‹ L'âme américaine [microforme]Chapitre 15 sur 121 · À 8 EL · texte numérisé non relu

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irginiens était celle des Cours, elle se prêtait

Hacilement aux compromissions et aux subterfu-

es ; elle ne laissait pas cependant, du moins en

Principe, d'être fort intolérante. Les quakers,

ès dissidents et les catholiques n'avaient pas le oit de s'établir dans la province, l’assistance

au service divin était requise, sous peine de châtiments très sévères. Seulement, il semble que dans la pratique on se soit montré plutôt libéral. Il eût été difficile de faire règner dans le Sud la discipline sévère qui régissait la Nouvelle-Angleterre, alors que certaines paroisses s’étendaient sur des dizaines de lieues et qu’il fallait souvent chevaucher cinquante milles pour se rendre à l’église, De plus, la facilité de la vie, la douceur du climat, l'élégance relative des mœurs adoucissaient, surtout chez les classes dirigeantes, l’austérité de la religion réformée. Enfin, le clergé était loin de posséder l'influence énorme qu’il possédait dans l'Est ; longtemps il dut dépendre pour sa subsistance du bon vouloir de la populalion ; sa silualion était précaire, le paiement de ses émoluments se faisait ca nature, (en tabac) et donnait lieu à de fréquentes difficultés. Ce n'est qu'en 1696 que son revenu fut fixé d’une manière définitive, par une loi. Il paraît encore que plusieurs de ses membres n'étaient quère recommandables et se recrutaient trop souvent, parmi ceux dont on voulait se débarrasser en Angleterre.

On eut bien, de temps à autre, certains faits de persécution à déplorer, mais l’histoire de la province n’en fut guère affectée ; c’étaient des faits isolés dont quelques-uns même eurent pour auteurs, des gens venus d’ailleurs et qui n’obtenaignt pas l’assentiment de la masse de la popu-

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lation (1). Deux ans avant la déclaration de l’indépendance, James Madison, un futur président de la République, écrivait au sujet de l’état social de la Virginie les lignes suivantes, qui nous paraissent quelque peu pessimistes : « La pauvreté et le luxe règnent dans toutes les classes, l’orqueil, l'ignorance, et la bassesse au sein du clergé, le vice et la méchanceté ch2z les laïques.: Cela est déjà déplorable, mais ce n’est pas le pire de ce que j'ai à vous dire : le principeinfernal et diabolique de la persécution fait rage au milieu d’un certain nombre, et à leur honte éternelle, les prêtres fournissent leur quote-part de démons dans les affaires de ce genre ; c’est là ce qui me chagrine le plus. Dans le comté voisin de celui-ci, il n’y a pas moins, à l’heure qu’il est, de cinq ou six personnes respectables qui sont enfermées dans un cachot, pour avoir énoncé publiquement leurs opinions religieuses, qui, en somme, sont parfaitement orthodoxes. »

Chastellux constate que les Virginiens se passent fort bien dereligion. « Avant la guerre, ditil (2), les pasteurs allaient étudier en Angleterre et s’y faire ordonner. Aujourd’hui les églises sont

1. Plusieurs milliers d’Ecossais s'étaient établis en Virginie, après la révolution de 1715; la plupart étaient calvinistes et un peu de même allure que les puritains de la Nouvelle-Angleterre.

2, op., cil., vol. Il, p. 160.

fermées ; cet interrègne ne produit pas grand mal ».

Les lois civiles et criminelles qui régissaient la Î Virginie, étaient celies de l'Angleterre: un grand nombre d’offenses étaient punies de la peine de mort, mais il ne paraît pas que cette peine ait été souvent appliquée ; les crimes étaient rares, si les méfaits étaient nombreux. Un délit, d’ailleurs, était considéré jusqu’à un certain point comme une bonne fortune, car il ajoutait au menu des séances de la Cour de comté et servait à défrayer les conversations des oisifs, dans un pays où il n’y avait pas de théâtres et fort peu de hvres.

Le Maryland fut un véritable domaine féodal dont le roi d'Angleterre fit cadeau à lord Baltimore. Le propriétaire y recevait les impôts, nommait à toutes les fonctions publiques, enrôlait des milices pour la défense du territoire, imposait des droits sur les bateaux des colonies voisines qui entraient dans ses ports, etc., etc. Comme le roi son suzerain, il exerçait tous les droits de souveraineté compatibles avec la constitution anglaise et les institutions du gouvernement local, auxquelles tenaient avec opiniâtreté tous les sujets de la Grande-Bretagne, si infime que fût leur position sociale, La colonie jouit tout d’abord d’une grande

prospérité. Les premiers colons qui y furent envoyés en 1633, aunombre de trois cents, étaient presque tous des cultivateurs et des artisans, en majorité catholiques. Le terrain était distribué de la même manière qu’en Virginie ; c’est-à-dire proportionnellement au nombre de serviteurs amenés par les colons et aux :ommes versées par eux, Le propriétaire et la législature, se conformant à l’usage de cette époque, édictèrent des lois sévères et firent régner une discipline fort austère dans la province ; plusieurs crimes étaient punis de mort, entre autres le blasphème, la sorcellerie, l’idolâtrie et le sacrilège. Le Maryland est la première des colonies anglaises où fut établie la liberté de conscience absolue, ce qui en fit le refuge des dissidents de toutes les sectes et donna de suite, un grand essor au développement de sa population.

La paix cependant ne régaa pas longtemps ; des difficultés s’élevèrent d’abord entre le propriétaire et la Virginie, les Virginiens prétendant que le territoire dont se composait ce domaine leur appartenait. La question fut portée à Londres, et lord Baltimore eut qain de cause.

Cette querelle n’était pas plutôt réglée que les dissensions religieuses commencèrent. Un certain nombre de puritains avaient fondé dans le Maryland une ville appelée Annapolis, y avaient bâti une église et s’étaient constitués en gouvernement local ; l’arrivée au pouvoir du Parlement

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en Angleterre, leur permit de reconnaître l’hospitalité du propriétaire en fomentant des troubles et en persécutant les catholiques et les loyalistes. Quand vint la Restauration, lord Baltimore eut le tort de leur pardonner ; les désordres continuèrent, les difficultés s’envenimèrent et finalement, en 1692, ce seigneur fut frustré de son domaine, et le Maryland devint province royale,

A partir de cette époque les protestants gaynèrent continuellement du terrain, et en 1704, ils purent faire voter par la législature une loi établissant un droit de vingt schellings (1) sur l’importation de chaque serviteur irlandais « afin d’empècher la trop grande multiplication des papistes ». En 1715, lord Baltimore, sixième du nom, s'étant converti au protestantisme, fut réintégré dans ses droits, et dès lors, les catholiques furent virtuellement persécutés, bien que la liberté des cultes restât statuée dans les lois de la colonie. Ce lord Baltimore était de mœurs très dissolues. « Des repris de justice, des libertins, des ivrognes, dit Bancroft furent par Jui nommés aux cures des quarante paroisses anglicanes qui existaient alors dans le Maryland ». Les mêmes mesures arbitraires et oppressives au moyen desquelles le gouvernement de Cromwell avait cher-

14. Un impôt sur l'importation du whisky avait été inclus dans la même résolution, les législateurs tenant à marquer ainsi leur mépris aux « papistes ».

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ché à protestantiser l'Irlande furent employées contre les catholiques de la province. La population ne s’en accrut pas moins très rapidement. En 1710, elle était de 30.000 âmes.

En 1748, elle comprenait 98.357 hommeslibres, 6.870 serviteurs blancs et 36.000 Noirs. D’après Bancroft, les catholiques formaient la moitié de la population totale en 1754.

Le recrutement des colons paraît s’ètre fait sur les mêmes bases qu’en Virginie et parmi les mêmes éléments peu recommandables. « De 1700 à 1760, dit Pitkens (1), le commerce néfaste et pestilentiel des convicts a augmenté dans des proportions considérables. Trois ou quatre cents convicts étaient importés annuellement dans la colonie etles habitants commencèrent à se plaindre ».

La Maryland Gaselte, dans un article publié à la date du 20 juillet 1767, en vue de justifier ce commerce, admettait que pendant les trente dernières années, la moyenne des convicts importés avait été de six cents par année.

Ces convicts n'étaient le plus souvent peut-être que des victimes de la persécution religieuse, mais les historiens ne les désignent pas autrement et leurs descendants n’ont jamais protesté « car, dit Mac-Mahon, dans son livre « Maryland »,l'orgueil de notre époque se révolte à aller chercher en tels lieux les racines d’un arbre généalogique, et beau-

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