LES DEUX CUIRASSIERS O
a l'impression que le temps s'est arrêté, que rien jamais ne s'est passé... qu'il ne se passera plus rien jamais. Je me laisse couler en des profondeurs de solitude et d'oubli comme en une eau transparente et sans fond.
Dans la maison, personne. Seule une petite vieille est restée au logis. Me voyant, touriste affamé, elle a couru à la cuisine préparer à déjeuner... Mais cette solitude est si bonne, cette halte si bienfaisante... Je voudrais que la bonne vieille restât longtemps, bien longtemps... toujours.
Pour mon malheur, mes yeux tombent sur deux grandes images fixées au mur d'en face. Ce sont deux cuirassiers qui se font pendant, des deux côtés d'une glace minuscule. Ils sont montés sur de fringants coursiers noirs emportés au grand trot.
Chacun a mis sabre au clair, et les voilà prêts à se pourfendre. Pourquoi faut-il que ces maudites images me rappellent, en ce lieu tranquille, l'Europe sous les armes, les