Le caractère de l'enfant à l'homme, p. 20 (F. Alcan
parce que leur goût ressemble à l'odeur des punaises ; un autre répugne à manger des grenouilles parce qu'il se représente l'animal vert et visqueux; un troisième abhorre le vermicelle parce qu'il lui rappelle des vers accouplés,... etc. Ces dégoûts rappellent l'aversion fréquente qu'on éprouve pour la nourriture consommée pendant l'état de maladie1. Par contre la vue d'une nappe blanche, des cristaux étincelants, la compagnie de personnes aimées, parfois même le simple plaisir de manger en public ou dans un lieu nouveau fournissent un merveilleux assaisonnement à la plus médiocre cuisine.
Peut-être faut-il également attribuer à une cause psychique, la curiosité, autant qu'aux exigences de la croissance, la progression remarquable dans la diversité des aliments recherchés dès le début de la puberté. La délicatesse semble venir au second plan. La volupté liée à l'exercice du goût serait d'autant mieux sentie que les saveurs s'imposeraient davantage par leurs différences et leur nouveauté. Mais après un engouement passager pour la nourriture animale, les condiments épicés ou amers, les boissons brûlantes ou glacées de tout genre, il s'opérerait vers le milieu de l'adolescence une réaction offrant comme principaux caractères, d'après Sanford Bell2, un retour de prédilection pour le doux et l'acide, un goût nouveau pour les légumes cuits, une décroissance régulière dans le nombre des désirs et des aversions. En somme, après une période d'incoordination , un système bien équilibré de préférences s'établit à nouveau. Il serait utile de savoir si la discrimination des saveurs devient plus nette ou plus obtuse ; mais sur ce point, le manque d'expériences précises nous oblige à nous contenter de l'observation courante ou des réponses aux questionnaires. Ces deux sources d'informations semblent indiquer, surtout chez le néo-pubère, un degré de discernement inférieur à celui que l'on trouve couramment chez l'enfant, dont la sensibilité gustative se montre en général très avertie, bien que limitée à un domaine beaucoup plus restreint. L'adolescent ne sera jamais un fin dégustateur, ne serait-
1. Sanford Bell. An introductory study of the psychology of foods. Ped. sem., XI, p. 87.