St. Hall, I, p
■J Politique, trad. Thurot, V, 3, 2.
ils puissent enfin, dans un sommeil profond, s'échapper à euxmêmes. D'après Lancaster 1 le goût de la solitude serait un bon signe chez l'adolescent comme attestant « la présence d'un esprit capable de s'entretenir lui-même ». De fait, beaucoup de personnages diversement célèbres, comme Gœthe et Nansen, semblent avoir pris loin du monde et en communion avec la nature, une conscience plus efficace de leurs forces juvéniles ; et il est peut-être sans exemple qu'un adolescent, capable de devenir quelqu'un, ne se soit pas à un moment donné trouvé assez dépaysé parmi les siens pour désirer s'enfuir dans
... un endroit écarté Où d'être avec soi-même il eût la liberté
La contre-épreuve aboutit à la même conclusion : les adolescents qui ont plus de vanité que d'orgueil, plus de suffisance que de méfiance de soi, supportent l'isolement avec peine, ne goûtent de plaisir que s'ils sont en nombre et s'efforcent de tout leur pouvoir, au besoin par des excentricités, d'acquérir la réputation de jeunes gens qui s'amusent et remportent des succès suivant la formule convenue.
Et pourtant s'il y a quelque vérité dans les chapitres précédents, la solitude, malgré les avantages qu'elle présente pour les sujets très sains, est pleine de dangers pour la moyenne des précoces misanthropes. Non seulement, comme tous les isolés, ils peuvent, faute de terme de comparaison, tomber dans la jouissance orgueilleuse de soi ; mais surtout à vivre avec leur pensée ils risquent, si elle n'est pas déjà très nourrie, de fausser leur conception du monde social et d'être menés peu à peu par leurs rêves ou leur raisonnement aux troubles morbides de l'esprit. Les désirs trop longtemps contenus, les idées non contrôlées mais fortement systématisées risquent, comme dit Marro'2, de provoquer des explosions imprévues et terribles. Après avoir cité le cas de deux jeunes gens, bons sujets, travailleurs, mais taciturnes et solitaires, qui tuèrent à coups de couteau l'un son camarade, l'autre sa fiancée, l'auteur conclut en
\. Adolescence, p. 98.