommes payées pour l'impression des documents publics, ont atteint le chiffre de 1.326.589 dollars, alors que pendant les soixante dix-huit précédentes années de cette législature, elles ne se sont élevées en tout qu’à 609.000. A cette époque, la populstion blanche de la Caroline du Sud n’était que de 300.000 âmes.
En Géorgie, d’après le même auteur, les indemnités et frais de route alloués aux membres et employés de l’Assemblée générale se sont elevés, en une seule courte session, à 978.055 dollars.
La Virginie, la Floride, le Mississipi ne furent guère mieux traités.
La Louisiane fut littéralement mise au pillage ; les votants y étaient à cette époque 45.218 Blancs et 84.436 Noirs. On calcule qu'elle perdit en dix ans, cent vingt millions de dollars, soit plus de