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Aiiil)ilit'u\ programme ! l'our lu remplii' — el il a t'ié rempli, même au-delà. — il fallait l'homme qu'est M. de Thézac (l).
Que n'avez vous pu, comme moi, le voir à l'ouvrage, là-bas, sur son petit yacht et dans son ermitage de Sainte-Marine, entre sa femmt! et ses chers enfants? Quand on m'introduisit dans son cabinet de travail, je crus pénétrer dans un roulîe de navire. La mer entrait de tous les côtés par les vitres ; des mouettes piaillaient dans le vent, se cognaient aux carreaux. Peu après nous mîmes à la voile pour le Guilvinec. Je retrouvai M. de Thézac en vareuse, coifï'é d'un bt'ret, chaussé de sabots comme un simple pécheur. Le yacht rdait grand largue, salué par les barquettes des sardiniers. Un matelot et mon hôte faisaient tout l'équipage. Et j'admirais comme cet homme si frêle, un peu voûté, aux tendres yeux de myope, était là dans son élément. Nous causions des Abris; je lui demandai quelques renseignements personnels Mais il esquivait la question, revenait toujours à ses chers amis les pécheurs, à leurs besoins, à leur vie d'héroïsme et de misère, aux affreuses tentations qui les guettent dans les ports. C'est une obsession chez lui. Il pousse la modestie, l'oubli de soi, jusqu'à l'effacement total : il est la bienfai.'^ance anonyme et d'autant
(1) Sur les services qu'ont rendus les Altris et ]>nrticulièrement à la cause Je l'anti-alcooiismc, consulter encoif Sur la Côte, chap. Lo Crise sardinière
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plus efficace qu'elle se laisse ignorer, qu'elle s'ignore peut-être elle-même. Barrés (l) raconte qu'un étranger, visitant, avec M. de Thézac, les Abris du Finistère, se scandalisait qu'aucun pécheur ne soulevât son béret sur le passage de l'excellent homme. «Emoi naïf, ditil, que nous eussions tout d'abord partagé et bien à tort ! Comment ne pas voir qu'ici l'effacement volontaire de l'apôtre était nécessaire au succès de l'apostolat? »
Il n'est pas Breton, pourtant ; il n'est même pas né sur la côte. Cette biographie qu'il s'obstinait à ne pas me fournir, j'ai pu, morceau par morceau, la reconstruire ; j'ai su ainsi qu'il était né à Orléans en 1862, qu'une myopie progressive interrompit de bonne heure ses études, qu'anémié, de constitution faible, il dut aller chercher la guérison sur les dunes de la Charente- Inférieure oîi, adolescent, il se prit d'une subite passion pour la u)er. A quinze ans, sur son canot à voiles, comme le héros de Jules Verne, il se lançait à travers les terribles coureaux de Saintonge. Les Saintongeois, qui n'en croyaient pas leurs yeux, ne voulaient point admettre que ce fût un petit Français qui poussât si loin l'audace et ils l'avaient surnommé le « capitaine américain ». En 1888, il avait fait deux fois la traversée d'Arcachon au Havre. Il vivait de la vie des pêcheurs, se pénétrait de leurs besoins. Et déjà il ne se
(i) Rapport sur les Prix de Vertu (1907). On sait que l'Académie française a décerné l'an passé un prix Montyon de 0000 francs à M. de Thézac qui en a consacré aussitôt le montant à l'acquisition d'un nouvel Abri.