Psychol. de Véducation, pp. 19, 21, 218, etc
événements retentissants a rappelés, depuis quelques années au sentiment du réel.
Seulement il ne dépend pas de la volonté des éducateurs les mieux qualifies de supprimer le caractère formaliste de notre enseignement. De l'avis à peu près unanime des professeurs que j'ai consultés, la préoccupation des divers examens suggestionne les élèves à partir de la seconde au point de les rendre indifférents à tout ce qui ne fait pas partie de la préparation nécessaire. Non seulement ils délaissent les cours facultatifs, négligent les travaux pratiques, mais beaucoup ne lisent plus, perdent toute curiosité et deviennent indifférents même aux événements historiques contemporains1. Le mal est d'autant plus grand que la spécialisation inhérente aux nouveaux programmes limite l'horizon intellectuel avant que les jeunes esprits aient une représentation nette des régions avoisinant celles qu'ils sont appelés à explorer. Le bourrage intensif devient le seul procédé adopté par la moyenne des élèves, malgré les efforts les plus louables des professeurs pour réagir. Leurs leçons ont beau valoir par la netteté des idées, l'élégance de l'exposition, l'adaptation des méthodes à la diversité des esprits, si elles semblent s'écarter de la lettre des programmes ou des prévisions de l'examen, les jeunes gens n'essayent plus de les comprendre et vont chercher dans les manuels le viatique dont ils croient avoir besoin pour le jour de l'épreuve.
Une fois celle-ci subie, ils s'empressent d'oublier les acquisitions qu'ils avaient confiées à leur mémoire seule, de sorte qu'ils ont fini leurs études sans avoir presque rien appris : « la sève féconde est tarie, l'homme fait apparaît; et souvent, c'est l'homme Uni » 2.
1. Cf. Enquête, dépos. de MM. Darboux, I, p. 302, Lippmann, II, 34, etc.
2. Enquête, dép. de M. Lippmann, II, 34. Cf. Payot, I. 426 ; — Guyau. Education et hérédité, p. 99 ; — Lavisse. Etudes et étudiants, p. 92 ; — Le Bon. Psych. de V éducation, pp. 51-53.
Dans tous les pays à examen les mêmes inconvénients se produisent- En Allemagne « le but principal, dit le D» Lietz, visé à la fois par les maîtres et les élèves n'est pas la formation des caractères, mais bien le succès à l'examen ». Cité par Demolins (ÏEduc. nouvelle, p. 277) qui ajoute : « Les examens, les diplômes voilà l'idéal rêvé, le chauiïage voila le système... Ce qui frappe le Dr Lietz, c'est cet exclusivisme monstrueux qui
Concluons que pour résister à de telles influences, pour garder leur pensée vivante, il faudrait à nos adolescents une rare originalité d'esprit : aussi la plupart n'y résistent-ils pas : livresques et pédants, ils se représentent la nature comme une série de définitions et de classifications à apprendre par cœur et semblent avoir oublié le rôle des sens dans la connaissance sensible. Souvent d'ailleurs, «l'organe delà vision... s'est émoussé et l'affaiblissement de la fonction a affaibli le désir et le besoin de la mettre en jeu. La faculté de l'employer et de tirer parti de ses informations s'est atrophiée. La myopie s'est étendue à la vision intérieure, le champ de la vision est occupé tout entier par d'innombrables combinaisons des lettres de l'alphabet représentant les innombrables mots et phrases des manuels et des cahiers. Sauf quelques rares exceptions, le grand alphabet de la nature n'est plus pour le bachelier... qu'un hiéroglyphe indéchiffrable'. ))
Si, comme le pense Herbart 2, l'influence de l'instruction sur l'adolescent dépend de la valeur que lui-même attache à la conservation des notions acquises et à la continuation des études, il faut croire que notre enseignement est peu efficace ; car la plupart des jeunes gens gardent de leurs études peu de curiosité pour les questions scientifiques ou littéraires. Aux Etats- Unis c'est encore pire : parmi les élèves des Cours secondaires, 20 p. 100 seulement restent jusqu'à la fin ; d'après l'enquête faite par W. Book3 les causes de désertion les plus fréquentes seraient l'attrait de la vie extérieure et le peu de goût qu'inspirent les études supérieures4. Sans la nécessité du baccalauréat
réduit l'homme à un cerveau qui ne pense point, mais qui retient et enregistre, que l'on gave et qui n'assimile pas, et où les sens, le corps qui forment pourtant avec l'esprit ce tout naturel qui est nous, ne comptent point » (p. 278).
1. Herzen. Éducation de la jeunesse allemande. Revue intern. de l'Enseignement, XIX, p. 633.