LES ALLEMANDS
Lis n'ont joué aucun rôle politique. — Causes de leur émigration. — Statistiques. — Elat social des émigrés allemands en Amérique. — Leur sentiment de la nationalilé., — Leurs églises. — Leurs écoles. — Leur nombre à l'époque de la Révolution.
Les Allemands n’ont joué aucun rôle politique dans les colonies anglaises d'Amérique ; ils n’ont
reçu ni chartes, ni allocations; ils ne se sont jamais querellés avec les gouverneurs des provinces; ils n’ont jamais persécuté là où ils se trouvaient en majorité, ceux qui ne partageaient pas leurs croyances ; ils n’ontapporté à leur nouvelle patrie que leurs qualités de sobriété, d'endurance, d’économie, ils ne lui ont donné que le travail de leurs bras.
Pour un grand nombre d’entre eux, ainsi que le disait un de leurs premiers historiens, l'Amérique n’a pas été la terre de la liberté, mais la terre de l'esclavage.
Aussi, bien que de tous les groupes divers qui ont constitué originairement la nation américaine, ils aient peut-être été le plus nombreux, c’est à peine si les historiens leur accordent une brève
mention et notent, en passant leurs établissements dans la Pennsylvanie,
Un certain nombre des émigrés allemands, anabaptistes, piétistes, mennonites, frères moraves, furent comme les puritains, les quakers et les huguenots, des victimes de la persécution religieuse; la plupart vinrent en Amérique pour échapper à la disette et à l’anarchie qui avaient accompagné, au pays natal, les querres de religion. Au dix-septième siècle et pendant la première moitié du dix-huitième, l'Allemagne était décimée par les armées permanentes composées de soldats de toutes nationalités, qui traînaient derrière elles,une foule de gens dépravés vivant de rapines et de brigandage. Sur le passage de ces hordes malfaisantes, les habitants des petites villes et des villages devaient se cacher ou s’enfuir, la vie n’avait aucune sécurité (1). On s’explique donc facilement que William Penn, lors du voyage d'Outre-Rhin,qu’il entreprit,en 1678-1679, afin de recruter des colons pour son domaine de la Pennsylvanie, ait été accueilli avec enthou-: siasme.
1. Wohlhausen rapporte qu’à cette époque, chaque régiment d'infanterie aïlzmande trainait à sa suite, en moyenne 4000 personnes, hommes, femmes et enfants.
Le général de Gronsfeld dit qu’à la fin de la guerre de 1648, Les armées impériales et bavaroises qui ne comptaient que 40.000 hommes recevant des rations, étaient suivies de qui n’en recevaient pas et vivaient de pillage et de vol.
Un bon nombre partirent immédiatement sous la conduite de Pastorius et fondèrent Germantown qui est aujourd’hui l’un des quartiers de Philadelphie, Quelques années plus tard, 32.468 Allemands se rendirent à Londres, dans l’intention de s’embarquer pour l'Amérique. La reine Anne avait promis de les faire transporter à destination,mais gènée par des difficultés matérielles et craignant en outre, qu'un nombre d'étrangers aussi considérable ne trouvât moyen d'échapper à sa domination, elle refusa d'accomplir ses promesses.
Les pauvres émigrants souffrant de la faim et décimés par la maladie, furent, les uns rapatriés en Allemagne, d’autres envoyés en Irlande ou ailleurs; onze mille environ furent transportés en Amérique, et cherchèrent d’abord à s’établir dans l’état de New-York. On les y exploita de toutes manières ; là où ils se faisaient donner des terres par les Indiens et commençaient le défrichement, se croyant chez eux, on venait les déposséder en leur disant que ces terres avaient déjà été vendues à d’autres colons (1). Traqués partout et sans moyens de subsistance, la plupart quittèrent le New-York pour se rendre en Pennsylvanie et dans les colonies du Sud, où ils furent traités de façon beaucoup plus hu-
1. F. Loher Geschichle und Zusland der Deutschen in Amerika (Leipzig 1816).
maine et formèrent bientôt des groupes nombreux et prospères. Les principales localités établies par eux à cette époque sont Newburg, Esopus, Luneburg, Johnstown, Germantown, Livingstone, Winden, Athènes, Cobleskill, Guilderland, Bern, Brunswick, etc.
La grande immigration germanique commença avec le dix-huitième siècle et l’on estime que de 1700 à 1725 plus de 59.000 Allemands arrivèrent dans la seule province de la Pennsylvanie {1), la plupart venant du Palatinat. Jonathan Dickinson écrit en 1719 (2) : « Nous attendons, de jour en jour, plusieurs navires de Londres qui doivent nous amener des habitants du Palatinat, au nombre de six à sept mille. Nous avons déjà reçu beaucoup d’émigrants d’frlande et nous en attendons encore... Nos amis font des progrès rapides ct il y a une populationnombreuse dans le désert qui bientôt, sera un champ fertile »
Dans les années 1714, 1715 et 1716, un nombre considérable de réfugiés du Palatinat et d’autres parties de l'Allemagne, venus avec le baror. de Graffenried, s’établirent sur les frontières limitrophes de la Virginie et des Carolines (3).
Le nombre des Allemands qui se fixèrent dans