LE DÉJEUNER DU TERRASSIER I
je fais en silence pour lui toutes sortes de vœux, afin que cela lui profite bien, et la prière de Jésus chante dans ma mémoire : «Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien !... »
Mais infiniment plus curieux à observer est le déjeuner du mari, apporté par la femme et pris en commun sur un siège improvisé ou quelque banc de promenade. Les cochers d'omnibus, les maçons, les terrassiers, les paveurs font de ces repas. A la manière dont les conjoints mangent leur soupe ensemble, on peut s'apercevoir du plus ou moins de tendresse ou d'indifférence de leur union.
De ma fenêtre, depuis plusieurs jours, exactement à onze heures du matin, je vois arriver une jeune femme très proprement vêtue, à la mine douce et avenante. Elle apporte le déjeuner à son mari, ouvrier terrassier. Dès qu'elle arrive, il sort de la cave qu'il est en train de creuser avec une vingtaine de camarades II s'essiie le front,