DÉDICACE VII
Parlons d'elle, puisqu aussi bien tu lui as donné ton cœur viril et brûlant, puisque tu lui as consacré toutes les énergies de ton être puissant, tout le robuste amour de ta poitrine, toute la chaleur de ton sang; puisque c'est vers elle qu'a tendu le baiser frémissant de tes lèvres assoiffées d'amour. Parlons d'elle comme d'une personne vivante aussi, puisqu aussi bien nous sentons qu'elle vit.
Car si ton cœur mâle et bouillant a aussi intensément vibré à son appel, n'est-ce pas parce qu'elle a pour toi quelques-uns des attraits d'une personne réelle.
Eh oui, tu le devines et tu le sens au frémissement de ton âme et même de ta chair, la France est un être vivant, un être féminin, et parce qu'elle se révèle essentiellement féminine, tu l'aimes comme tu aimerais une femme, et c'est aussi comme d'une femme aimée que je veux t'en parler.
Ainsi je bercerai la solitude de ton cœur, ainsi je remplirai, dans une certaine mesure, le vide de ton âme. Ainsi je pourrai alléger tes labeurs militaires et charmer les loisirs plus pesants encore de certains repos.
Rouen, de chez les Philippins, Pâques 19 18.