‹ L'ame de l'adolescentChapitre 165 sur 234 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Chacun sait qu'entre le corps d'un petit enfant et celui d'un adulte il y a des différences non seulement dans la grandeur totale, mais aussi dans les proportions des diverses parties. Depuis le moment de la naissance, chacune de celles-ci semble croître sinon pour son propre compte, du moins suivant un rythme plus ou moins accéléré, d'où résulte pour chaque âge un canon spécial de la forme humaine, variable d'ailleurs dans une certaine mesure suivant la race, l'état de santé, la nourriture, etc.1. Dans ce progrès continu, l'avènement de la puberté détermine non seulement un accroissement de vitesse, mais surtout des variations plus rapides qu'auparavant dans les proportions extérieures et plus encore dans le volume et le poids des organes, dont les uns semblent s'hypertrophier pendant que les autres se développent moins vite ou s'atrophient, de sorte que l'état cénesthésique de l'adolescent subit de profondes modifications, parfois douloureuses jusqu'à la défaillance, en particulier lorsque, vers les dix-huit ans, la croissance s'étant ralentie, un nouvel état d'équilibre s'établit entre les systèmes organiques devenus adultes.

D'après la plupart des observations, entre autres celles de P. Godin portant sur 100 garçons mensurés chaque année depuis

1. Voir là-dessus les tableaux de Vierordt. Physiologie des Kindesalters, pp. 271-272 ; — les graphiques de Godin. Recherches anthropométriques sur la croissance, p. 54 ; — Cf. Topinard. Eléments d' anthropologie générale, p. 420 ; — Année psychologique, V. p. 317, XI, p. 517, etc. ; — St. Hall, 1, p. 2sqq.

treize ans et demi jusqu'à dix-huit ans, c'est de quatorze à quinze ans, c'est-à-dire dès l'avènement de la puberté qu'aurait lieu l'accélération la plus rapide dans la croissance en hauteur1. En général, plus celle-ci est rapide et plus les dimensions horizontales sont lentes à progresser2. Vers les dix-huit ans3 un certain fléchissement semble se produire chez la moyenne des sujets ; après cet âge, on ne sait pas encore d'une manière précise s'il existe une courbe régulière de croissance4. Les adolescents des classes pauvres prennent leur élan plus tard que ceux des classes aisées et, si ensuite ils poussent plus vite, il n'est pas sûr en fin de compte qu'ils puissent rattraper le temps perdu. Toutes les conditions hygiéniques, toutes les causes de force ou de faiblesse peuvent exercer une influence bonne ou mauvaise sur l'accroissement général. Il arrive même que la progression, retardée par un régime défavorable, continue après les périodes normales, lorsque le genre de vie devient meilleur. Ce cas ne serait que l'exagération de la marche rythmique que suit en général l'organisme dans ses progrès : il y a des saisons d'accroissement rapide suivies de repos, puis de nouveau une période d'élan et ainsi de suite à plusieurs reprises. Ces intermittences, d'après Viasemsky8, seraient en relation avec le développement des organes génitaux, celui-ci modifiant profondément l'équilibre entre les recettes et les dépenses organiques ; il faudrait tenir compte aussi de la température, de l'état de santé, etc.

Celui-ci est presque toujours indiqué par la croissance de la taille et celle du poids, quoiqu'il n'y ait pas correspondance

1. Op. cit., p. 224. — Voir de nombreuses tables de provenance très diverse dans St. Hall, I, p. 6 sqq.

Page 1