J36 LA MAISON MORTUAIRE
nesse pourtant, n'a aucun souvenir du prédécesseur qu'on veut lui donner. En outre, M. Jacques Bertillon tient de son père, médecin à Montmorency, qu'il vit un jour « entrer dans son jardin, sur un cheval couvert de sueur, une belle jeune fille, le visage baigné de larmes, ses cheveux inondant ses épaules ». C'était une des demoiselles Souvestre, dont le père « habitait Soisy » et qui venait le supplier d'accourir auprès de l'auteur des Derniers Bretons frappé d'apoplexie. Touché de cet accent et par le désordre pathétique de sa visiteuse, l'excellent praticien ne voulut même pas, à en croire M. Jacques Bertillon, « perdre le peu de temps nécessaire pour seller son propre cheval. Il était vigoureux et très alerte; il sauta sur le cheval de M"^ Souvestre et la prit en croupe. Quand il arriva, le pauvre Souvestre était mort».
Il était mort. Mais où était-il mort ? A Soisy, comme l'assure M. Bertillon ? A Montmorency, comme l'affirme M. Ponsin ? M""" Beau-Souvestre, consultée, ne put tout d'abord se prononcer.
« J'étais alors presque une enfant, écrivait-elle à Léon Durocher, et, quoique cette demeure (il s'agit de celle où est mort son père) soit associée dans ma pensée à des heures tragiques, le nom de la rue, le numéro de la maison sont bien effacés de ma mémoire, et je ne vois aucun moyen de reconstituer ce passé ».
Un peu plus tard, M"*^ Beau se montra plus affirmative. Ayant eu connaissance par notre confrère du récit de M. Jacques Bertillon, elle fit subir à ce récit un petit travail de mise au point qui semblait propre à tout concilier. M™^ Beau était en effet cette même demoiselle Souvestre que le chef des travaux anthropométriques de la ville de Paris nous peint
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accourant chez son père, comme une héroïne de Feuillet ou de George Sand, « sur un cheval couvert de sueur, ses cheveux inondant ses épaules, etc. » M""- Beau ne conteste point le cheval, mais elle craint pourtant que l'anecdote, exacte dans son fonds, ne se soit « parée », chez M. Bertillon, d'un certain « romanesque ».
« Je puis dès maintenant, écrivait-elle à M. Durocher, le 31 août 1909, situer ahsolument la maison habitée par mon père rue Grétry, où nous avons passé deux saisons d'été en deux maisons différentes. Une première année, nous demeurâmes Maison des Bains (où habitait aussi, dans un pavillon en recul, Rachel); l'année suivante, un peu plus loin du centre de Montmorency et du même côté de la rue. Peut-être ces très faibles renseignements, mais très exacts, pourront-ils fixer votre religion. Il ne serait pas surprenant que la vieille masure, que M. Le Jean (un des auteurs de la Biographie Bretonne, qui avait fait visite à Souvestre quelques années auparavant et qui pai'lo de cette visite dans sa notice) décore du titre de « joli cottage », ait été remplacée par une maison habitable; il est certain qu'elle ne peut plus être debout et que le seul emplacement peut être recherché et déterminé ».
Plus heureux que Léon Durocher, M. de Gourcuff est-il parvenu à « déterminer » cet emplacement ? Nous aimerions fort le savoir. Comme on l'a déjcà fait remarquer ci-dessus, le numéro 22 de la rue Grétrv, où M. Ponsin et la tradition locale veulent que soit mort Souvestre, date de 1848, époque où la maison fut bâtie par un certain M. Court au lieu dit « Le Clos Divat ». Voilà qui ne s'accorde guère avec l'affirmation de M"" Beau-Souvestre, laquelle assure que la maison où est mort son père « ne peut plus