IÔ2 POUR ÊTRE MIEUX
nous de l'accalmie! Une petite tempête, s'il vous plaît ! Inventez une histoire qui mette les gens en fureur. On s'ennuie ici, faisons une révolution !
Le malheur, pour plusieurs, consiste à être obligés de rester en place. Ils ont peur de prendre racine. Une fièvre les agite et les pousse de lieu en lieu. Ils sont toujours à boucler leurs malles. Aussi ne peuvent-ils s'arrêter à un parti définitif. Aujourd'hui une résolution est prise, ils brûlent leurs vaisseaux. Donc, c'est irrévocable ! — Connaissez mieux votre monde. A l'instant précis où tout est arrêté, le revirement se fait dans leurs esprits. Le fait seul qu'ils ont dit: ne varietur, leur fait croire qu'ils ont perdu la liberté ; désormais ils vont soupirer après autre chose, comme après le fruit défendu ou le Paradis perdu.
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Mais sous cette mue perpétuelle, cette mobilité de surface , une chose germe , grandit, devient indestructible, c'est la routine. Les hommes changeants sont les plus indécrottables esclaves de l'habitude. Les peuples au tempérament instable et versatile sont les plus routiniers. « Plus cela change, plus c'est la même chose ! » Aucun proverbe n'est 'plus vrai que celuici. L'histoire de certaines nations rappelle les oscillations du balancier. C'est le mouvement perpétuel uni à l'invariable tic-tac. — Aujourd'hui, c'est la tyrannie d'en haut, demain celle d'en bas ; aujourd'hui l'abus de l'autorité, demain l'excès de la liberté. Aujourd'hui, c'est le cléricalisme à tous crins, demain l'anticléricalisme intransigeant. Tout cela s'appelle du changement, mais au fond n'en est pas. La roue tourne et reste en place.
Les troupes de figurants au théâtre sortent par une porte et rentrent par l'autre. L'observateur superficiel ne s'en