‹ L'âme bretonne (volume 2)Chapitre 32 sur 53 · LA MAISON MORTUAIRE · texte numérisé non relu

LA MAISON MORTUAIRE

être debout » et a dû être « remplacée » par une autre maison. Si M. de Gourcuff a découvert cette maison, tout va bien; s'il ne Ta point fait, on est en droit de juger assez sévèrement sa tentative, qui n'allait à rien moins qu'à dépouiller M. Durocher des fruits d'une laborieuse enquête.

En retour et sur la nature même de l'hommage rendu à l'auteur des Derniers Bretons, je suis tout à fait à mon aise pour louer M. de Gourcuff et le féliciter de ses efïorts. L'orateur qu'il avait choisi pour célébrer Souvestre n'a pu manquer de s'acquitter de cette tâche avec son talent habituel. C'était M. Camille Le Senne, l'inventeur du « feuilleton parlé » et l'un de nos critiques les plus avertis.

Je doute pourtant que M. Le Senne, très compétent pour disserter du Souvestre romancier et auteur dramatique, ait été aussi bien renseigné sur un troisième Souvestre moins répandu, moins accessible aux esprits parisiens et qu'on peut appeler le Souvestre traditionnaliste. Or, c'est ce Souvestre et point d'autre qui a quelque chance de survivre et qu'on peut tenir sans trop d'exagération pour un précurseur. De la masse incroyable de romans à tendance piétiste accumulée par ce Breton dévoyé, s'il surnage quelque chose, c'est uniquement les livres où il abdique le ton prédicant et se contente de décrire sa province. On ne lira plus — et de fait qui donc dès aujourd'hui les lit ? — Un Philosophe sous les toits, le Mémorial de la Famille, les Soirées de Meudon, Sous la Tonnelle, le Mendiant de Saint- Roch, etc., etc. qu'on lira encore, au moins en Bretagne, le Foyer Breton, les Derniers Bretons, les

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Souvenirs d'un Bas-Breton. Excellents ouvrages qui suffisent amplement à la gloire de leur auteur ! Aussi bien ne sais-je pas d'écrivain chez qui le vieux mythe d'Antée trouve une application plus directe : chaque fois qu'il descendait de son évangélisme et touchait le granit natal, Souvestre recouvrait instantanément cette vigueur et cette saveur si remarquablement absentes du reste de son œuvre; dès que la « vertu celtique » ne le soutenait plus, il redevenait le plus fade, le plus lymphatique, le plus mortellement ennuyeux de tous les écrivains de sa génération.

Qu'on ait fait en Suisse un succès à cet écrivainlà, je le veux bien et je le conçois parfaitement. II n"est pas moins vrai que — littérairement parlant — le plus grave mécompte qui pouvait arriver à Souvestre était de déserter sa tradition et sa race. On n'a rien négligé autour de lui pour l'y aider et il me faut bien ajouter que le caractère même de l'auteur offrait une prise singulière à la passion zélatrice de ses nouveaux amis.

Que nous sommes loin de Renan et de l'heureux, du souriant tempérament trégorrois ! C'est un hasard qui a placé le berceau de Souvestre sur la rive droite du Queffleuc'h. Moralement et physiquement, rhomnie est léonard de la tète aux pieds; il a, de cette race austère et triste, le front carré et l'humeur puritaine. J'ai toujours été surpris que la Réforme ait fait si peu d'adeptes dans le Léon. Le clergé catholique, qui s'y est montré plus que partout ailleurs, au x\i* siècle, l'ennemi des danses et des chants, qui y a éteint toute inspiration profane, qui y a interdit les veillées, qui y a proscrit du costume féminin les galons et les colifichets, semblait préparer inconsciemment le terrain à quelque Wesley ou à quelque

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