‹ L'âme bretonneChapitre 17 sur 58 · LA « BRETAGNE » DE GUSTAVE GEFFRÛY · texte numérisé non relu

LA « BRETAGNE » DE GUSTAVE GEFFRÛY

pentes ; celles sur Paimpoat, « la Brocéliante des trouvères et des poètes », avec sa fontaine Baranton et « la pierre oîi Merlin et Viviane chuchotaient au crépuscule » ; celles sur la lande de Lanvaux, « immensité hostile, le plus violent et le plus terrible décor pour la mélancolie humaine » et tel que, par un soir de vent d'ouest, fouetté d'averses, on en rêverait aux imprécations du vieux Lear... S'il est impossible de citer toutes ces belles pages, du moins qu'on me permette de transcrire ici le bref et délicieux couplet sur la pluie bretonne :

« Il ne faut pas aller en Bretagne si l'on n'aime pas la pluie. Elle a son charme monotone. Elle repose de l'éclat 4u soleil, des couleurs nettes, des paysages trop vite aperçus. Elle embrouille tout sous ses écheveaux, qui sont ici presque invisibles, à ne pas trop savoir si c'est de l'eau qui tombe ou une brume qui erre. Elle crée une étendue mystérieuse où les formes surgissent lentement, laissant à deviner les collines, les arbres, les maisons, les rares passants. Elle est aussi la magicienne qui fait évaporer les parfums des feuillages et du sol, et c'est un délice que de respirer l'odeur des verdures et de la terre, à travers laquelle se joue la rude brise saline qui vient de la mer invisible. »

M. GefTroy excelle à ces impressions personnelles, comme aux larges et fortes généralisations qui condensent en une page, en dix lignes quelquefois, tout l'essentiel d'une ville ou d'une région. Des erreurs ? Des oublis ? Il y en a sans doute dans son livre — comme dans tous les livres du même genre — , mais

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CD très pelit nombre et sans grande importance (1). Les deux seules lacunes, un peu regrettables, que j'y ai constatées sont relatives à la chapelle des Sept-

(1) P. XIII, le pèlerinage à Perros-Guirec (indication donnée par le pliologiaphe) se passe en réalité à Porrosilamon, près Ploubazlanec. - Lannion (p. 96) n'a pas été bâtie sur l'emplacement du Yaudet, et pour rexcellenle raison que le Yaudet existe encore à Tembouchure du Léguer. Mais des traditions, d'ailleurs erronées, veulent que que le Yaudet se soit appelé autrefois Lexolne, que Lexobie ait été détruite parles Normands, que les habitants aient remonté le fleuve et, à 6 ou 7 kilomètres de là, fondé une nouvelle ville. — P. 97. Les scènes « bibliques » sculptées sur le portail de l'église de Perros-Guirec sont des scènes tirées de la vie de saint Efllam et du roi Artur. — L'Américain (p. 99) qui a bloqué Ploumanac'h entre des muis de circonvallation de 12 pieds de haut était en réalité un Polonais, M. Abakanowicz, dit Abdank, ami de l'illustre écrivain Sienkiewicz, qui aurait écrit, dans le castel gothique de Costérès, à l'entrée du petit fîord breton, les dernières pages de Quo Vadis. — Geneviève (p. 164), nom de l'épouse du roi Artur, est une forme peu acceptable de Gwenhwyvar, francisé par les trouvères en Genièvre. — L'église de Saint-Herbot (p. 25 i) est de la Renaissance, et le « gothique » y a peu de part. — L'évêque constitutionnel Audrein (p. 257) ne fut pas assassiné parles chouans au moment où il venait « prendre possession de son siège épiscopal )' ; élu évèque du Finistère à Quimper le 22 avril 1798 (3 floréal an YI) et sacré dans la nn-me ville le 22 juillet suivant ;4 thermidor), il se rendait à Morlaix par diligence quand il fut assassiné à la côte Saint-Hervé dans la nuit du 28 au 29 brumaire an IX (19-20 nov. 1800). — Certains noms propres bretons sont mal orthographiés : Kergenteuil lire : Kerguntuill, Cozlan (Coztan), Milian (Miliau), Plouezohr (Plouez'oc'h,) Mainlla (Marc'hallec'h), etc.

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Saints (près Plouaret, Côtes-du-Nord) — Tunique église de ma connaissance qui soit bâtie sur un dolmen encore existant et supportant l'un des bras du transept — et au calvaire de Pontchâteau (Loire-Inférieure), monument assez improprement baptisé, car il ne s'y agit point, comme dans les autres calvaires, d'une synthèse architecturale, mais bien d'une reconstitution topographique des principales scènes de la vie de Jésus (1). Ce calvaire colossal est à 4 kilomètres de la petite ville qui lui a donné son nom. Imaginez un tertre artificiel de 20 mètres de haut et de 000 mètres de circonférence d'oîi l'œil embrasse un des plus vastes horizons qui soient. Et quel horizon ! Trente-deux paroisses y dansent à l'aise autour de leurs trente-deux clochers. La mer scintille au loin A droite la fiévreuse Guérande, enlisée dans ses marécages, lève mélancoliquement sur l'eau morte les pierres grises de ses tours ; Saint-Gildas hérisse sur la gauche son échine de basaltes ; entre les collines ondulées du pays de Retz et le sillon de Bretagne, la Loire se traîne paresseusement ou rebrousse ses flots verts à l'approche du flux qui la couvre deux fois par jour. Berné, Campbon, Missillac, plaines tourbeuses, de culture moyenne, font la transition avec les âpres landes morbihannaises qu'on voit moutonner au dernier plan de l'horizon. Perpétuellement, sur ce sol humide, des brumes flottent à ras de terre, se déchirent, renouent leurs écharpes. Vaine fantasmagorie : pour le pèlerin en

1) Cf. LWme bretonne, l'"'" st-rie. Chap. : /es Grands calvaires de Bretagne.

LA « HinnACNb; » UE CUSTAVK CEKFHOV / /

mjirche dans leur direction, les (rois croix dn calvaire de Pontchàteau, toujours visibles, percent les hrotiillards les plus épais et ne cessent de planer luinineiisennenl sur le paysage, contime si elles participaient des vertus mystérieuses de ces croix de tlamines " environnées de mat'niliciues étendards » qui d(\scendircnl, raconte la tradition, le 11 janvier 1673, sur le sommet de la lande où le hieiilieurenx .Jean de Monttort, quelques années plus lard, devait jeter les londeinenls de sa Jérusalem bretonne, « représentation en trois parties des Mystères douloureux, joyeux et glorieux du Kosaire », immense fresque plastique dont il n'y a encore d'achevé, après deux siècles, que les Mystères de la passion et les Mystères joyeux...

On peut regretter que M. Gefïroy, quand il errait, aux portes de Guérande, sur les confins désolés de la Grande-Brière, n'ait pas poussé jusqu'à Pontchàteau. La Jérusalem bretonne valait bien un pèlerinage. Kt je sais bien que la Bretagne est un monde et que c'est miracle déjà que l'auteur lait pu faire tenir dans un in-quarto de 438 pages. Il en a dit du moins tous les aspects es-entiels ; il a fixé en traits inoubliables le visage de la charmeuse et triste province, un visage d'aïeule « qui n'a pas de pareil, dit-il, pour l'amertume résignée, la gaieté fine, la douceur héroïque. »

Ce visa^:e, je l'ai retrouvé chez beaucoup de vieilles Jiretonne-:, mais rarement plus fidèle et d'une expression plus :iL-complie que chez une émigrée octogénaire dont les b aux yeux vifs, la grâce et le sourire disaient réternellc j uinesse intérieure. Elle avait quitté depuis son mari.ige, depuis très longtemps, Plougonven, la

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