‹ L'Ame de FranceChapitre 1 sur 18 · VI DÉDICACE · texte numérisé non relu

VI DÉDICACE

tion devant l'occasion qui s'offrait de te donner à elle tout entier. C'était la France; et c'est pour la France que tu es parti, comme le guerrier antique.

Un tel amour est si beau que, tout de même, il mérite de se contempler et de se ravir en son objet. Çnielquefois on peut craindre de déflorer son amour en y touchant de trop près ; quelquefois il arrive, qu'à l'analyser, on le tue.

Nous aimons tant à aimer, que parfois nous nous donnons à ce qui ne le mérite pas, et si nous cessons un jour d'être aveuglés tout-à-fait, il faut que nous tenions fermés plus ou moins volontairement les yeux pour ne pas voir s'évanouir notre amour en voyant de trop près son objet. Nous demeurons dans l'extase, dans la douce illusion que la première apparition a provoquée en nous, et l'être qui, tout d'abord, nous avait charmé, ne se maintient plus dans notre cœur, en son attitude première, que par un effort de fidélité à notre première émotion. Il ne faut point appuyer sur les amours des hommes, il ne faut même pas effleurer d'un baiser trop chaud l'effigie de l'amour en nous. Hélas ! si souvent, le visage avait des attraits empruntés ou tout au moins périssables et passagers, et à vouloir trop incliner les amants humains à la contemplation de ce qu'ils aiment, on risque parfois de les en désabuser.

Mais quand il s'agit de l'amour de la Patrie ; et quand cette Patrie est la France, il n'y a point à craindre que la contemplation amène le désenchantement.

On peut rechercher sans hésitation pourquoi on l'aime si éper dûment qu'on lui donne, comme toi, sans regret, le meilleur de son sang. Plus on la considère et plus on se trouvera de raisons de l'aimer

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