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tence, les assoiffés de fortune rapide, tous ceux qui se sentent mal à l’aise sous la surveillance des committee men, tous ceux que la modicité de leur patrimoine ne satisfait pas s’en vont vers les territoires nouveaux. Il semble que l’on pourrait rééditer en la modifiant la parole de ce pasteur des premières années des colonies que j'ai déjà citée: « Dieu a passé au tamis tout un peuple, afin de /arsser un grain de choix dans ces Etats ». La population de la Nouvelle-Angivterre reste sobre et religieuse, ainsi que la trouveront plüs tard Hamilton, Tocqueville et tous les voyageurs qui l’ont visitée jusque vers le milieu de ce siècle.
Une partie non négligeable des colons de l'Ouest, mais évidemment moins considérable que ne l'ont affirmé certains auteurs, se composait de débiteurs désireux d'échapper à leurs créanciers, de gens ayant eu maille à partir avec la justice dans les anciennes provinces ouen Europe, et qui dans ces pays-frontières, se trouvaient en sécurité, de vagabonds, de criminels de tous genres et même d'assassins. Un peuple colonise toujours, a-t-on dit, par ses éléments les moins soumis aux lois, les plus turbulents, les plus aventureux, les plus énergiques.
L'anarchie qui a régné un peu partout immédiatement après la querre, se perpétue dans les ter-
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ritoires nouveaux, alars que depuis longtemps l’ordre a été rétabli dans les anciennes provinces. Si la Nouvelle-France a été conquise, les Indiens n’ont pas encore enterré la hache de querre ; se voyant envahir et repousser sans cesse par la civilisation, ils ne veulent pas être dépossédés sans sésistance et dans la région de l'Ohio, le Kentucky et le Tennesses ils harcèlent les colons, et dévastent leurs établissements. Comme je l’ai dit plus haut, ils sont poussés aux hostilités par les Anglais qui leur fournissent des armes.
L'Amérique n'avait pas alors cet agencement formidable et régulicr qu'est l’administration des grands Etats européens, elle ne l’a pas encore. Les terres de l'Ouest s’établissent au hasard des bonnes volontés et des initiatives individuelles ; les colons quels qu’aient été leurs antécédents, sont tous des propriétaires que leur intérêt porte à défendre les droits de la propriété ; il ya d’ailleurs dans l'âme de chacun d’eux une certaine loyauté, un sentiment de Fair Play quise plie mal peutêtre aux formes bureaucratiques, mais qui suffit aux besoins des pays neufs. Tous sont des forts, des vailiants, des hommes de lutte Le faib'e n’a rien à faire là et il n'y va pas. L'idéal de ces rudes pionniers est rudimentaire ; ils aiment la vie pour elle-même, la vie toute physique, toute brutale ; ils ont le goût de la violence, et des grands déploiements de force ; ils sont rusés et défiants, Fenimore Cooper qui a si bien décrit la
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vie de la forêt nous montre deux chasseurs se rencontrant dans le désert et s’approchant l'un de l’autre « à peu près avec la prudence ct la circonspection de deux navires qui s’approchent dans une mer qu’ils savent être infestée par des pirates ». [ls n’émigrent plus comme autrefois, avec leurs pasteurs et ne se qgroupent plus autour d'une église ; la religion occupe peu de place dans leur esprit.
On sait qu’à cette époque, les pasteurs qui avant la querre étaient généralement envoyés d'Angleterre, manquaient dans les anciennes colonies du Sud,
La vie est différente cependant dans les nouveaux territoires, en raison d2s éléments différents de population qui s’y donnent rendez-vous. Dans la région de l'Ohio que peuplent surtout des colons d’origine allemande venus de la Pennsylvanie, du Delaware, du New-Jersey avec certains contingents de la Nouvelle-Angleterre, elle estfiévreuse, active, intéressée, mais peu bruyante; l’ordre s’y établit de suite, tout naturellement, des gouvernements locaux sont rxpilement constitués, des prédicants y viennent presque immédiatement grouper des congrégations. Ces établissements qui seront bientôt prospères et florissants n’ont pas d’histoire. Les colons s’y rendent généralement en nombre. On voit passer à travers la Pennsylvanie et le New-York, des caravanes de deux ou trois cents personnes, hommes
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femmes et enfants, conduisant des troupeaux de vaches et de moutons, suivant de lourds chariots à quatre chevaux, recouverts de toile et chargés de meubles grossiers et d'instruments d’agriculture. Les voyages durent quelquefois jusqu’à deux mois. Arrivés à l’endroit qui leur a été désigné, ils choisissent le terrain qui leur convient le mieux et comme les Germains de Tacite, Colunt discreti ac diversi, ut fons, ul campus, ul nemus placurk.
Mais en même temps, la spéculation fait rage, les agents d'affaires et les hommes de loi sont là souvent pour prélever leur tribut sur le travail des courageux pionniers, entraîner les naïfs et les confiants dans l’enchevêtrement de procédures coûteuses et profiter par tous les moyens, de l'absence d’un gouvernement régulier. Ils enlèvent à cette vie primitive ce qu’elle pourrait avoir d’idyllique et de patriarcal.
Ajoutons cependant que ce sont ces spéculateurs qui attirent dans l'Ouest, le flot de l’émigration ; ce sont eux qui publient et distribuent des prospectus alléchants décrivant comme des Eden les régions à coloniser, qui indiquent les routes à suivre et les moyens de communication. Tant pis pour les victimes ! Il en sera ainsi d’ailleurs tout le long de l’histoire américaine.
Faeron (1) qui visite l'Illinois en 1818, divise
1, Sketches of America, p. 30).
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la population de cet Etat en quatre catégories : 1° Les Indiens; 2° Des pionniers demi-civilisés,demisauvages ; 3° Un « amalgame » de spéculateurs en terrains, d'avocats, de docteurs et de cultivateurs fondant des établissements et s’engageant dans toutes sortes de spéculations ; 4° un certain nombre d’anciens colons français possédant de vastes propriétés et vivant dans laisance et Île confort ».
Lors du traité de 1783, il y avait dans la vallée du Mississipi et à Détroit, un peu plus de 12.000 catholiques canadiens-français.
Dans les territoires peuplés par les gens du Sud la Géorgie, le Tennessee, le Kentucky, la vie avais uu caractère tout différent; les Petits Blancs de Maryland, de la Viryinie et des Carolines y avaient introduit leurs habitudes ; ils jouaient aux cartes buvaient, pariaient, faisaient battre des coqs et pa querellaient. Une pratique qui consistait à arracher dextrement un œil à son adversaire (Gauging) était très en honneur. is
« Chaque fier-à-bras, (bully) (1) laissait dans ce but croître d’une façon démesurée, l’ongle de son pouce ou de son inilex, et lorsqu'il avait renversé son adversaire, il ne manquait pas de lui faire cette opération, à moins que celui-ci ne