‹ L'âme américaine [microforme]Chapitre 71 sur 121 · Op. cit · texte numérisé non relu

Op. cit

boisseaux de grain ». Il y avait beaucoup de misère dans les villes ; les procès, les saisies abondaient et les agents d’affaires etusuriers profitaient comme toujours, de la pénurie générale, pour exagérer leurs exigences.

On n’avait pas encore eu le temps de voter des lois pour la réglementation du commerce, et en attendant, les Anglais encombraient les Etats- Unis de leurs marchandises.

En un mot, tout était confusion, désordre, incohérence, et il semblait que l’on fût à la veille de l’anarchie.

Rétablir l’ordre et la légalité; unir par des liens d'intérêt commun et de sympathie plusieurs groupes étrangers ou hostiles les uns aux autres; obtenir de chacun les concessions nécessaires ; solder des dettes considérables ; reconstituer un trésor ruiné ; ouvrir des voies au commerce, telle était la tâche qui s’imposait tout d’abord aux membres du Congrès.

Il fallait encore, en prévision de l'avenir qui s’ouvrait, façonner à la nation un moule si large que des éléments venus de tous les coins du monde pussent y prendre place et s’y développer à l’aise. Il fallait trouver pour la direction et la conduite des affaires publiques, des formules si absolument conformes aux tendances et aux intérêts constants de la nature humaine, qu’elles pussent être appliquées par des populations d’émigrés de vingt pays divers.

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Bien peu d'hommes dans les masses devaient avoir à cette époque la vision grandiose d’une république s’étendant sur plus de la moitié d’un continent et qui servirait de refuge aux malheureux et aux indigents du Vieux-Monde ; il fallait ouvrir l'esprit du peuple à ces vastes espoirs, afin d'obtenir sa collaboration efficace.

Les hommes de la Révolution se son, montrés à la hauteur de leur tâche et, pendeut un quart de siècle, restés constamment sur la brèche, ils ont prêché la parole de paix, d'union, de soli larité, de fraternité.

Ainsi se sont réalisés aux Etats-Unis quelquesuns des axiomes formulés par les penseurs, sur les phénomènes qui accompagnent et suivent les révolutions :

« Ne remuez pas le fond d’une nation, a-t-on dit, car alors les éléments malsains et dangereux qu’il renferme, remontent à la surface ».

« Presque toujours, les cataclysmes qui bouleversent la vie des peuples font surgir les grands hommes nécessaires ».

« À la suite des époques de grandes commotions, les mes sont dans un état de réceptivité et toute semence qu'on y jettera, bonne ou mauvaise, y devra germer ».

Nous avons vu que si aucun élément dangereux n'avait surgi du fond de la nation, les passions turbulentes et l’esprit d'indiscipline s’étaient donné libre cours. Une pléiade d'hommes émi-

nents, comme il a rarement été donné au monde d’en contempler autant, réunis au même endroit et vivant à la même époque, s’était levée à l'horizon de la République. En dépit de l’égoïsme ambiant, Washington et ses collaborateurs trouvaient un terrain bien préparé. Pendant sept années d’une guerre où s'était joué l'avenir de la patrie, les Âmes avaient été remuées, elles avaient vibré aux saints enthousiasmes, elles s’étaient élevées, pendant quelques instants au moins, à la compréhension du dévouement et du sacrifice ; une vie supérieure s'était affirmée en elles, elles étaient prêtes à recevoir la bonne semence.

Il fallait profiter de ces dispositions heureuses, pour établir la justice et la tolérance sur les bases inébranlables que constituent pour tout homme né en pays britannique, des lois écrites, des préceptes édictés par un parlement ou une législature. Jefferson qui a joué, après Washington, le rôle le plus important dans l’établissement de l’Union, l’avait compris ainsi. Ne se sentant pas la vocation militaire, il s’était appliqué pendant la querre, dans la législature de la Virginie où il jouissait d’une grande influence, à combattre toute réaction royaliste, à extirper tous les germes de centralisation à outrance et à assurer les libertés locales.

Il s’était efforcé de faire abolir dans cet Etat, la religion établie, le droit d’aînesse, les substitutions et toutes les lois qui auraient pu mettre

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obstacle au bon fonctionnement de la constitution idéale qu'il rêvait de faire adopter par l’Union.

« Les chaînes qui n’auront pas été brisées à la fin de cette guerre, disait-il (1), subsisteront longtemps et deviendront de plus en plus lourdes jusqu’à ce qu’enfin nos droits revivent ou succombent, au milieu des convulsions politiques ».

Les tendances rovalistes de certains groupes de la population res. 1enttrès marquées, principalement dans le Sud et à l’issue de la guerre un nombre considérable d'officiers de l’armée avaient offert la couronne à Washington. Le colonel Lewis Nicola qui s'était fait l'interprète de ses collègues, auprès du dictateur, reçut de celui-ci la réponse suivante, admirable de patriotisme, de désintéressement et de sincérité.

« C’est avec un mélange de surprise et de douleur que j'ai lu attentivement les pensées que vous m’avez soumises. Soyez en bien sûr, monsieur, aucun événement dans le cours de cette guerre ne m’a autant affligé que d’apprendre par vous que de telles idées circulent dans l’armée ; je dois les regarder avec horreur et les condam-

* ner sévèrement... Je cherche en vain ce qui dans

ma conduite, a pu encourager une proposition

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