‹ L'âme bretonneChapitre 47 sur 58 · CHEZ TAKI-V · texte numérisé non relu

CHEZ TAKI-V

l'invocation de saint Amphibalus ; la cathédrale de Caeriéon fuf consacre .^ à saint Âlban. Julian et Âaron eurent également leurs églises dans la ville, celle de saint Aaron desservie par un* collège de chanoines, celle de saint Julian par un chapitre de nonnes, dans le couvent desquelles la coupable épouse d'Ârtur vint s'ensevelir après sa faute (1).

Il n'y a plus trace aujourd'hui d'aucun de ces monuments, et l'on tient d'ailleurs pour probable qu'ils disparurent de bonne heure. Jusqu'au temps d'Artur, Caeriéon était demeuré le siège officiel et incontesté de la primatie britannique, et c'est à ce titre que le vénérable Dubric, archevêque-primat de Galles, y avait consacré le mariage du roi avec la blonde Genièvre, fille de Léodogran. Cent cinquante chevaliers, vêtus de blanc et tous affiliés à l'ordre de la Table- Ronde, assistaient au mariage. La scène, telle que la décrit Tennyson, est d'une majesté incomparable :

« Au loin brillaient les champs de mai... L'encens flottait ; les hymnes roulaient sous les voûtes avec un bruit de grandes eaux, cependant que, devant l'autel du Christ, les deux époux se juraient un éternel amour.

— « Voici ta destinée et la mienne, disait Artur. Advienne que pourra ! Je t'aime jusqu'à la mort. »

« Et, baissant les yeux, la reine disait :

— « Mon seigneur et roi, je t'aime jusqu'à la mort. » « Et saint Dubric étendit les mains :

— « Régnez et prospr'rpz et nimez, dit il. et rendez

(\) Tennyson place la scène à Almasbury.

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le monde meilleur. Et que ta reine, 6 Artur, soit une avec loi et que cet ordre de ta Table-Ronde remplisse l'espoir illimiié que tu as placé en lui ! «

Le vénérable confesseur, qui répandait sur le couple royal prosterné devant lui le miel de ces douces paroles, devait être le dernier primat de Caerléon : son successeur, saint David, qu'importunait le bruit des cités, transporta dans la solitude, à Méiiêvia (1), le siège de laprimatie des Galles.

Ce fut un coup terrible pour Caerléon. Les troublés qui marquèrent les dernières années d'Artur, puis les invasions saxonnes, précipitèrent sa décadence. Au douzième siècle cependant, époque où vivait Girald le Cambrien, Caerléon gardait encore un t-etlet de sa splendeur passée :

« On y voit, écrivait dans son Itinpvarhimi Cambrisp le Pausanias gallois, les ruines de plusieurs palais splendides, dont les toits dorés rivalisaient avec eeii.\ de Rome, une tour gigantesque, des bains, des débris de temples et un théâtre, dont les murs subsistent en partie. On y voit à l'intérieur et au dehors de l'enceinte des constructions souterraines, des aqueducs, des passages voûtés, et, ce qui me parut le plus remarquable, des tuyaux si habilement disposés qu'ils distribuaient leur chaleur à travers de petits trous cachés et imperceptibles. »

C'est ce que nous appelons aujourd'liui des calorifères. L'invention plongeait le bon Giràld daiis une

(1) C'est aujourd'hui Saint-David, Ty-Parid Aa. maison de David) en gallois.

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stupeur véritable. Elle a moins d'intérêt pour noUvS, et j'eusse préféré, quant à moi, que Girald nous donnât quelques détails sur le vieux puits miraculeux de saint Cadoc, dont l'orifice est resté visible dans le mur de soutènement où l'on a scellé la grille du cimetière

Ces puits sacrés jouaient un grand rôle dans les anciennes traditions religieuses des Gallois. Quatre encore sont en vénération particulière dans le peuple : ceux de sainte Tégla, de saint Elian, de saint Dwynwen, surtout celui de sainte Winefrède, la gracieuse vierge à qui Caradoc trancha la tête sur le seuil de l'église où elle courait chercher un refuge contre sa brutalité. La tête, dit la légende, roula le long des bas côtés jusqu'à l'autel où les parents de Winefrède étaient assemblés pour faire leurs dévotions. Saint Beino,qui se trouvait dans l'église, saisit la tête et la replaça si dextrement sur le corps de la vierge que, sans la minuscule raie rouge qui cernait le cou de Winefrède, on n'eût pas su dire l'endroit où il avait été séparé du tronc. Bien entendu, l'infâme Caradoc fut englouti surplace et, pour commémorer son crime et la résistance de Winefrède, une source miraculeuse jaillit au point même où la tête était tombée, qui montre encore, à travers la limpidité de ses eaux, le sang pur de la vierge se détachant en plaques roses sur un lit de conferves et de sable.

Beaucoup de Gallois, même parmi les méthodistes, ont gardé pour ce puits une dévotion singulière. Ils s y rendent en pèlerinage des extrémités du pays (l).

(1) Le mouvement des pèlerins s'était quelque peu ra-

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Moins favorisé, le puils de saint Cadoc n'attire plus aucun pèlerin, et il est vrai que l'église oflicielle s'est avisée d'une mesure radicale pour tarir à jamais ses vertus : elle a comblé le trou, bouché l'orifice et encastré dans un mur de soutènement l'arcaturc qui le surmontait.

A défaut d'un pieux zélateur, quelque antiquaire le remettra peut-être au jour en même temps que l'amphithéâtre où mon guide me conduisit après notre visite à l'église.

Je doute qu'à première vue et si l'on ne m'avait point averti de la destination initiale de cette grande cuve elliptique, à qui un statisticien scrupuleux confère 222 pieds de long sur 190 de large, j'y eusse découvert plus et mieux qu'un abreuvoir desséché. L'herbe la bourrait; des vaches paissaient à côté. L'une d'elles était même descendue dans le proscenium où, gagnée de somnolence, les jambes molles, elle s'émouchait à petits coups.

— La Table-Ronde 1 me dit mon guide.

Et qu'Artur se fût avisé de tenir là les assises de son ordre, il n'y aurait rien d'impossible en effet, si l'ordre de la Table-Ronde avait jamais eu quelque authenticité. Vraisemblablement ce petit chef de bande cambrien dont l'existence n'est plus contestée parpersonne, mais que l'imagination celtique a démesurément amplifié, ne manqua pas d'approprier à son usage

lenti dans la seconde moitié du XIX*^ siècle. Mais il a repris depuis quelques années, sur l'initiative du P. Beauclair, abbé de Sainte-Winefrède.

personnel les monuments et les travaux de I ou tes sortes exécutés par les Romains à Caerléon : il utilisa l'enceinte de la ville, îes tours, lespouts, l'amphithéâtre et cette magnifique chaussée qui lui permettait, par le Fosway, de pousser jusqu'à CadburgMount, près d'Ilchester, où quelques traditions situent son autre résidence célèbre de Camelot.

Y ajotita-t-il de son propre ? C est plus douteux. M. Baret a très bien montré que 1 idée fondaiiienlale du cycle arturien, l'ordre de la Table- Ronde, est une de ces créations ultérieures dues au hasard d'une col laboràtion anonyme. Les poèmes gallois, les triades, les contes populaires et le Brut y Brenhinéd sont également muets au sujet de la Table-Ronde. Un barde du dixième siècle nous décrit bien Artur mangeant et devisant à table avec ses guerriers, mais il ne décrit pas cette table. Plus tard, Robert Wace ajoute brièvement qu'Ârtur fit faire une table pour ses barons, qu'elle servait aux jours de fête et que les Convives formaient un ordre dont l'égalité était la première loi. Û. de la Villemarqué pensé, non sans raison, que le ti-ouvère emprunta ces détails à une tradition celtique ia}j|3ôrtée par iih philosophe grec qui visita la Gaule environ cinquante ans avant l'ère chrétienne.

« Chez les Gràlilois, dit Posidonius, cité par Athénée, dans les festins d'apparat, les convives f)rincipfttik se rangeaient autour d'une table ronde. Après des rej^ns copieux, les guerriers aimaient à prendre les armes et à se provoquer mutuellement à des combats simulés, h

Voilà le prototype de l'institution. Oii lien montre

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pas moins an château de Winchester iuk; prétendue Table-ltonde (jiii (ut exécutée après coup sur les indica lions d(>s chroiii([ueurs.

Les Anglais sont assez coutumiers de ces superchéries. Ils y sont passés maîtres : à la table de Winchester, je préfère une sirtiplé gravure tirée d'un vieux livre imprimé en l483 par lé premier imprimeur du Royaume-Uni, Caxloh; gravure qui perrriet de prendre une idée assez exacte de la rnanièredont étaient disposés les convives. La Table-Ronde, d'après cotte gravure, au lieu (rétro pleine, avait la l'drmed'uu anneau- Le roi occupait le centre dé l'anneau ; ses chevaliers, le pourtour extérieur. Il faut croire, du i-éstë, que la table était mobile et pbrtfillve, car Dri Id voit tiguref tantôt à Camobjt. tantôtà Wirïdsbr, tantôt à Gaerléon et tantôt à AVinclK^stér. Et il faut cl'oire auSsi, tl en juger par la gravure, que lés éént cinquante chevaliers de l'ordre ne s'y asséydient point lou^ ettfeëhtbie, mais par fournées successives. La table conservée au élulteau de Winchester, malgré ses dimensions colossales, ne pourrait recevoir elle-rtiême plus de cinquante convives ; c'est une de cëâ teliques apocryphes comme le Saint-Oraal de Gênes, autre nccessbirc do la légende art'irienne, que Joseph d'Ariitlalhie aurait apporté et caché à (îlastonbury, que Galahad, le pur chevalier, aurait retrouvé sur le sommet d'une montagne, qu'il aurait précieusement enfermé à Carbonek dans une tour sans ouverture, qui s'en serait échappé un beau matin jusqu'à Césarée en Asie Mineure, aurait été repris par les croisés en 1 101 , déposé à Gênes en 1115, volé par les troupes françaises en 1794 et

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restitué enfin à l'Italie sur la demande de Victor- Emmanuel par l'empereur A'apoléon 111 (Ij.

Combien cependant l'existence, même apocryphe, d'une Table-Ronde et d'un Saint-Graal, fait éclater l'énergie créatrice du symbolisme arturien ! Ce sera l'éternel honneur des races celtiques d'avoir ainsi peuplé l'imagination occidentale des plus nobles légendes, des fantômes les plus héroïques et les plus charmants qui aient enchanté le monde. Délicieuses créations où collaborèrent intimement l'àme des Bretons d'Armorique et celle des Bretons de Galles ! Elles s'oblitéraient cependant, elles s'effaçaient peu à peu de la mémoire des hommes, quand le patriotisme d'un grand poète vint leur communiquer une seconde vie spirituelle. C'est dans ce calme et simple village de Caerléon que Tennyson composa ses Idylles du Roi, et, certes, celui-là serait ingrat envers Artur plus encore qu'envers le poète, qui passerait avec indifférence près delà vieille hôtellerie désaffectée : Aux Armes d'Hamburij, o\x la magie de cet autre Merlin ressuscita l'émouvante merveille du cycle breton...

Nous avions quitté, mon guide et moi, le champ de la Table-Ronde et, parun sentier côtoyantl'ancien mur de circonvallation, nous gagnions les bords de l'Usk, le joli fleuve poissonneux qui dessine une courbe élégante au pied de la ville. Mais c'était l'heure de la basse mer, et l'Usk. fortementencaisséentre des berges

(i) Ce dernier point, affirmé par l'auteur anonyme du Memoir of King Arthur, est encore plus contestable que les autres. C'est la Restauration qui, en 1815, restitua le Saint-Graal à la cathédrale de Gènes. — V. à Y Appendice.

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déclives, se traînait au soleil sans un bateau, sans une voile. Je retrouvai là ces eaux de velours sombre qui m'avaient tant frappé près d'Abergavenny. D'énormes bancs de sable, d'une couleur cuivrée et malsaine, pareils à des sauriens endormis, bombaient leurs carapaces au milieu du tleuve. Un pont en pierre, tout battant neuf, l'enjambait sur trois arches; mais je cherchai vainement l'ancien pont de bois dont parlent tous les guides el qui subsistait encore il y a dix ou douze ans. On prétendait dans le pays qu'il datait des Romains, et la raison qu'en donnaient les archéologues est qu'il était fait de poutrelles mobiles, comme le pont jeté par César sur le Rhin et décrit dans les Commentaires. Il se peut bien ; mais les poutrelles avaient dû changer plusieurs fois au cours des âges ; le pont de César n'était éternel, comme la nef Argo, que parce que, comme elle, on le rapiéçait chaque année. Un temps vint où on négligea cette formalité ; une crue de l'Usk emporta le pont et, avec lui, les débris des deux tours fortifiées qui en défendaient l'entrée.

Mon guide s'en applaudissait : il tenait visiblement pour l'esprit de nouveauté contre la routine. Le port de Caerléon n'ayant ni quais ni docks, seulement un chemin de halage et un wharf en planches pour le déchargement des rares caboteurs qui le visitent tous les trimestres, je ne voyais point, quant à moi, ce qu'il avait pu gagner à la disparition de ces ruines qui ajoutaient un élément de noblesse au paysage.

Le peu qui reste de leurs substructions fait justement face à l'hùlellerie désaffectée où logeait Tennyson. Quoique aucune plaque commémorative ne s'y

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voie^ on ne manque pas de la signaler aux touristes : c'est une lourde bâtisse blanche de l'autre siècle, qui tourne le dos à TUsk et dfins le pignon de laquelle on n'a dû percer qu'après coup les légères ouvertures gothiques du second étage et cette large baie du premier qu'un bow-ivindow prolonge sur le tleuve. Tennyson y portait sa table de travail : il embrassait de là tout le grand paysage histot-ique qii'il allait reconstituer dans ses vers. La plupart des Idylles du Roi se passent en efTet à Caerléon, soit qu'une secrète préférence inclinât l'auteur vers les rives évocatrices de l'Usk, soit qu'il fût guidé, comme je pense, par les vivants souvenirs qu'a laissés à Caerléon même le héros cnmbrien, premier type de cet idéal chevaleresque du mbyen âge oîi^ selon l'expression de Montalembert, les vertus militaires se confondaient avec le service de Dieu et de Notre-Dame

J'aurais aimé visiter la chambre où vécut Tennyson pendant Ce mémorable été de 1853. Le temps ne me le permit point, et on m'assura, du reste, que, Thôtellerie ayant passé en d'autres mains, il ne s'y voyait plus rien d'intéressent.

Mieux valait coritinuer mon pèlerinage^ l'achever plutôt par une visite à XàHujh-Tower. Mais, pour pénétrer jusqu'au château d'Artur, il fallait traverser une grande cour privée, puis un champ banal qui avait servi la veille pour l'établissement d'un floioer nlioiv. Des ouvriers enlevaient les drapeaux et les tentes. Le propriétaire de la High-Toiver se trouvait là. Fort aimablement il nous donna l'autorisation de visiter la tour ou ee qu'on appelle ainsi ; car j'avais beau écar-

quillcrles veux. Je n'apdhcevaiS aucune trace de iiiiiis, mais seulement un énorma mamelon artificiel, tout hérissé de sapins, de hêtres et de chênes dé haute venue, et que son isolement dans la plaine faisait paraître plus énorme encore.

Un petit sentier en lacis, foft abrupt et glissant, ournit autour du tumulus. Nous y grimpâmes vaille juo vaille. Çà et là, en écai'tàht les ronces et le lierre, mon guide me faisait remarquer des fragments de colonnes, l'arc d'une poterne. Mais nulle part le des sin de la construction napparaissait avec netteté. L'esplanade supérieure, oîi nous atteignîmes après d'assez longs détours, montrait seule quelques pans de murs à hauteur d'appui. On y avait planté un grand màt de navire avec ses cordages et ses vergues : mais le plus curieux et dont je n'ai pu trouver l'explication est qu'à un endroit de cette esplanade l'herbe était toute piquée de roseaux et de joriés décelant la préseUce d'une nappe d'eau souterraine. De l'eau à cette hauleur ! Visiblement nous nous trouvions au pied de l'ancien château à qui l'esplanade servait d'assise et dont le tumulus lui même n'était que le gigantesque piédestal. 11 en subsistait encore, dll siècle dernier, des murs qui atlci gnaient quarante pieds de haut. Mais, contrairement à la tradition, ces rrillhs h'apparfenaient pas àratleienne tour d'Ariur : celle-ci aVait ëté retriplabéë par tin château n< 1 inand ; elle devait êti-e bien plus élevée d'ailleurs, si tant est que de Sa plàte-forriie on apercevait le canal de Bristol et les voiles blanches qui cinglaient vers la mer.

La légende a tout mêlé. Les Romains, Ârtur, la

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conquête normande, elle n'a point distingué ou plutôt elle a tout rapporté au héros de son choix. Après douze cents ans, son ombre domine toujours le paysage. Fictives ou réelles, ses aventures sont les seules qui nous émeuvent

Ici, le soir de son couronnement, Artur mena la blanche Genièvre et reçut les envoyés de Rome qui venaient lui demander tribut. Il était assis « sur un siège de joncs verts, un tapis de paile jaune-rouge sous son coude ». Ses cent cinquante chevaliers l'entouraient, et il avait encore auprès de lui son fouDagonet, son chien Kawal et cet énigmatique Merlin, personnification de la race celtique, né d'un incube et d'une nonne, qui lui avait apporté la veille Tépée Escalimbor. La poignée du glaive était d'onyx ; la lame d'acier clair pareil à tous les aciers ; mais, dans la bataille, elle s'irisait magiquement des sept couleurs de l'arcen-ciel. Comme Merlin rôdait au bord de la mer. Escalimbor était sortie des eaux, brandie par une main qui disparut après l'avoir lancée vers le barde. Il la reçut à genoux, la baisa et la porta au roi. Les belles « emprises ■> qu'elle réservait au noble prince ! Epée du fort, tu serais aussi l'épée du juste, et ta lame n'ctincellerait que pour le service du droit. Dix ans elle besogna au poing d'Artur, la fulgurante, la loyale épée. Mais un jour vint où l'acier de la lame se ternit. Artur livrait bataille à Modred. Il était las et triste ; des remords le troublaient : lui, le paladin du droit, le soldat de Dieu et de Notre-Dame, il avait laissé, par sa faiblesse, le dol et la débauche s'installer dans sa cour. Ses meilleurs chevaliers étaient morts ; Lancelot

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l'avait Iralii ; la blanche Genièvre se fanait dans un cloître ; Merlin, l'éternel révolté, dans les futaies de Brocéliande, dormait prisonnier de Viviane. Et voici qu'Escalimbor lui semblait lourde et que des frissons étranges, des ^< frissons noirs », couraient sur sa lame. Il la leva une fois encore ; mais elle retomba sans avoir frappé, et il connut que c'était la fin. Alors il appela son écuyer Bédivère et, comme ses blessures Tépuisaient, il lui commanda de prendre Escalimbor et de la jeter, la pointe haute, dans la mer. Bédivère hésitait. « Pitié! » disait-il au roi, et le roi dut le menacer pour qu'il exécutât son ordre. Bédivère obéit entin ; il se signa au front, aux paupières et à la bouche avec la garde de l'épée, puis, fermant les yeux, il la lança devant lui. Et, comme elle décrivait sa parabole, une main sortit de la mer, saisit l'épée par la poignée, la brandit trois fois et s'enfonça sous les eaux.

L'épée disparut et, penchée sur l'abîme, TAme celle attend depuis lors, depuis douze cents ans, qu'elle resurgisse des fonds mystérieux du Passé.

I. — On sait qu'aucune des pièces du Barzaz-Breiz ne porté de références. C'est seuléttient lé2 septembre 1907, par un article fort intéressant d\x Nouvelliste de Bretagne, signé P. V. (Pierre dé la Viilemarqué ?) et publié à Toccasion des fêles données à Pont-Aven par M. Théodore Botrel. qu'orit été révélés pour la premi-ère fois au piiblic les noms de quelques-uns des chanteurs habituels de Iduteur dii Barzaz. Le passage, croyons-nous, vaut d'être cité :

« Que dire de cette petite ville qui n'ait déjà été dit ?. . . C'est sur ces coteaux, au nord de Pont-Aven, que s'étagentlesbois et les taillis duPlessix, surnommés Bois d'Amour par les touristes et qui dépendent de la propriété du Plessix, en breton Quinquis, où demeurait la mère de l'auteur du Barzaz-Breiz. C'est là qu'elle moissonnapour elle et, plus tard, pour son fils une riche collection de chants populaires à la fin du XVIIP siècle et au commencement du XIX*... C'est là que chantaient autrefois pour la dame du Plessix-Nizon les bardes ignorés qui s'appelaient A.nnaïc Le Bheton, ÂMNAïc Olivier, Pierre Micheleï, Marie-Jeanne Pen-

UiEHii et tant dautres dontLa Villemarqué n'a pas livré les noms dans ses éditions du Barzaz-Breiz, itiais que sa mère arait consignés dans deé notes mahuscri tes... »

Connus à temps et du vivant de ceux qui les portaient, ces noms eussent singulièrement facilité l'enquête réclamée par Le Men, Luzel et M. d'Arbois de Jubainville. Après un siècle, ils ne sont plus que des curiosités ; mais nous avons tenu à les transcrire ici.

II. — M. François Gélard ne s'est pas borné à enquêter sur le bonhomme Système. Son attention respectueuse et discrète s'est portée aussi sur . la petite Noémi » dont il croit avoir eu la bonne fortune de retrouver lacté de naissance. Je donne ici ce document, encore iné.lit, avec les intéressants commentaires dont l'a fait suivre mon correspondant.

" Mairie de Trégheh. - N° 24. Du onzième jour du mois d'avril mil l.uit cent dix-huit. Acte de naissance de ^oémm(sk) Marie Tallibarf, tiée le jour d'hui à huit heures du soir, fille légitime de Françdis-Jeati rall.bart, âgé de quarante-sept ans, profession dé horloger, et de Marie-Jeanne Le Louédec, âgée dé trentesix ans, profession de marchande, déhlëurant à Tré^ guier. — L'enfant, présenté A l'officier de l'état-civil a été reconnu être du sexe féminin. La déclaration de la naissance a été faite par ledit sieur François-Jean Tallibart,âgé de quarante-sept ans, profession de horloger, père de l'enfant, demeurant à Trégiîier. — Pre mier témoin : Charles Le Louéde^ âgé de vingt trois"

ans, profession de marin, demeurant à Paimpol. Second témoin : François Le Brigant, âgé de quarantetrois ans, profession de greffier du juge de paix, demeurant à Tréguier. — Lecture donnée de ce que dessus, les comparans et les témoins ont déclaré signer : F. Tallibart, Le Brigant, Henriette Rouxel, Louédec. — Constaté, suivant la loi, par moi, Duportal du Goasmeur, maire, officier de l'état-civil soussignant : Duportal DU GOASMEUR. »

M. Gélard n'a pu recueillir encore de souvenirs très précis relativement à Noémie Tallibart. Il possède du moins quelques renseignements sur sa famille : « Son père, petit horloger besogneux, chargé d'enfants, — la légende lui en prête dix-sept ou vingt-et-un et j'ai relevé sur les registres de l'état-civil les noms de onze d'entre eux — habitait à Tréguier une vieille maison du XVP ou du commencement du XVIP siècle située au bas de la Grande Place, presque à l'intersection de la rue Ernest-Renan. Cette maison est occupée aujourd'hui par un café-restaurant. J'y ai moi-même connu, pendant mes années de collège, deux sœurs dé Noémie : M"^^ Marie-Caroline, née le 5 septembre 1809, et Léocadie-Marie-Françoise, née le 17 février 1816. La première mourut, à un âge respectable, le 16 juillet 1893 ; la seconde décéda peu avant. Elles tenaient dans la maison paternelle un petit commerce de papeterie et recevaient les collégiens sans aménité. Une femme qui les servit pendant de longues années vit encore à Ploudaniel. Elle s'appelle Marie-Yvonne le Giuiec et pourrait éclaircir quelque p;'Li le mystère qui règne à Tréguier autour de Noémie. A la vérité, j'ai une autre

source de renseignements, mais je crains d'y puiser : l'un des frères de Noémie, je ne sais lequel et je ne sais à quelle date, partit pour la Turquie et s'établit comme horloger à Constantinople. 11 revint au pays natal, cousu de l'or des infidèles, et vécut ?os derniers jours dans une charmante villa édifiée sur les coteaux de Plouguiel, au-dessus de l'estuaire, parmi de jolis bois de sapins, et que Ion nomme encore de ce chef ce Constantinople ». Son fils, M. Aristide Tallibart, gendre de M. Le Goaster, jadis bien connu dans la région trégorroise, habite aujourd'hui cette maison. Je pourrai m'adresser en lui en dernier recours : on me dit que c'est un homme charmant et un lettré. — Des Tallibart furent aussi boulangers à Tréguier. Marie-Jeanne Le Louédec, mère de Noémie, mourut le 13 juin 1834 ; Jean-François Tallibart le 4 janvier 1840. C'est probablement à cette date que Noémie, âgée alors deviugt-deux ans, quitta Tréguier, — pour quelle destination ? Je ne sais encore, mais M. Psichari assure qu'elle est enterrée dans le cimetière de Louannec. Cela est plus que vraisemblable, puisque Renan s'exprime ainsi dans son supplément aux Souvenirs d Enfance : « Je ne répondis rien à mon interlocuteur, mais je m'assis sous un vieux hêtre, à l'angle du cimetière, en face de la nier. » Il est avéré que Renan demeura, toute sa vie, dans les termes de la plus grande amitié avec la famille Tallibart et je ne sais si eux-mêmes ne se réclament point de sa parenté ».

Souhaitons que M. Gélard poursuive et mène à bien son enquête sur « la petite Noémi », l'une des plus

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pui-es et des plus délicates ligures des Souveniis d'Enfance et celles de toutes peut-être où s'est arrêté avec le plus de coniplaisauce le pincea'i d'Ernest Renan. Rien de ce qui touche à ce maître écrivain ne saurait nous laisser indifférents. Toutefois de telles enquêtes, par suite des « interversions légères de temps et de lieu » que Renan a glissées dans ses Souvenirs, pour « dépistpr les identifications qu'on pourrait être tenté d'établir », demeureront toujours incertaines et sujettes à cautiop. Xoémie, comme pense M. Gélard, dprt ellp son dernier sommeil dans le cimetière marin de Lou^nuec? Il est certain, tout au moins, qu'elle mourut à ïr^guier, — j'entends la Noémie dont mon correspondant a relevé l'acte de naissance sur les registres de cette ville et dont il a retrouvé un peu plus tard, sur les mêmes registres, l'acte de décès :

« Mairie de Tréguier. — N° 83. Du quinzième jour du mois de septembre mil huit cent cinquante-sept à huit heures du matin, acte de décès d^i Noémie - Marie Tallibart, née à Tréguier, département des Cùtes-du Nord, âgée de trente-neuf ans, profession de..., domiciliée à Tréguier, décédée aujourd'hui à quatre heures du matin, fille de François-Jean Tallibart et de Marie-Jeanne Le Louédec, célibataire. — La déclaration du décès sus-mentionné a été faite par Charles Quellien, demeurant à Tréguier, âgé de vingt-neuf ans, profession de sacristain, qui a dit être voisin de la défunte, et par Pierre-Marie Dorliac, âgé de vingt-neuf ans, profession de propriétaire, qui a dit être aussi voisin de la défunte. — Lecture

AI'l'KMHCi: y,-).-")

donnée de ce que dessus, les çqmparans et leslémoins ont déclaré signer : Qaellien, Dorliac P. M. — (lonslaté suivant la loi par moi, Aimé Le Glen, adjoint délégué, officier de l'état-civil SQ4asigp?int : — Le ("uEN. adjoint. »

Et, maintenant, reste à prouver que cette Noémie Tallibarl était bien « la petite N'oémi » d'Ernest Renan. Je le crois pour ma part et M. Gélard le croit aussi. II est très remarquable en effet qu'aucune autre personne du prénom de Noémie ne figuresur Les registres de l'état civil de Tréguier entre le commencement et le milieu du siècle dernier. M. Gélard en a acquis la certitude. Mais il nous doit d'autres preuves, d'autres témoignages, plus décisifs encore que ceux qu'il nous a communiqués. Attendons sa prochaine moisson.

m. — On connaît le douloureux épilogue de l'afl'aire Yan'Dargent. Rouverte pas ordre supérieur, l'instruction de celte allftire aboutit au renvoi devant le tribunal correctionnel de Morlaix de M. Ernest Pargent et de M. l'abbé Guivarc'h (juin 1908) : tous deux furent acquittés et il n'en pouvait être autrement. Mais la secousse morale avait été trop forte pour M. ErqestDargent qui succomba quelques jours après.

*• N'oublions jamais l'héro'ique exemple que nous a donné l'admirable honnête homme qui va dormir ici son dernier sommeil, prononçait devant la tpmbe prématurée de M. Ernest DargentM. le commandant Duvivier. Pour s'éviter à lui-même, pour éviter surtout à sa digne compagne toutes les aftres, toutes les angoisses

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de son calvaire, il lui eût suffi de dire un mot, un seul. « Lâchez donc votre Recteur, lui criait-on. Cessez de le couvrir et l'accusation tombera, car ce n'est point à vous quon en veut. » Ce geste qu'on lui demandait, Ernest Dargent refusa noblement de le faire : « Je vous soutiendrai jusqu'à la mort », dit-il à son vieux curé. Et, ainsi qu'il en avait fait la promesse, c'est en eflet jusqu'à la mort qu'il l'a défendu. »

.\joutons que M. Ernest Dargent, illustrateur et graveur de talent, continuait dignement la tradition paternelle et s'était fait une place distinguée dans l'art contempuiain.

IV. — L'appel que j'adressais à la municipalité carhaisienne a été entendu,

« Personnellement, m'écrivait, le 4 juillet 1907, M. Lancien, maire de Carhaix, je suis tout à fait de votre avis, et mon intention est bien de créer une Salle La Tour d'Auvergne^ car, pour un musée, il n'y faut guère songer. Actuellement le local nous manque et j'attends, pour pouvoir faire cette création, le départ de la caisse d'épargne qui occupe une sallf an rez-de-chaussée de la mairie. A l'une des réunions du comité des directeurs de la caisse d'épargne, j'ai obtenu de ces messieurs un vote décidant la construction d'une maison spéciale pour la caisse. Ce sera fait dans deux ans environ, époque à laquelle je pourrai réaliser iidée que vous émettez dans votre si intéressant article... »

Nous prenons note avec satisfaction de la promesse de M. le maire de Carhaix.

APPENDict: 3v57

V. — Sur l'origine des noms gallois, voici une troisième opinion qui n'est peut-être' pas la moins raisonnable :

« Lorsque Llewclyn Fawr, m'écrit le barde Jaflrennou, eut été défait et tué et que le Pays de Cambrie fut annexé au royaume d'Angleterre, il fut décrété que tous les noms gallois devraient être anglicisés sur tous les actes publics. La plupart des noms anciens de la période glorieuse des Galles (jusqu'à d200) sombrèrent, sauf quelques Gwynn, quelques Llewelyn, quelques Owen et quelques Emrys (ou Rhys, ou Priée pour Ap Rliys). Un grand nombre de Gallois s'appelaient alors Ah un tel, Ah Yorwerth, Ah Joan, Ah Gwilym, Ah Thomas ; ces noms furent saxonisés à laide du génitif saxon s ou es et fils de Joan ou John devint Jones ; fils de Yorwerth: Edwards; fils de Gwilym : Williams, etc. Ces trois noms sont les plus fréquents. Il y a, à la Bibliothèque-Libre (Free Library) de Cardifl, me disait M. Ballinger le bibliothécaire, lors de ma visite à cette Bibliothèque, 150 livres en gallois, publiés par 130 Jones diflérents, de 1800 à 1899. »

VL — Etymologiquement, selon certains savants, Graal se rattache à gradus, mot latin désignant une sorte de coupe où l'on pouvait étager les mets gradatim ; selon d'autres à gratus, qui signifie agréable, « pour la raison, disent-ils, que les mets servis dans un plat sont agréables à manger 1 » On n'est pas plus ingénieux. Je croirais volontiers, pour ma part, que

le mol Graal ne vient ni de gradus ni de gratus et que c'est tout simplement un mot celtique dont le sens s'est perdu en route. Aussi bien le catino sacro de Gênes ressemble beaucoup plus à un bassin qu'à une coupe. M. Robert de Moutesquiou, dans un de ses poèmes, en a donnp une description fort exacte :

Le Graal véritable est dans un temple à Gènes. Une vigne en émail l'encercle de ses chaînes ; D'une seule éiperaude énorme il fut taillé...

Voilà en effet sa particularité. On connaît peu d'émeraudes aussi belles, aussi grandes surtout, et c'est ce qui explique, sans plus, que l'Italie ait tant tenu à sa conservation.

INDEX ALPHAl^ÉTIOUE

des principaux noms cités dans les deux Séries

Al.;Hiaam(miss), t.lI.-iOt, .32:;.

Ahakanowicz, l. II. 75.

Ahalen (lan), t. I. 6.

Al.élard l. I. 112. — II. 8G,

Aligrall (chanoine), l. I. 03,

About (Edmond), 1. 1. 1B3, 20:].

Aiguillon (duc d'), t. II. 20.

A jalbert (Jean), t. I. 22.

\ll>alat (Antoine), t. I. 110.

Alhany, t. II. 23'.».

.vlUinson (A.), t. I. 3SI. Aiiiou, l. I. 195, 329.

Aiuade (général d'), l. I 40.

Atniel, t. II. 332.

Aiupèie, L I. 100, 119 Aneurin, t. I. 5.

Anner et fils, t. I. 03.

Anti-obus (famiileK t. II. 210.

.Apult'C, t. I. 14i.

Ar Balb, t. II. 2o.

Arbois de Jubainville (d"),

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