‹ L'ame de l'adolescentChapitre 132 sur 234 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

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trine, le poids, la traction verticale, la taille, — mais surtout la capacité vitale. Ces divers facteurs sont en voie de progression rapide dès le début ou vers le milieu de l'adolescence.

Cette vigueur organique nouvelle, jointe aux désirs qui sollicitent le pubère dans tous les sens, explique pourquoi l'enfant sage de la veille devient tout à coup indisciplinable. Ah ! ces divisions de « moyens », que de répétiteurs les maudissent et plus tard se les rappellent avec un serrement de cœur, en songeant à la manie destructrice, à la férocité puérile, à tous les caprices douloureux, où se déverse pour un instant le trop-plein d'une vitalité d'autant plus débordante que les internes de treize à quinze ans, abandonnés à eux-mêmes, souvent indifférents à leurs études et non absorbés encore par le souci des examens, ne trouvent aucune issue par où elle puisse s'épancher normalement. Ici c'est une bibliothèque brûlée, là un surveillant assassiné dans son lit par suite de l'ingestion forcée d'un liquide alcoolique, ailleurs des grilles démolies, des serrures enlevées, des portes défoncées, des dépôts malodorants confiés toutes les nuits au paillasson de M. le Censeur, etc. — Dans tous les milieux se manifeste une agitation analogue dans son principe, quoique différente dans ses effets. A cet âge, les jeunes Anglo-Saxons commencent à trouver la maison insupportable et à vouloir courir le monde, poussés par le désir dé chercher aventure, de faire connaissance avec l'autre sexe, de se lancer dans la vie, etc. *. Malgré la pression à rebours qu'à cet égard exercent chez nous les influences sociales, beaucoup de nos adolescents manifestent la même intention à la grande frayeur des parents qui, pour retenir leur progéniture au nid familial, multiplient les gâteries et abandonnent souvent les dernières p'arcelles d'une autorité plus nécessaire que jamais. D'autres renoncent à leurs 'études vers les quatorze ans pour

1. Voir sur ce sujet Kline. The migratory impulse. Amer, Journ. of Psychol., oct. 1898, X, p. 1.

entrer en apprentissage; le cas se produirait encore plus souvent si les parents par snobisme ou affection ne s'y opposaient en général de toutes leurs forces. Ceux que leur situation de fortune libère des soucis matériels et en qui une délicatesse native s'oppose aux excentricités vulgaires, s'adonnent avec fougue à la pratique d'un art, à la défense naïve d'une grande cause humanitaire ou mystique, ou plus simplement s'éprennent pour un temps de toutes les formes violentes du mouvement, escrime, équitation, canotage, chasse, etc.. Bonne ou mauvaise, l'explosion de l'énergie accumulée dans l'organisme est d'autant plus violente que la discipline de la famille ou de l'école agit davantage au moyen de la seule contrainte extérieure. Nombreux sont parmi les meilleurs adolescents ceux qui souffrent et jouissent à la fois d'un état d'exubérance analogue à celui que décrit Chateaubriand1. «Lorsque après un dîner silencieux où je n'avais osé ni manger, ni parler, je parvenais à m'échapper, mes transports étaient incroyables ; je ne pouvais descendre le perron d'une seule traite : je me serais précipité. J'étais obligé de m'asseoir sur une marche pour laisser se calmer mon agitation ; mais aussitôt que j'avais atteint la cour verte et les bois, je me mettais à courir, à sauter, à bondir, à fringuer, à m'éjouir jusqu'à ce que je tombasse épuisé de forces, palpitant, enivré de folàtreries et de liberté... » Croire que les procédés les plus énergiques de compression peuvent calmer ce bouillonnement tumultueux est à la fois une erreur et une faute. « Il faut, affirme avec raison M. Payot2, que cette ardeur se dépense. Si elle ne se porte pas vers des occupations honorables, elle risque de se porter vers les plaisirs vils et honteux. C'est à ce moment la lutte d'Hercule entre le vice et la vertu : quel que soit le parti choisi, on l'adoptera avec une fougue extrême. » Heureusement que le combattant novice a de grandes chances de vaincre, s'il utilise les armes nouvelles que lui donne la nature : ses muscles plus puissants mis au service des sentiments altruistes et des idées générales qui tendent à prédominer dans sa conscience, vont permettre à l'attention de se concentrer sur la création réfléchie

-J . Mémoires, p, 139.

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