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A LA BROSSE! A LA BROSSE

Par YVONNE SARCEY

A la suite de la conférence de AI. Brieux, Yvonne Sarcey fit, dans Les Annales, l’ar -, ticle que nous reproduisons ici et dont l’effet, fut très vif, puisqu’ à la date du 6 - mars, 2,967 brosses étaient vendues ayant rapporté la somme de 11,664 francs 25. Al. Brieux est d’autant plus heureux de ce résultat, qu’il lui permet d’alimenter de travail pendant un long temps, les petits ateliers des aveugles, installés dans les divers hôpitaux. AI.; et Â/me Vaughan l’aident dans cette tâche avec beaucoup de dévouement.

Des brosses, des brosses!

Qui veut de la belle brosse?

De la brosse de chiendent!

Je vends des brosses, des brosses!...

Oui, messieurs, oui, mesdames, et même mesdemoiselles, je vends des brosses..., des brosses uniques, incomparables et telles qu’il n’y a point leurs pareilles dans tout l’univers...; des brosses en vrai chiendent, hérissées, dures, solides et qui brosseraient tout un régiment de Boches sans fléchir d’un

crin..., des brosses qui sont un peu là, c’est moi qui vous le dis...

Et regardez-moi ce travail!... Ça vous a un œil, une façon, un air..., on voit bien que c’est troussé par des soldats..., des soldats de France qui s'y entendent à faire de la belle ouvrage...

Ah! bien sûr ce n’est pas de l’article de salon..., ça ne polirait pas des ongles de duchesse..., mais, pour décrasser une culotte

faire..., vous faites une affaire d’or..., une affaire ébouriffante! Et C’est comme j’ai l’honneur... Demandez plutôt à M. Brieux. Il a beau être de l’Académie française celui-là, et avoir écrit des choses qui s’appellent des « chefs-d’œuvre » dans leur monde, il n’a jamais été aussi épatant que le jour où il a crié :

Des brosses!... des brosses!...

» Qui veut de la belle brosse?

Aveugles fabriquant des brosses et des balais.

(Atelier patronné par l’ Association Valentin Haüy.)

de peau, pour frotter du plancher, pour brosser du sérieux, quoi!... c’est ce qui se fait de mieux sur la place.

Et puis c’est amusant à tripoter, les poils se dressent raides comme des rosalies à l’assaut..., pas un à l’alignement..., ça va, ça monte, ça descend, ça crâne, c’est fier, ça dit ce que ça veut dire... Tout!... Ça raconte : Je suis une brosse de poilu, pas à la pose, moi!... Nom d'un chiendent, j’ai de l’allure!... Et celui qui m’aura ne me regrettera pas!

Des brosses, des brosses!

Qui veut de la belle brosse?

C’est moi qui la vends... Vous en trouverez qui lui ressemblent, pour dix-neuf sous, 95 centimes, dans les boutiques; moi, je vous donne celle-là pour quarante sous, parce que c’est vous..., et vous faites une bonne affaire, C’est tel que je vous le dis...

Oui, messieurs, oui, mesdames, et même mesdemoiselles, vous faites une bonne af-

» Je vends de la brosse de chiendent! »

Car il en vend1..., et vous me croirez si ça vous chante..., mais ce n’est pas pour gagner de l’argent...

Et il «n’a fait signe... — Pstt... Pstt..., venez: un peu ici... Vous avez des clients, n’est-ce pas? Vendez-leur aussi mes brosses de soldat. Ils ne dénicheront nulle part ce numéro-là. Les miennes sont des œuvres d’art, des modèles uniques..., des originaux..., des première édition... ; ce n’est pas de la camelote enfilée à la grosse, rabotée à la douzaine...,, mes brosses à moi, ce sont des brosses de Héros!... Et c’est beau à regarder!...

Oui, il m’a dit cela M. Brieux, de l’Académie française, avec une voix qui vous entrait dans le cœur, et ça m’a fait quelque chose là, sur l’estomac..., car c’est un brave homme, ce monsieur Brieux, tout grand monsieur qu’il est... Il pourrait, comme bien d’autres, parler pour ne rien dire, ou crier sur le gou-

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