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L'âme de St. Augustin

Au dixième livre des Confessions, saint Augustin proclame, devant Dieu et devant les hommes, Ventière sincérité de son écrit, et il ajoute : « ils me croiront, ceux-là dont Vamour ouvre les oreilles. )) Innombrables sont les lecteurs sympathiques quil a rencontrés le long des siècles, et je Vavoue volontiers, je m'honore d'en être jnoimême (i).

Certes, les longues heures pjassées au înilieu des in-folios lourds et poudreux qui renferment les pensées et les sentiments du grand docteur,

(i) Récemment, M. Prosper Alfaric a cru devoir mêler à ce beau concert une note discordante. Dans le premier volume de la trilogie qu'il annonce, l'ex-professeur du grand séminaire de Bordeaux s'acharne à déprécier le caractère et l'âme même de saint Augustin. A l'en croire, on aurait surfait l'intelligence d'Augustin, on lui aurait prêté trop bon cœur ; il serait un écrivain dont il faut se défier grandement u car il ne sait pas mentir. » L'Evolution intellectuelle de saint Augustin, I Du Manichéisme au Néoplatonisme, préf. p. VII et p. 5o, chez Em. Xourry, 191 8.

PRÉFACE

ont Cil leurs austérités. Bien des fois, impatienté, je me suis souvenu du moi dlioracc devant Vacde grec :

« Indignor, quandoquc lx)nus dormilat Homenis. »

Même dai^s la Cité de Dieu, même dans les Confessions, il y a des longueurs et des subtilités qui fatiguent le lecteur moderne le mieux disposé.

Fatigue néanmoins n'est pas découragement* Cest le cas de se rappeler la belle parole d' Augustin lui-même : u Quand on aime, on ne se fatigue pas ; ou bien s'il y a fatigue, la fatigue elle-même est aimée. » Des le premier con,tact avec cette âme y on la devine infiniment/ attachante, d'où le désir de la connaître mieux. Apres l'avoir pénétrée et comprise, on voudrait la faire connaître aux autres, leur faire sentir ce qu'on a senti soi-même dans cette compagnie si douce, si élevaxite. Voilà l'origine et voilà l'intention du présent voliwie.

Mais n'avions-nous pas déjà le livre de M. Louis Bertrand ? Je le connais, je l'ai lu et relu ; comme la plupart de ses nombreux lecteurs, j'en ai goûté le cJinrmc pénétrant. L'image qu'on y a tracée de la jeunesse d,' Augustin est presque parfaite. Le milieu où évolue le héros est brillamment décrit, encore que la colonie romaine du iv' siècle disparaisse un peu trop derrière l'Afrique berbère de nos jours.

Le portrait du grand évcque et du grand docteur est décidément pâle et incomplet, il a été un peu sacrifié. L'auteur nous parle de Venceinie farouche qui protège les œuvres de saint Augus-

PREFACE

/tJTi, to.ute hérissce de théologie, d'exégèse et de métaphysique' Il s'est promené longtemps tout autour, il a fait à Vintérieur des excursions intéressantes çt fructueuses ; on ne sent pas qu'il l'ait sérieuseniçnt habitée.

Sans doute, on peut étudier le caractère et l'âme de saint Augustin sans entrer dans le détail de ses doctrines, mais on ne saurait oublier qu'il a été pendant quarante ans et plus théologien et pcisîcur d'âmes. Il faudra écouter attentivement le prédicateur d'Hippone, interroger le vivant modèle des clercs et l'inspirateur de la, vie monastique, suivre l'infatigable guetteur du Chiûst dans les controverses manichéennes, donalistes et pélagiennes, voir l'apologiste du christianisjne en face des âmes païennes, devant les chercheurs inquiets de l'avenir.

L'arbre se connaît à ses fruits et personne ne songerait à nous présenter Fra Angelico sans se préoccuper de ses peintures. D'ailleurs, il n'y a peut-être pas d'écrivain qui se révèle mieux dans ses écrits. La plupart des livres d'Augustin sont adressés à des amis, rédigés sur une demande expresse, pour répondre à des besoins déterminés. De là ces confidences charmantes et révélatrices qui viennent, comme de fraîches oasis, réconforter le lecteur dans le désert de la pensée abstraite.

De plus, contrairement à saint Thomas d'Aquin, le docteur d'Hippone, pense rarement avec sa seule raison ; son imagination très vive et son cœur très chaud sont toujours là, colorant ^h sentiment et de vie les plus froides abstrac-

PREFACE

tions. Cette pensée personnelle et communicative , voilà ce qu'on a voulu fixer ici, car elle est le fruit révélateur de Vânie (i).

Malgré les défauts d'un tempérament sensible à l'excès et d'un esprit parfois trop subtil, saint Augustin demeure l'un des génies les plus aimables et les plus féconds, de tous les saints l'un des plus attraya?itS'

(i) Mon travail était achevé quand j'ai eu connaissance d'un ouvragre anglais, qui se place a peu près au même point de vue. W. Montgomery. Saint Augustine, Aspects o/ his life and tliought. London, 191/I. J'ai été agréablement surpris de voir que les deux études se complètent sans se contredire .

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