‹ L'ame de l'adolescentChapitre 127 sur 234 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'humeur combative que j'ai signalée comme un des traits caractéristiques de la période prépubère, ne dure qu'un temps. L'adolescent ne tarde pas dès sa quatorzième ou quinzième année à prendre des allures plus pacifiques, souvent même à s'enlizer dans une timidité gauche qui contraste singulièrement avec la désinvolture insouciante de l'enfant. Mais si celui-ci se plaît dans les situations les plus dangereuses en apparence, c'est qu'en réalité elles le sont rarement pour lui, en raison de la merveilleuse souplesse de ses organes sensoriels et moteurs ; de plus, son besoin de mouvement, le peu de consistance des.idées funèbres dans son esprit, un état fréquent d'anesthésie relative lui permettent de traverser sans effort des conjonctures critiques. Ses peurs sont surtout imaginaires; mais fictives ou réelles, il s'y abandonne sans fausse honte et essaie rarement de réagir. Au contraire l'adolescent, moins bien équilibré, se montre plus hésitant dans ses démarches ; ses terreurs sont causées non pluspar une fantasmagorie plus ou moins mythique, mais par le mystère de sa nouvelle âme, par le souci de l'opinion d'autrui, par les obstacles qui lui paraissent rendre inabordables les tâches nécessaires. Cependant à partir de la puberté grandit une puissance nouvelle, le courage ou l'aptitude à lutter contre la peur. La générosité et l'amour-propre dirigés par un contrôle intellectuel de plus en plus éclairé poussent la jeune conscience à s'affirmer dans l'action comme une cause créatrice, comme une liberté capable de substituer le choix responsable au déterminisme des influences subies.

D'après Marro1, le courage serait naturel aux adolescents et pourrait être facilement cultivé, en raison de l'influence biochimique exercée par les organes sexuels sur le système nerveux, dont le tonus s'élève en même temps que s'accroît l'instinct de combativité2. Organique ou mentale, la relation entre l'amour et le courage est de notoriété universelle à tous les degrés de l'échelle animale, à plus forte raison dans l'espèce humaine : Paraissez, Navarrais, Maures et Castillans...

Mais plus important peut-être est l'accroissement brusque de la puissance motrice dû à une innervation moins diffuse3 et aux progrès rapides du système musculaire à partir de quatorze ans*. La longueur des fibres, leur grosseur et peut-être leur nombre augmententdans des proportions considérables s. D'après J. Allen Gilbert 6, la force musculaire croît rapidement jusqu'à quatorze ans, brusquement de quatorze à quinze et moins vite jusqu'à dix-neuf ans. — La vigueur dynamométrique du poignet triple de dix à vingt ans et double presque de quatorze à dixsept, comme l'attestent les chiffres suivants exprimant le nombre de kilogrammes soulevés :

kilogrammes. . kilogramme

15 ans 18.7

16 ans 22,

17 ans 25,3

18 ans 25,3

14 ans 14,1 19 ans 27.

10 ans 9;8

11 ans 10,3

12 ans 12,

13 ans 13,

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