‹ L'âme américaine [microforme]Chapitre 60 sur 121 · HEURE RATE · texte numérisé non relu

HEURE RATE

ques corps sont composés de qens nés dans Île pays, le plus grand nombre a été ramassé un peu partout... Le général américain Lee m'a appris que la moitié de l’armée rebelle était composée d’'Irlandais » (1).

Les Irlandais protestants ne craignaient pas, à cette époque, d'affirmer leur nationalité et ceuxlà même dont les ancêtres avaient émigré d’'Ecosse dans la province d’'Ulster et qui se trouvaient de race celtique un peu plus mélangée, revendiquaient hautement leur titre d’Irlandais. Les documents de ce temps, du reste, ne se servent pas de cette appellation « Ecossais Irlandais » (Scotch-frish),qui est d'invention plus récente et n’a été mise en circulation que depuis qu'un mépris immérité s'attache au nom de lIrlandais aux Etats-Unis. L'auteur de l’histoire des « Fils de Saint-Patrice » société irlandaise fondée en Pennsylvanie avant la querre, M. John Campbell, rappelle dans cet ouvrage (2) qu'il peut se réclamer autant que n'importe quel Ecossais vivant, de nom écossais et de descendance écossaise,« mais en s’établissant en Irlande, dit-il, les Ecossais ont élargi leur horizon, ils se sont pénétrés de l'esprit irlandais et sont devenus aussi Irlandais que tes des-

1. The evidence as given before a c ee of he Fouse of Commons, on the detail and con ! of the american war (Londres, 1785).

?. History of the friendly sons of St-Patrick, p. 29 (Philadelphie, 1881).

cendants des plus anciens habitants de la terre de Saint-Patrice.... La société fondée par eux se réunissaitle jour de la fête de Saint-Patrice et bien qu'elle fut, à l'origine, composée de presbytériens et d’épiscopaliens et qu’elle ne comptât que trois membres catholiques, elle choisit pour son premier président l’un de ces derniers, le qgénéral catholique Stephen Moylan (1) quicertainement n’était pas £'cossais-Trlandais. Les anciens colons irlandais protestants de la Pennsylvanie se considéraient comme des Irlandais »,

Les pauvres parias transportés en Amérique par les marchands d’esclaves, après la révolte de 1641, recrutés dans les prisons et les work houses ; les femmes et les enfants enlevés dans les villages de la province de Connaught où ils étaient séquestrés et mouraient de faim, entassés dans des bateaux et vendus dans le Maryland, la Virginie, la Nouvelle-Angleterre ; tous ces malheureux, on le comprend, n’eurent pas le courage de s'offrir au martyre dans des provinces où la doctrine catholique était proscrite comme une monstrueuse impiété. Abrutis par les années d’esclavage, ignorants, méprisés et n’étant plus soutenus par les encouragements de leurs chefs et de leur clergé, ils devaient fatalement abandonner leur religion et abdiquer tous les souvenirs de

1. Un frère du général Moylan élait évèque de Cork, en Irlande.

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leur passé. Leurs descendants, sans coute, se ‘réclament de vieille souche anglo-saxonne et le temps ainsi a donné raison à leurs persécuteurs. « Car, dit Prendergast (1), alors que les agents du gouvernement anglais s’employaient activement dans toute l’Irlande à saisir les femmes, les orphelins et les indigents pour les transporter aux Barbades et dans les plantations anglaises d’Amérique, ils prétendaient exécuter une mesure bienfaisante. Bienfaisante pour l'Irlande qui se trouvait ainsi délivrée d’une population pouvant causer des embarras aux colons anglais, bienfaisante pour les exilés eux-mêmes dont on pourrait faire ainsi des Anglais et des chrétiens ».

Les qualités d’ardeur et d’enthousiasme, l'esprit aventureux et entreprenant quicaractérisent leur race ne les abandonnèrent pas tous et l'est certain que parmi les picnniers qui colonisèrent, après la querre, les Etats nouveaux, et inauqurèrent la grande poussée vers l'Ouest qui marqua la première phase d'expansion de l’Union, il se trouvait un bon nombre de Celtes, Ecossais et Irlandais. Citoyens de date déjà ancienne ils ont avec les Yankees, servi de cadres à l’immigration de fraîche date et pris leur part des richesses du Tennessee, u: Kentucky, de l'Ohio,de l’Illinois, du Missouri.

Les Ecossais émigrés volontairement, ou dé

À. Cromuwellian setllemenis, (p. 89).

portés et vendus par les marchands d’esclaves, mais protestants et ne se croyant pas tenus de rien renier de leur passé, ne furent pas longtemps à prendre la première place dans toutes les carrières ouvertes à leur activité et à leur industrie ; car de tous les groupes de population qui se sont donnés rendez-vous en Amérique ils ont été, de tout temps, ceux dont les progrés ont été le plus marqués et le plus rapides. A l’époque de la querre de l'indépendance, ils ne devaient pas dépasser le nombre de cinquante ou soixante mille, mais ils avaient déjà dans les provinces du sud et du centre, accaparé une partie des meilleures situations, ainsi qu’on peut s’en rendre compte en parcourant la liste des noms inscrits dans les registres des législatures et des conseils communaux (1).

C’est principalement, sans doute, dans l'élément irlandais que s’est perpétuée la classe des Petits Blancs qui, jusqu’à 1860, s’est trouvée vis-à-vis des planteurs dans la proportion de neuf contre un ; mais il est impossible de rien affirmer de précis à ce sujet.

« Dans les Carolines, écrivait Lôüher, en 1846, on trouve des gens d’origine irlandaise qui sont

1. On assure qu'il n'y a pas de Juifs en Ecosse, Cett: constatation témoigne suffisamment en faveur des habitudes d'économie et d'épargne, du sens pratique et des instincts commerciaux des habitants de ce pays.

des espèces de Tziganes, vivant dans des huttes, de chasse et d’un peu de culture de maïs ».

Nous retrouverons plus tard des Irlando-Américains affirmant courageusement ce titre, mais ceux-là seront d'immigration récente. Il serait probablement impossible aujourd'hui de rattacher, d’une manière certaine, aucune famille dont les ancêtres habitaient l’Amérique avant la guerre de l’Indépendance, au rameau celto-hibernien catholique. Les noms mêmes pour la plupart, ont été modifiés et ont maintenant une allure anglosaxonne. Il faut tenir compte, cependant, de leur présence dans la formation primitive de la population, pour bien comprendre l’évolution de la nation américaine.

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