‹ L'ame de l'adolescentChapitre 147 sur 234 · Ici., p · texte numérisé non relu

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ront avant qu'elle en soit capable. Mais comme d'autre part, elle seule fournit les moyens de réaliser la pensée dans les choses, il en résulte que tant qu'elle est absente, la jeune âme est profondément blessée parles limitations perpétuelles que le contact des adultes lui impose nécessairement. En général et à l'inverse -de ce qui se produira plus tard, les jeunes gens sont d'autant plus craintifs devant les hommes qu'ils sont hardis devant les idées, tel Y Edouard de M. Pérez1 qui, après avoir écrit un article violent, le fait porter par un ami au journal, n'osant pas y aller lui-même. D'un côté l'instinct social naissant, le besoin d'épanchement dû au trop-plein de la vie affective, la confiance dans le savoir fraîchement acquis les poussent à exprimer leur pensée devant autrui avec beaucoup de force et de conviction; maisd'un autre côté, comme leurs idées sont toujours incomplètes et leurs sentiments confus, comme les fins qui les intéressent, les raisons qu'ils ont de s'y intéresser, le sérieux et le mouvement de leur pensée sont très différents de l'allure et des objets habituels à la conscience adulte, il est rare qu'un courant de sympathie s'établisse entre deux mentalités si dissonnantes. Aussi l'adolescent est-il en général moins timide et plus primesautier avec les personnes de sa connaissance qu'il a perdues de vue depuis quelque temps parce qu'il peut se représenter leur état d'âme par analogie avec le sien, à condition, bien entendu, que parmi les souvenirs qui les concernent, il en puisse isoler d'assez favorables pour amorcer son travail de cristallisation. La lettre suivante écrite par un garçon de quinze ans et demi à un professeur qui, cinq ans auparavant, l'avait assisté de ses conseils en qualité de répétiteur, va nous fournir un spécimen de cet état d'esprit :

Collège de..., 5 janvier 1904.

Mon cher Monsieur,

...Vous me pardonnerez si humble élève de Ie B, je viens vous importuner, vous mon ancien Maître, par cette lettre inspirée seulement par le bon souvenir que vous m'avez laissé ; mais afin de vous

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