‹ L'âme américaine [microforme]Chapitre 72 sur 121 · MacMaster, op. cit., vol, III, p · texte numérisé non relu

MacMaster, op. cit., vol, III, p

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L'Union se faisait, peu à peu, entre les difiérents groupes de la population, de l’œuvre d’émancipation et de législation accomplie en commun, des intérêts généraux identiques, des mèmes aspirations vers lavenir. Elle se fortifiait des leçons de civisme données par les orateurs et les hommes d'Etat du haut de la tribune du Congrès et qui s’adressaient indistinctement à tous les citoyens.

D’autres facteurs secondaires contribuèrent encore à la cimenter; ce furent des ailections et des haines, des emballements passagers, des courants enthousiastes de sympathie ou d’animosité qui, à certains moments, inclinèrent uniformément tous les cœurs dans le même sens ou les divisèreat en deux fractions puissantes, indépendamment des Eimites d'Etats ou de villes, de la diversité d’origine ou de religion.

Le premier sentiment collectif qui se fit jour, pendant et après la querre, ce fut l’hostilité contre les Loyalistes.

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dans la Pennsylvanie, les Loyalistes avaient un parti important dans les Carolines, la Géorgie, le Delaware et le New-Jersey et étaient puissants à New-York, où. pendant l’occupation par l’armée anglaise, ils avaient persécuté les « rebelles ».

Ces derniers, dès que la paix eut été signée, voulurent prendre leur revanche et l'opinion du pays tout entier les approuva bruyamment. On vit, à plusieurs reprises, des malheureux fortes enduits de goudron, roulés dans la plume et chassés dans ce costume à travers les rues de la ville, aux acclamations de la foule (1).

2e sentiment servit en quelque sorte de base à la première division des partis qui se fit, après le vote de la Constitution. Washington, Hamilton, Jay et leurs amis furent accusés d’avoir des sympathies pour l'Angleterre, de rêver l'établissement d’un gouvernement aristocratique aux Etats-Unis, de viser à une concentration absolue des pouvoirs; et le parti républicain dont Jefferson fut le chef se forma en opposition au parti de Washington et du qgouvernement qui prit le nom de fédéraliste.

1. Ce mode de châtiment parait avoir été en vogue aux Etats-Unis,à la fin du siècle dernier. Ainsi en 1791, les [rlandais de la Pennsylvanie qui s'opposaient à l'impôt sur le whisky firent subir le même sort aux agents äu fisc, envoyés par le congrès pour percevoir cet impôt.

Immédiatement aprèsla guerre, l’opinion publique se souleva contre les avocats et hommesde loi à qui l’on reprochait de s’enrichir aux dépens des travailleurs et de pressurer les populations. « Dé. Jies-vous des avocats ! » Tel était le mot d'ordre donné dans beaucoup de circonscriptions, lors des élections aux législatures.

« De toutes les aristocraties, disaient les journaux, l'aristocratie des avocats est la pire ».

Pendant la guerre, un grand nombre de citoyens avaient dû s’endetter, il s’agissait de paver maintenant, or le numéraire était rare et le papiermonnaie déprécié ; les Loyalistes réfugiés au Canada ou en Angleterre avaient des réclamations à faire valoir ; des difficultés s’élevaient au sujet de la validité des titres de certaines propriétés occupées par des colons, au cours des dernières années de la domination anglaise ;les avocats bénéficia'ent de tout cela. Il arriva souvent dansla Pennsylvanie et le New-York, qu'on les insulta dans les rues.

Ils étaient, paraît-il, excessivement nombreux. « Peut-être ne se trouve-t:l pas un seul pays au monde, disait Edmond Burke aa Parlement anglais, quelque temps après la querre, où l’on trouve autant de science légale. Ceux qui en font une carrière son t nombseux et puissants et dans la plupart des provinces ils donnent le ton. Toutes les personnes qui savent lire, et c’est le cas

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Un Anglais qui visitait les Etats-Unis plusieurs années plus tard,en 1818, M. J. Fearon (2),constate que « les avocats sont aussi communs aux Etats-Unis que les indigents en Angleterre ». « Sur 190 députés au Congrès, dit-il, 150 sont avocats. Les causes qui ont donné Ja vie à tant de procureurs sont en dehors de ma sphère de pénétration. Peut-être pouvons-nous attribuer la fréquence des procès, aux subtilités et à l’enchevêtrement de la procédure, basée sur les coutumes anglaises. Le bon marché de l’instruction secondaire permet aux artisans et aux ouvriers de gratifier leur vanité, en faisant de leurs fils des gens instruits ; linstruction ouvre à ceux-ci la porte des emplois et, soit dit en passant, les Américains sont de grands chasseurs d’emplois »,

La haine des Anglais fut le plus intense et le. plus persistant des sentiments collectifs qui pénétrèrent toute la nation, car depuis la querre jusqu'après 1812 des griefs nouveaux vinrent constamment l’exacerber.

L’Angleterre chercha par tous les moyens, à entraver les premiers efforts de la République.

1. Ici le grand orateur fait erreur, comme nous l'avons vu plus haut.

?, Skelches of America, p. 27,

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Ses journaux qui contribuaient puissamment à former l'opinion publique de l’Europe, sur ses anciennes colonies, faisaient tout en leur pouvoir pour déprécier les Etats-Unis et leur rendre difficile l’accès des marchés financiers. « Les journaux anglais, écrivait Jefferson le 28 août 1785, répètent sans cesse et avec tant d’unanimité les mêmes mensonges au sujet de l’anarchie, de la confusion, de la détresse qui règnent aux Etats-Unis, des banqueroutes qui s’y produisent, etc., qu’on y ajoute généralement foi en Europe ».

Dans toutes les parties de l’Union qui avaient été le théâtre des hostilités, les rancunes inséparables de l’occupation d’un pays par une armée ennemie, s'étaient nécessairement amassées au cœur des habitants; il s’y ajoutait chez les planteurs du Sud, le ressentiment des manœuvres employées par les Anglais dans le but d’exciter les esclaves à la révolte. Dans un article de la Déclaration de l'indépendance qui fut omis, lors de la rédaction définitive, Jefferson avait formulé ce grief en termes énergiques. « Le roi d’Angleterre, disait-il, a déclaré une querre cruelle à la nature humaine elle-même en violant les droits les plus sacrés de la vie et de la liberté chez des personnes appartenant à une nation étrangère, dont il n’a reçu aucune offense, en les enlevant et en les réduisant en esclavage dans un autre hémisphère... Et maintenant, il excite ces mêmes

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personnes à prendre les armes contre nous et à acheter la liberté dont il les a dépouillées, en assassinant les gens à qui il les a imposées ».

Les colons du littoral maritime furent longtemps à oublier les déprédations dont ils avaient eu à souffrir, au cours des sept années qu'avait duré la guerre. Ces déprédations, il est vrai, avaient eu pour résultat assez souvent d’agrandir le champ de la colonisation, mais les riverains n’en avaient aucune reconnaissance à leurs ennemis. Chastellux visitant le comté de Washington deux années après la querre, constate qu’un grand progrès y a été fait. « Ce progrès est dû en grande partie, dit-il, aux malheurs mêmes de la querre. En effet les Anglais étant maîtres de la mer, faisaient ou pouvaient faire des incursions sur toutes les côtes, ce qu'ils appelaient depredatory expeditions, expéditions de pillage, mais ce mot, honteux à adopter dans le vocabalaire de la guerre, ne désignait q''une petite partie des ravages qu'ils exerçaient ; le meurtre et l’incendie en étant toujours les suites funestes. Il est donc arrivé que les citoyens les plus aisés, c’est-à-dire ceux qui réunissant le commerce à l’agriculture, avaient leurs plantations près de la mer ou de l’embouchure des rivières, les ont abandonnées pour chercher dans l’intérieur des terres des demeures plus tranquilles ». (1)

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