A MAURICE BARRES VII
mcàs une sorte de voyage à la découverte de son « moi '). Littérature d'un placement difficile ! Peu de revenus, en outre, assez pour vivre, pas assez pour échapper aux basses contraintes où nous plie un état de fortune médiocre et dont on ne se satisfait point d'ailleurs, quand on est un Julien Sorel — ou un Barrés et qu'on veut avoir toute licence de caresser renaniemiement « sa petite pensée ! »
Car s'il pourra se dire un jour du Christ, il est surtout de Renan à cette éjmque, mais avec des démangeaisons de hdtonner ce maître qui l'enchante et qid Vagace à la fois par ses « phrases i?isidieiises à réticen/res », sa « souriante hypocris'ie », son « iynpudence à faire accepter des âmes simples les plus parfaites imnwraliti's ». H lui sait gré, sans doute, d'avoir sauvé le divin du naufrage de la divinité et il y a des jours cependant où par réaction, énervement de cette stérile et décevante métaphysique, il se ferait volontiers tolstoisant, chercherait « Vassoupissetnent délicieux dans l'universelle bonté » et instaurerait la dictature du cœur sur les ruines de la raison. Ces velléités ne durent (jvère et, dans le même article quelquefois, sans se soucier de mettre une apparence de liaison dans ses idées, il revient à son nihilisme renanien; il raffine même sur son nhpdèle : hors des songeries et d^s mots qiCuiie m,ain légère éparpille, tout est vain, et lui qui entendra, dans \otre-Dame, les grandes houles des orgues déferler sur son cercueil, lui qu environneront , sous la croisée des merveilleuses ogives, pareilles à de longs doigts exaltés qui se joignent pour la prière, la pompe des obsèques officielles et toutes les solennités de la liturgie, il demande qu'on « laisse tomber » ce cadavre en pierre de la foi catholique, qu'aucun orateur sacré n'y soit plus admis à prendre la
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parole et qu'on en. fasse, comme de V Athènes d'Hypathie, « une ruine harmonieuse », — un m.usée des religions.
Il n'y a pas de page plus délibérément et, si Von peut dire, plus tranquillement sacrilège dans toute Vœuvre de Barrés. Mais qui choquerait-elle alors ? C'est le ton général : de Leconte de Lisle à Zola, toute la littérature est athée, à deux ou trois eocceptions près, Barbey, Villiers de Vlsle-Adam, dont personne ne prend au sérieux le catholicisme baudelairien, et un nouveau venu au masque inquiétant de rôdeur nocturne qui bat sa coulpe à Vécart et confesse naïvement la foi de son enfance, Paul Verlaine. Mais en celui-là non plus, Barres, sans contester sa sincérité, ne veut voir davantage qu'un « bon fils de Baudelaire », un théoricien, à peine plus raffiné, de la « vraie débauche intellectuelle », ramassée dans les vers fameux :
Il faut netre pas dupe en ce farceur de monde Où le bonheur n'a rien d'exquis et d'alléchant. S'il n'y frétille un peu de pervers et d'immonde Et, pour n'être pas dupe, il faut être méchant.
Ses vrais dieux, au-dessous de Renan et avec Baudelaire, ce sont les analystes, Gœthe, Benjamin Constant, Sainte-Beuve [le Sainle-Beuve de Volupté), Stendahl, Taine, Amiel et, plus tard seulement, et sur des autels plus couverts, parce qu'ils sont de ces dieux brûlants — et indiscrets — qui laissent un reflet trop vif sur la face de leurs adorateurs, les grands lyriques de la prose, Michelet et ce Chateaubriand dont il avait pourtant dit déjà, dans un article de La Suisse romande du 15 mai 1885, que ses Mémoires d'Outre-Tombe sont « le chef d' œuvre de style devant lequel tout écrivain se dait agenouiller à ses heures
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de défaillance. » Quand il répondra, quelqi/es années après, à un reporter curieux de ses « idéaux » et qui Ivi demande ce qu'il x^eut être : « Chateaubriand... Gif rien », // deroilera le reste de .so?i secret Mais lui-même ne le tient pus encore, il hésite sur ses directions., il n'a pas fini de décrire ses orbes. Peu importe au demeurant : je ne fais pas ici r/iistoire d'un esprit ; je saute les transitions jusqu'au Barres qui croit avoir enfin trouvé sur la lande de Combourg son orie/itation et sa formule. C'est l'été : les hirondelles rasent l'étany ; la chaleur accable. Un pèlerin chemine sitr la digue vers la poterne d'un Toide et triste manoir féodal, pénètre sous ses voûtes. Est-ce René ? Presque, puisque c'est vous. Barrés.
« Fils des romantiques, écriviez-vous, je rentre dans ma maison de famille et je sonne à l'huis d'un château, survivance du passé, où je reconnais en même tetnqys le principe de mon activité littéraire. »
Et, dès lors que vous le dites, nous aurions mauvaise grâce à ne pas vous en croire. Mais enfin, on ne saurait aller contre, c'est par Rosmapamon que l'ious êtes venu à Combourg, et peut-être n'était-ce pas l'itinéraire le j)lus direct. Seulement, en 1886, v avait-il U7ie route directe sur Combourg pour un jeune Lorrain dilettante, misanthrope et incroyant ? Toutes ses préférences au contraire et le vent du siècle l'appelaient à Rosmapamon.
Vous vous souvenez. Barrés, de cette soirée de fête nationale où, en compagnie de Jules Tellier et de Charles Frémine, à une terrasse de la Source, je promis de vous y mener le mois suivant? Paul Bourg et observe avec beaucoup de justesse que chez vous l'enrichissement in.troS])ectif fut précédé d'un enrichissement par les voyages : voyager, au fond, n'était qu'une façon d'apprendre à vous mieux connaître et