‹ L'âme bretonne (volume 2)Chapitre 1 sur 53 · A MAURICE BARBES · texte numérisé non relu

A MAURICE BARBES

Je voulais vous dédier ce livre. Barres, le quatrième d'une série ouverte il y a tantôt vingt-cinq ans — et probablement le dernier : ce sont vos mânes qui le recevront. Qifils lui soient indulgents !

J'envie Henry Bordeaux, André Hallays, François Le Grix, peloton choisi qui vaus fit une suprême garde d'honneur jusqu'au cimetière de Charmes... Pour oser me joindre à ces privilégiés, il aurait fallu qu'on m'en priât et je n'avais que votre invitation lointaine, bien que plusieurs fais renouvelée, à veriir goûter quelque jour auprès de vous la douceur de l'automne lorrain.

Répondrai-je encore à cette invitation ? Peut-être, Mais je prendrai garde que ce ne soit pas le jour où des délégations officielles se rendront vers vous; je viendrai seul avec un petit rameau d'or coupé dans /tf lande bretonne et qui renouvellera peut-être le miracle de ce rameau de Circé, par qui le subtil V lys se put évoquer les mânes du devin Tirés ias et s'entretenir familièrement avec eux. Ombre légère, v;cnis m' apparaîtrez, non j)lus tel que je vous vis à l'une de nos dernières rencontres, devant la librairie Crès, sur le bord du trottoir, tendanJ au bout d'un long cou maigre un profil étannamment busqué

Tl A MAURICE BARRES

de gypaète et si pareil en vérité à Vun de ces hôtes des grandes altitudes que je n eusse pas été autreiment surpris quand votre manteau se serait gonflé et vous eût emporté comme une aile vers les deux niaugrabins. « // serait bien oiseux de disputer si Von n'a pas vécu auparavant, si Vâme n'a pas eu d'existence antérieure, » remarque quelque part Edgard Poe. « Tel le nie ; bon ! Je suis convaincu et ne cherche point à convaincre. » .Yi moi non plus, bien qu'un vieux fonds de crédulité celtique me porte à penser que tou^ n'est pas vain dans les rêveries des bardes sur la métempsychose. Taliésin, au premier stade de sa triple existence, disait avoir été daim tacheté. Et V indice animalesque est si criant chez tant de nos conternporains !

Mais le Barres que f évoquerai ne sera pas ce Barres de la fin, réalisé dans son type altitudinaire et spécifique, le Barres qui s'était perdu de vue et à qm les choses et les êtres n' apparaissaient plus que sous leur aspect d'éternité, comme des poijits à peine perceptibles sur la vaste face d'un horizon à la proportion de son âme. Ce sera le Barres de la vingt-quatrième année, sceptique, charmant, presque ingénu., même un peu gauche, d'avoir été tourné en ridicule devant ses camarades par d'ignares pédants de collège, et cependanJ si conscient de son génie, si avid€ de domination, s-i décidé déjà, fût-ce en violentant le destin^, à pli€r l'univers au rythme des battements de son cœur / Quelques études dans des revues obscures, les quatre numéros des Taches d'encre et une collaboration intermittente au Voltaire sous forme de chroniques ou de fantaisies dialoguées, c'était., comme omi dit, tout son bagage avec un livre inachevé et encore sans titre, quà n^ était pas tout à fait un rmnan, ni tout à fait un essai de psychologie^

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