‹ L'ame de l'adolescentChapitre 71 sur 234 · Il, p. 33 et suiv · texte numérisé non relu

Il, p. 33 et suiv

Reck1, la sensibilité aux notes musicales les plus hautes atteindrait son maximum au début de l'adolescence. — A partir de seize ans environ, l'oreille semble acquérir une réceptivité nouvelle à l'égard de la cadence et du rythme, de la sonorité des mots ; la lecture d'un morceau poétique, commencée avec les yeux seuls ou à voix basse, se continue souvent sous la forme d'une déclamation où. le beau diseur se laisse enchanter par la physionomie musicale des paroles, dont on ne sait si elles sont vues ou entendues, car les faits d'audition colorée semblent assez fréquents à cet âge en raison de la tonalité affective commune aux représentations les plus hétérogènes, surtout aux données de la vue et de l'ouïe. Tous les professeurs peuvent dans leur classe observer des faits analogues à celui que cite M. Clavière2? A la question : Comment vous représentez-vous les notions d'infini, d'éternité, de parfait ? un élève de philosophie répondit : « Tous les mots auxquels je pense ont une telle tendance à s'accompagner d'images que je me représente sous une forme concrète les idées abstraites. C'est ainsi que je me représente les notions d'infini, d'éternité et de parfait sous une certaine forme et une certaine couleur. La forme de ces images est trop vague pour que je puisse la décrire. Quant à la couleur, je la vois assez distinctement. La notion d'infini m'apparaît rouge, celle d'éternité grise, celle de parfait blanche et rouge pâle. Cela tient, il me semble, à ce que je vois les voyelles sous une certaine couleur. » Or cet élève, ajoute l'auteur, n'avait jamais entendu parler d'audition colorée.

Les inflexions de la voix humaine, douce ou sifflante, rude ou veloutée, exercent une influence plus marquée que jamais : ce serait un don précieux pour un éducateur ayant affaire à de grands élèves que de savoir nuancer le ton de ses conseils ou de ses remontrances suivant l'effet à produire.

Pas plus pour l'ouïe que pour le goût, il n'existe de tests établissant l'influence de l'âge sur l'aptitude à percevoir les sons ou les bruits séparés par de faibles intervalles.

1. Report on the examination of the ears of 440 school children. John' s HopMns Hospital Bull, déc. 1900, p. 318.

Page 1