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le fantôme de Publius Crassus et qui turenf les Thermopyles de la résistance armoricaine.
Cette Cornouaille de l'Est, patrie de la Tour-d'Auvergne, de l'évêque Audrein et de cet étrange Balbe ou Ar Bail), notaire et capitaine de bandes qui fomenta la terrible jacquerie du Papier-Timbré, mérite vraiment sa qualification de hro ann dud dii\ de « terroir des hommes d'acier » (1) : la race y est courte, sèche cl nerveuse, race de brachycéphales entêtés et volontaires. N'était sa stature un peu haute, JafTrennou en fournirait un excellent spécimen. La première fois que je le vis, avec ses dents de jeune loup dans une face presque carrée, glabre, sans une ombre de duvet, portée sur un cou rond et puissant comme un fût de colonne romane, sonpenn-baz à la main, les jambes serrées dans des houseaux de toile bise, la large ceinture de cotonnade retenant les braies bouffantes et débordant sur le gilet aux passementeries de soie orange, le grand chapeau à cuve et à ruban de velours sombre moulant un crâne épais, sphéroïdal, légèrement aplati aux tempes, signe de résolution et d'entêtement, je crus voir un de ces chefs de clan tels que nos paroisses Ijretonnes en avaient conservés jusqu'aux approches de 89, sortes de Houndheads armoricains, âmes rudes, caractères inflexibles et d'un loyalisme éprouvé, mais impatients du joug monarchique à mesure que la centralisation administrative so fai.sait plus tyrannique et qu'elle empiétait sur h'nrs fran-
(i) D'oii le pseudonyme t>ardi(iui' de JafTrennou : Taldir Front d'Acierl .
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chises nationales, un de ces gentilshommes-laboureurs surnommés les Épées de fer et qu'on eut pu surnommer aussi bien les Caboches de fer, qui, dédaigneux des modes de la cour^ se rendaient en sabots et en chupen aux États de Bretagne, conspiraient avec Pontcallec et Talhouet, se battaient à Saint- Cast avec le duc d'Aiguillon et passaient le reste du temps sur leurs guérets où on ne les eût point distingués des autres paysans de la province, w liés qu'ils étaient à eux, dit un historien, par les mêmes intérêts, les mêmes travaux, la même langue, le même culte et le même idéal patriotique. »
Quelques nobles aujourd'hui encore, étroitement mêlés à la vie rurale, exercent autour d'eux un magistère analogue à celui de ces anciens chefs de clan. Mais leur sphère d'intluence ne dépasse pas le petit cercle de la paroisse ou du hameau, et la politique de clocher — si mesquine et si vaine — absorbe le ïne illeur de leur activité. Presque partout, d'ailleurs, en Bretagne, des puissances nouvelles se sont substituées aux puissances du passé : s'il est une superstition dont le Breton soit affranchi, c'est bien celle de la particule, mais, comme l'a très bien montré M. Pierre Baudin reprenant une opinion du géologue Barrois, la structure de la péninsule armoricaine en a fait une région à civilisation lente. Pour ne s'être pas pénétrés de cette vérité essentielle, pour n'avoir pas compris que le conservatisme breton, comme à l'autre bout du territoire le conservatisme lorrain, sont les freins nécessaires aux impétuosités du sang méridional et qu' « il importe à l'avenir d'une nation que ses
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parties n'évoluent pas toutes avec la même rapidité », (les politiques à courte vue ont compromis en un jour les résultats de trente années de patience, de sagesse (;t de modération. A chaque élection nouvelle, la Bretagne se donnait un peu plus à la République, mais elle entendait se donner de plein gré, librement, sans violence. Les gendarmes ont tout gâté. Ces rudes gardiens de l'ordre et de la propriété ne s'indiquaient point nécessairement pour l'emploi de bazvalaned ^truchements d'amour) : l'ombrageuse pennerez s'est méfiée d'un régime qui, voulant lui témoigner de son empressement à régulariser leur union, ne trouvait pas de procédé plus galant que de l'assigner en police correctionnelle...
, Ainsi tout est à recommencer en Bretagne. Les anciens partis y ont fait leur temps et ceux qui aspiraient à les remplacer n'ont pas su garder leurs positions. C'est ce qui explique que tandis qu'au spirituel le Breton, fortement encadré par ses prêtres, présente une masse homogène et compacte qu'aucune disposition législative n'a pu entamer, la même cohésion ne s'observe pas dans la vie civile où le Breton, livré à lui-même et ballotté d'une opinion a l'autre, en est encore à chercher le vent comme au premier jour.
Je crois bien que le rêve de JalTrennou, son ambition inavouée ou dont il n'a fait la confidence qu'à quelques intimes, serait justement de l'aider à trouver i.ette direction. Mieux que personne il connaît sa race, qui n'est point la race féodalisée, à compartiments sociaux rigoureusement étanches et incommunicables, que se plaisent à représenter certains journalistes. En
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Bretagne pas plus qu'en Ecosse il n'y eut jamais de démarcation bien tranchée — au moins dans les campagnes — entre l'aristocratie terrienne et le peuple qui vivait à son ombre. L'organisation communautaire y survécut à la disparition du clan ; une sorte de parenté spirituelle unissait le vassal et le chef, si bien qu'on peut dire de ce régime patriarcal ce qu'on a dit du régime écossais, qu'il n'avait rien de dégradant et qu'il ne touchait point à la dignité de la personne humaine, vu que tout y était réglé par les lois les plus strictes de la réciprocité.
Aujourd'hui encore et grâce à la persistance de l'esprit communautaire, il n'y a pas de pauvres, dans le sens ordinaire du mot, parmi les populations de la péninsule armoricaine : l'aumône n'y est pas, comme ailleurs, un acte de générosité facultatif , mais une manière de taxe ou d'impôt que les indigents prélèvent sur les riches. Cette conception toute primitive de l'assistance, qui implique une égalité parfaite entre celui qui donne et celui qui reçoit, n'est nulle part plus répandue que dans la Haute-Cornouaille où ce n'est point assez que les riches acquittent entre les mains des indigents la dime obligatoire du premier lundi de chaque mois (V. dans le Barzaz-Taldir la pièce Fvid peorien Karnoei), ils leur bâtissent encore des huttes de branchages et de torchis dans les issues de la commune, les habillent et les fournissent de draps d'étoupe tissés exprès pour eux. Mais il est bon d'observer que, longtemps défendue contre l'infiltration étrangère par l'àpreté de son sol, ses gorges angustiées, sa triple barricade de menez granitiques.