‹ L'âme américaine [microforme]Chapitre 62 sur 121 · Montesquier · texte numérisé non relu

Montesquier

?. En 1700, l'Angleterre qui, au cours des deux siècles

J'ai dit ailleurs que les législatures et les qouvernements locaux établis dans chaque province étaient l'occasion de bien des discussions oiseuses et qu'ils empêchaient souvent l'efficacité de la défense et de l’action en commun, mais, d’un autre côté, ils avaient habitué les colons à discuter leurs intérêts, à chercher pour leur servir de liqne de conduite les formules les plus claires, les plus logiques, les plus rationnelles, Partie du fanatisme intolérant des calvinistes et de la rage de domination des episcopaliens, la doctrine des deux groupes principaux de la population s’était graduellement élargie, épurée et pouvait se prêter désormais à une conception moins mesquine de la vie des sociétés et de la solidarité humaine. Au moment d: la Révolution, l'intolérance ne frappait plus quère que les catholiques

Dans chaque groupe an voit adoptée et défendue, quelqu’une des idées progressistes et humanitaires vers la réalisation desquelles les philosophes s'efforcent de faire marcher le monde. Plusieurs des grandes conquêtes morales dont se glorifie notre siècle ou dont se glorifiera le siècle prochain sont en germe dans ces colonies. [’ha-

suivants, devait conquérir son vaste empire colonial, industriel et commercial comptait 5.134.000 habitants dont 4.000.000 vivaient à la campagne.

Le petit peuple du Transvaal dont la lutte énergique fait, à l’heure qu'il est, l'admiration et l'étonnement du monde est composé exclusivement de cultivateurs.

bitant de la Nouvelle-Angleterre professe le culte du travail et affirme énergiquement le droit qu'ont les citoyens de se gouverner eux-mêmes ; légalité dans cette partie du pays règne presque partout, en dépit du respect spécial -qu’inspire la fortune. Dans la Pennsylvanie, le quaker proclame que les hommes sont frères et ne sont pas faits pour s’entretuer. La Virginie donne cet exemple, le premier peut-être, d’une aristocratie oisive dont les mœurs sont pures.

Personne n'est désintéressé, il est vrai, personne ne se dévoue, mais le désintéresssement et l’abnégation sont de pauvres facteurs dans le succès des peuples modernes. Ces vertus se trouveront, au moment décisif, chez les chefs de la nation et cela suffira, Washington, Franklin, Jefferson, Adams, etc., elc. ne sont-ils pas euxmêmes, d’ailleurs, les produits supérieurs de cette saine hérédité ?

A l’époque de la Révolution, l’idée d’une union politique entre les diverses provinces datait déjà depuis plus d’un siècle. Elle était née du danger commun et, de 1637 à 1684, elle avait été réalisée partiellement, car il avait existé une espèce de confédération portant le nom de « Colonies Unies de la Nouvelle-Angleterre. »

En 1690, un congrès fut convoqué qui projeta la conquête des possessions françaises d’Amérique. La guerre contre la Nouvelle-France réunit les milices des provinces sous le drapeau d’Albion et, souvent alors, à Philadelphie comme à New-York et à Boston, en Virginie et dans le Maryland comme dans la Nouvelle-Angleterre, ou tressaillit des mêmes craintes, on déplora les mêmes désastres, car cette querre fut longtemps malheureuse.

Mais l'entente n’était que temporaire, c’était une alliance entre pays étrangers qui laissait subsister les antipathies mutuelles et, nous le savons, les législatures ne votaient qu’à contrecœur les subsides destinés à l’organisation des expéditions.

La première convention tenue en vue d’une union fédérale fut celle qui se réunit à Albany, en 1754, sur l'initiative de Benjamin Franklin ; si elle ne produisit pas immédiatement des résultats pratiques, elle apprit à plusieurs des principaux citoyens des différentes provinces à se connaître, à échanger leurs idées, à se concerter ; elle leur permit de se rendrecompte des ressources collectives du pays.

Les sentiments nourris par les colonies envers la métropole étaient loin d’être partout hostiles au mème degré : Les Allemands se mon-

traient plutôt indifférents à l'Angleterre, car les restrictions imposées par le Parlement anglais au commerce les touchaient peu et ils n'avaient pas apporté de leur pays, ces traditions de liberté économique chères aux Anglo-saxons qui pouvaient leur faire ressentir comme un grief bien sérieux, la taxation sans la représentation, Il en était de même pour les Huguenots et les Hollandais ; ces derniers, cependant, avaient des tendances franchement républicaines et les fonctionnaires de la métropole ne les arpelaient pas autrement que Îles « Républicains hollandais ».

Les Quakers étaient opposés à tout pouvoir civil et gardaient rancune à l'Angleterre de vouloir imposer des terres non colonisées.

Les planteurs de la Virginie et des provinces du sud, qui, ainsi que les Puritains de la Nouvelle- Angleterre, étaient en majorité d'origine anglosaxonne semblent avoir été plus attachés à leur mère-patrie que tous les autres groupes de la population, mais ils subissaient l’influence d’une petite oligarchie intellectuelle, d’un certain nombre d'hommes éminents, comme Washington, Jefferson, Patrick Henry, Lee, Randolph, Madison qui, eux, voyaient loin par delà les questions de rancune et de sympathie, l’avenir d’une grande nation libre et qui s'étaient ralliés avec enthousiasme à l’idée de l’indépendance. Ils étaient, en outre, aussi intransigeants que les Puritains sur le principe des libertés constitutionnelles et s'op-

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posaient énergiquement à l'impôt sans la représentation. Ajoutons que la manière dont l’Angleterre stimulait le commerce des marchands d’esclaves, constituait depuis plusieurs années, une entrave à la prospérité d’un bon nombre des planteurs de la Virginie, La population noire d’importation ancienne s’était développée très rapidement, et les grands propriétaires qui possédaient plus d'esclaves qu’ils n’en pouvaient raisonnablement garder avec profit, étaient empèchés de les vendre dans les Carolines ou la Géorgie en raison de la concurrence de ces marchands, À l’époque de la querre, beaucoup de Virginiens étaient débiteurs envers des maisons de commerce de Londres de sommes très considérables qu’ils ne pouvaient solder.

Les Irlandais avaient à venger des siècles d'oppression, de pillage et de massacres.

C’est dans la Nouvelle-Angleterre cependant que l’idée de l’indépendance avait germé et s’était développée tout d’abord.

« Dès 1735, dit Charles Wesley, voici déjà le langage que l’on tenait à Boston : « Il nous faut secouer le joug anglais, nous ne serons jamais un peuple libre tant que nous n’aurons pas secoué le joug anglais ».

Une brochure publiée vers le même temps, dans la capitale du Massachusetts, proclamait « que la terre appartenait aux colons du droit de conquête ou d'achat des Indiens, que c’était de

leur propre mouvement que ces colons s'étaient mis sous la protection de l’Anyleterre, que les rapports mutuels qui naissaient de cette connexion avaient été définis dans des chartes et que jamais le droit d'exiger ou d'imposer un revenu n’y avait été compris ».

À partir de l’ouverture du long-parlement, l'autorité d’une charte, d’une législature, d’une assemblée populaire s'était imposée aux Puritains comme un dogme de foi ; et l’on sait que leur foi était intransigeante.

Alors que le roi d'Angleterre entravait per tous les moyens, le commerce et l’industrie des colons, des vieillards existaient encore qui se rappelaient avoir entendu raconter dans leur jeunesse comment les Communes avaient renversé Charles 1+, fondé une république et comment, dans la mère-patric, le parlement avait établi son autorité au-dessus de celle du souverain luimême.

Quel que füt l'amour de la fortune, l’âpreté au qain des habitants de la Nouvelle-Angleterre, il est certain que les désavantages matériels provenant des restrictions imposées au commerce, des impôts et de la loi du timbre ne venaient qu'au second rang dans leurs griefs. La question du principe de liberté mis en échec primait toutes les autres coisidérations. Le baron de Kalb envoyé par le gouvernement français pour étudier l'état de l'opinion en Amérique, écrivait au duc

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de Choiseul (1): « Il me semble que la Cour de Londres entend mal ses intérêts. Si le roi demandait aux colonies des sommes beaucoup plus fortes que le produit de ces taxes, (sur ie papier et sur le verre) elles seraient accordées sans balancer, pourvu qu’on leur laissât la liberté de se taxer elles-mêmes et qu’on les laissât jouir du droit de sujets libres qui ne donnent leur argent que de leur consentement ».

L'intérêt particulier s’ajoutait un peu partout aux raisons d'ordre général, car dans toutes les provinces, nombre de colons possédaient des terres sans titres officiels et craignaient qu’un jour, l'Angleterre ne leur en demandât compte.

Il ne manqua pas, surtout dans la Virginie, le New-York, les Carolines, le New-Jersey et, de fait, dans toutes les provinces, de loyalistes ou de {ories, comme on les appelait, qui restèrent fidèles à la mère patrie et refusèrent de se joindre «ux rebelles. La haine de l’Angleterre et le ressentiment des griefs qu’on avait contre elle, n’allaient pas sans une certaine somme de déférence et d'admiration, surtout peut-être chez les descendants des peuples qu’elle avait vaincus, Irlandais et Ecossais, et Franklin pouvait dire sans trop d’exageration devant le parlement anglais : « Un homme né en Angleterre est toujours regardé, en Amérique, avec un respect par-

1, Le 25 février 1768.

ticulier. Etre un Anglais de vieille souche est une distinction honorifique et donne en Amérique une sorte de rang ».

Un bon nombre de tories émigrèrent au Canada où on leur distribua les terres des malheureux Acadiens déportés.

Comme il n’y avait pas de grandes villes, il n'existait nulle part, à proprement parler, de foyer prépondérant d'opinion. Cependant New- York s’annonçait déjà comme future métropole, son commerce était considérable et l'esprit politique de ses habitants se montrait très ardent ; il est vrai que beaucoup d’entre eux étaient favorables à l'Angleterre. A Boston, les Puritains mettaient à repousser les empiètements du gouvernement royal tout l'entêtement, toute l’énergie qui les caractérisait et c’est là que les hostilités commencèrent : cette ville était à cette époque, comme elle l’est encore aujourd’hui, le centre intellectuel par excellence du jeune pays.

Philadelphie dont les progrès avaient été merveilleux pendant les trente dernières années, où l’élément irlandais enthousiaste et combatif, dominait, dont la situation était centrale et où régnait une tolérance religieuse absolue, était destinée à devenir la première capitale fédérale de l’Union. L’atmosphère qui était à Philadelphie plus qu’en toute autre ville des provinces, remplie de haine pour l'Angleterre constituait un milieu propice aux

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délibérations d’une assemblée révolutionnaire et propre à stimuler l’ardeur de ses membres.

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En dehors de la publication dans la Nouvelle- Angleterre de quelques pamphlets anonymes et de certains articles de journaux d’avant-garde, il ne fut presque jamais question publiquement de , l'indépendance des colonies, avant les premières hostilités. Les pétitions envoyées à Londres, de 1760 à 1775, tout en revendiquant énergiquement les droits garantis aux provinces par leurs chartes, restaient remplies de protestations de fidélité et les hommes publics ne faisaient à l’éventualité d'une révolte que des allusions lointaines.

En Europe, au contraire, depuis assez longtemps déjà tous les esprits prévoyants avaient prédit ce qui devait arriver. Kalm,en 1744, fait celte observation (1) : « Les habitants des colonies anglaises se querellent avec leurs qouverneurs et ne s'entendent pas entre eux, de sorte qu’ils ne sont pas forts contre un ennemi commun. C’est grâce à cela, que les Français du Canada qui sont en nombres insignifiants, comparés aux Anglais, obtiennent des avantages dans la querre ». Et il ajoute : « Probablement aussi que l’Angle-

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