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harmonique du squelette et des muscles » Mais le travail intellectuel n'est pas ici le grand coupable : car beaucoup de jeux, comme le croquet, le lancement du disque, le saut à la perche, les quilles, les barres, le tir à l'arc ou à la carabine, le tennis et les innombrables variéte's du jeu de balle, les parties de boules chères aux provençaux, etc., pourraient être pratiqués non seulement sans fatigue mais avec un plaisir toujours renouvelé qui en ferait une source précieuse de délassement.
Pour toute personne s'intéressant aux questions d'éducation, il n'y a pas de spectacle plus navrant que celui que présentent nos grands élèves en récréation ou en promenade : ils vont par petits groupes les mains aux poches, parfois la cigarette aux lèvres, dans l'attitude lasse des gens qui, à échanger leurs impressions, trouvent des raisons toujours nouvelles de s'ennuyer. Outre le danger qui en résulte pour les mœurs, de telles habitudes aboutissent à un état déplorable des tendances motrices, dans lequel l'inertie complète alterne avec une activité désordonnée presque toujours destructrice. Le censeur d'un tout petit lycée m'avouait, il y a quelques années, qu'en dix mois les grands et les moyens avaient démoli pour plus de 300 francs de serrures, carreaux, etc., c'est-à-dire de quoi leur acheter un assortiment de jeux capable de satisfaire tous les goûts. Un autre à qui je faisais remarquer combien il était regrettable que des garçons de quatorze ou quinze ans en fussent réduits, faute de jeux, à s'amuser les uns des autres, me répondit d'un air surpris : « Mais ils ont des cours pour s'amuser. » Pour différentes raisons, le mal sévit non seulement dans les établissements d'instruction officiels ou libres, mais à peu près dans tous les milieux. Les adolescents français ne savent plus jouer; la vraie joie, celle qui est liée à l'exercice d'une activité normale, semble se mourir même parmi les jeunes ouvriers, malgré la spontanéité de leur caractère, parce qu'ils se contentent de passer d'un travail exténuant aux excès alcooliques ou sexuels, ou aux mauvaises lectures 2. Les nombreuses sociétés sportives qui se sont formées dans le public depuis une trentaine d'années, sont loin d'avoir
t. Forces perdues, p. 96.